À la une Cultures

« Ruy Blas » au TGP
/ Hugo le progressiste toujours d’actualité

La pièce de Victor Hugo écrite en 1838 décrit la fin d’un cycle, dans une Espagne moribonde. Yves Beaunesne, qui la met en scène salle Roger-Blin, y voit le reflet de notre époque, où tout semble catastrophique mais où tout est encore possible.
© Guy Delahaye
© Guy Delahaye

« Bon appétit messieurs ! O ministres intègres ! / Conseillers vertueux ! voilà votre façon / De servir, serviteurs qui pillez la maison ! » Ces quelques vers font partie de la mémoire collective, de ces citations qui parfois remontent aux années de lycée, inscrites à jamais dans un coin de nos têtes. Au point qu’on les connaît mais qu’on ne sait pas toujours d’où elles viennent.

Il s’agit en l’occurrence du début de la scène 2 du troisième acte de Ruy Blas, pièce de Victor Hugo écrite en 1838. Dans une mise en scène d’Yves Beaunesne, directeur du centre dramatique national La Comédie Poitou-Charentes, elle sera présentée dans la grande salle Roger-Blin du TGP du 26 février au 15 mars. L’action se déroule à la cour du roi d’Espagne, à la toute fin du XVIIe siècle, peu avant la mort de Charles II. Salluste, ministre du roi, tombe en disgrâce par ordre de la reine et décide de se venger. Il se sert de son laquais, Ruy Blas, amoureux secret et transi de la dite souveraine. Salluste introduit Ruy Blas à la cour des Grands d’Espagne sous le nom de Don César, avec l’ordre de se faire aimer par la reine. Celle-ci, séduite, en fait son ministre d’État. Ruy Blas, alias Don César, découvre alors, lui le laquais, les turpitudes des grands de son monde…

LIRE AUSSI / Et moi alors : Les Misérables version enfant

« Dans cette pièce, Victor Hugo parle en fait de la France du XIXe siècle, remarque Yves Beaunesne. À travers l’Espagne moribonde de Charles II, c’est bien de la France de Louis-Philippe qu’il s’agit. » Mais le metteur en scène y voit aussi un tableau étonnamment contemporain : « Ruy Blas montre la fin d’un cycle, celui des Habsbourg. Comme aujourd’hui, c’est une époque où tout semble catastrophique mais où tout est encore possible. Alors que les inégalités entre riches et pauvres s’accroissent, que les femmes en sont les premières victimes, les gilets jaunes, Greta Thunberg, tout montre que l’on est comme au bout d’un rouleau, mais aussi comment on peut imaginer la suite, comment des dialogues redeviennent possibles, sans homme providentiel. Et comment Ruy Blas, homme venu d’un milieu éloigné des zones de décision, peut se faire entendre… Cette pièce est très actuelle ! » Actuelle et pédagogique, selon Yves Beaunesne. « C’est une écriture de haute culture mais pas élitiste. Il donne force et vigueur à la langue française », poursuit-il.

Une « œuvre progressiste »

Victor Hugo fait sienne l’idée que la langue française est la langue de la Nation, à la fois celle de sa devise (liberté, égalité, fraternité) et celle qui doit être magnifiée par les poètes.

« Ses vers sont comme un grand vin populaire, c’est une langue de sang, au plaisir immédiat et dont l’efficacité est redoutable pour nous dire qu’au final, la vie malgré toutes ses vicissitudes, vaut la peine d’être vécue. » Pas besoin pour le metteur en scène d’insister sur d’éventuelles analogies avec notre temps. Il lui suffit de respecter le texte. « Tous les désordres du monde sont évoqués avec ces puissants qui usent de la chose publique comme si elle était privée. C’est une œuvre progressiste, Victor Hugo est féministe et pour la distribution des richesses. »

Ce spectacle fut créé en 2019 et conçu pour le Festival de Grignan (Drôme), en plein air, devant la majestueuse façade du château de la marquise de Sévigné. « Le théâtre a ceci de magique que si le comédien nous dit que nous sommes à la cour d’un roi au XVIIe siècle, on le croit ! », s’écrie en souriant Yves Beaunesne, qui se réjouit de venir jouer à Saint-Denis : « C’est au TGP que j’ai créé mon premier spectacle, Un mois à la campagne, d’Ivan Tourgueniev, en 1996, à l’invitation de Jean-Claude Fall », se souvient-il. Près d’un quart de siècle plus tard, nous attendons donc son retour, avec appétit bien sûr.

LIRE AUSSI : Vent debout contre la fin du monde 
 

Benoît Lagarrigue

Ruy Blas, de Victor Hugo, mise en scène d’Yves Beaunesne, du 26 février au 15 mars au TGP (59, boulevard Jules-Guesde, salle Roger-Blin), du lundi au samedi à 20 h sauf samedi 29 février à 18 h, dimanche à 15 h 30, relâche le mardi. Durée : 2 h 10. Tarifs : 6 € à 23 €. Réservations : 01 48 13 70 00 ; www.theatregerardphilipe.com

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur