Portrait

Gerty Birba
/ Il était une foi en la lecture

Que pour les enfants. La dame a toujours travaillé en crèche avec les tout-petits. Retraitée depuis un an, elle n’a pas coupé le cordon et continue de leur raconter des histoires avec l’association Lire et faire lire
Gerty Birba a toujours travaillé en crèche auprès des enfants © Yann Mambert
Gerty Birba a toujours travaillé en crèche auprès des enfants © Yann Mambert

C’est l’histoire d’un petit lapin qui rentre chez lui et trouve une chèvre dans son lit. C’est aussi l’histoire que Gerty Birba préfère raconter aux enfants. « Ça parle de solidarité et d’entraide. Le petit lapin demande de l’aide à ses amis de la forêt pour retrouver son lit. » Elle rit de bon cœur en dévoilant la chute : une minuscule guêpe réussit finalement à déloger la chèvre en la piquant. « Alors que l’ours, le coq ou le renard, qui ont essayé par la force, se moquaient d’elle.»Une fois par semaine, le lundi pendant une heure, Gerty se rend dans l’école Delaunay-Belleville pour faire la lecture à des gosses de 3 à 6 ans. Elle est bénévole à l’association Lire et faire lire, qui promeut le plaisir de la lecture chez les enfants et la solidarité intergénérationnelle.

Les bambins ont toujours occupé la vie de Gerty. Elle travaillait en crèche et, depuis sa retraite le 1er mai 2018, n’a pas pu s’en détacher tout à fait. Gerty est « entrée à la Ville » en 1983 comme Atsem (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles) au Coin du feu. Passe le diplôme d’auxiliaire en 1995, l’obtient et intègre la Maison du petit enfant Petit prince (anciennement Émile-Connoy) en 1998. Quand l’une de ses filles lui demande si elle n’est pas fatiguée des gamins, Gerty répond: « C’est pour la bonne cause. Je me dis qu’au moins je fais quelque chose pour ma ville », et surtout pour ses mômes dont elle ne se lasse pas. « Il y a des enfants qui ne savent même pas ce qu’est lire un livre! Je leur donne pour qu’ils le touchent. Après, je lis l’histoire

Gerty a une pratique empirique de la lecture pour les plus jeunes. « J’en faisais déjà à la crèche. C’était un rituel avant le déjeuner. Les enfants accrochaient bien et ça les posait avant le repas. » Aujourd’hui, elle suit des ateliers de formation à l’association Lire et faire lire une fois par mois, à Bobigny. Gerty s’est déjà inscrite à une dizaine d’entre eux : « lire aux enfants les plus éloignés de la lecture », « lecture à haute voix, techniques de lecture »… D’expérience, elle a remarqué que les très jeunes « aiment les ours », les 4-5 ans « préfèrent les loups ». C’est qu’elle en a connus, des chérubins. Ceux des autres, le long de ses trente-cinq ans de carrière, et les siens, au nombre de six, sans parler de ses petits-enfants.

Quatre décénnies à Gaston-Dourdin

Gerty devient maman toute jeune, à 20 ans. Elle vit encore en Guadeloupe, où elle est née à Capesterre-Belle-Eau en 1954, au sud de l’île, non loin de la mer. Son père est agriculteur. Il cultive les légumes et les fruits que sa mère vend au marché. Une enfance paisible, dans une campagne luxuriante, avec ses huit frères et sœurs. « Mais on ne rigolait pas avec les parents. » Repas à heures fixes, sorties surveillées, respect des aînés. Une éducation stricte mais bienveillante qu’elle a reproduite avec ses propres enfants. «Tant que je n’entends pas le bruit de la clé dans la porte [signe que sa progéniture est rentrée], je ne dors pas

En 1978 elle a 24 ans et déjà trois bambins – dont des jumeaux garçon-fille – quand elle quitte les Caraïbes pour rejoindre son mari à Saint-Denis, cité Gaston-Dourdin où le couple réside toujours. Regrette-t-elle les Antilles? « Partout où je vais, je m’adapte », dit en riant Gerty. Ce petit gabarit de femme recèle une belle énergie positive. « J’ai toujours dit que quand je serai à la retraite, je ne resterai pas devant la télé. » Levée à 5 h 30 tous les jours, « 5 h quand je travaillais », aquagym à La Baleine avec les plus de 50 ans du Sdus, randonnées en proche forêt ou le week-end en montagne avec le CCAS (Centre communal d’action sociale), voyages en famille, séances de ciné « toujours à Paris. Comme ça, je me fais un petit restau avec les copines, tant qu’à faire ».

Une envie d’acras ? « Je vais en manger à Belleville. Parce que je n’aime pas l’odeur de la friture à la maison » et que toutes les occasions de bouger sont bonnes à prendre. « Qu’il pleuve, qu’il neige, faut que je sorte! » Sur la carte que Gerty a reçue quand elle a quitté la crèche Le Petit prince, une collègue lui a écrit: « Te connaissant, j’espère que ta retraite ne sera pas relaxante.» Elle est assurément gratifiante: quand un gamin reconnaît Gerty dans la rue et dit à ses parents « c’est la dame qui lit à l’école », la Dionysienne est comblée.

Patricia Da Silva Castro