Portrait

Fred Louisor, le métissage de la musique et du foot

Ce Martiniquais est arrivé en métropole, à Allende, adolescent. Perte de repères. Le ballon rond et le son lui ont permis de se stabiliser.


Samedi 21 mai, Fred Louisor montera sur la scène de la Ligne 13, en première partie de Dédé Saint-Prix. Il ne le montre pas mais ce sera un beau moment pour cet auteur compositeur interprète, dionysien depuis 1975. « C’est bien que la ville propose à un de ses fils de jouer », dit-il de sa voix légèrement traînante. Il a vécu dans sa Martinique natale jusqu’à ses 14 ans. Une enfance rendue difficile par la perte successive de ses parents. Déjà là-bas, la musique l’avait saisi, tout comme le foot. Ses deux jambes, encore aujourd’hui. « J’ai très tôt commencé les deux. » Il joue du bélé, ce tambour traditionnel martiniquais qui permettait aux esclaves de communiquer entre eux malgré l’interdiction qui leur en était faite.

Il débarque donc à Allende, chez une sœur plus âgée qui l’héberge. Pas facile. Les repères ne sont pas les mêmes, il n’est pas loin de basculer. Il joue au foot avec Didier Morville (alias Joey Starr), pas encore moitié de NTM. « Le foot, avec ses règles, fut pour moi un stabilisateur », reconnaît-il aujourd’hui, en pensant à ses anciennes connaissances tombées dans la drogue. Il joue d’abord au Sdus puis à Creil, dans ce qui était à l\'époque la troisième division. Puis, très vite, il entraîne des équipes de jeunes, à nouveau au Sdus, puis l’équipe première, puis dans plusieurs clubs du département. Aujourd’hui, ce sont les moins de 19 ans de Stains qui sont sous sa coupe.

Et la musique, dans tout ça ? « Elle a toujours existé dans ma vie, en toile de fond. En arrivant en métropole, je me suis intéressé au rock, à la soul, au funk, au jazz rock… Le grand choc fut la découverte de la musique noire américaine », se souvient-il. L’un de ses beaux-frères est batteur, Fred le suit dans les studios. C’est lui qui le ramène vers la musique antillaise. Ses textes, écrits en créole, sont engagés. « Je parle des droits, des révolutions, des méfaits de la religion, du pouvoir de l’argent, de la destruction de la planète… Ce ne sont pas des textes légers, je n’ai pas envie de ne dire que je t’aime, mais j’essaie quand même d’y mettre un peu d’humour. »

C’est en 1987 qu’il se met sérieusement à la musique. « Auparavant je faisais ça un peu en dilettante. » Mais la disparition soudaine d’un de ses frères le fait réagir. « Je me suis dit : il faut y aller. » En 2010, il sort un album, Temps danse, dans lequel il aborde plusieurs styles de musique. Bientôt, un clip devrait voir le jour. « C’est l’album d’un Caribéen qui vit en métropole. Je parle des problèmes d’ici avec la musique de mes racines », dit-il en confiant que ses quatorze années passées là-bas lui reviennent à l’esprit. Impliqué dans la ville à travers le sport, beaucoup de gens le connaissent : « Les jeunes m’appellent coach », rigole-t-il. S’il vit à la Saussaie, il travaille le chant à la maison de quartier Floréal, à Radio Déclic. Citoyen du monde et fier de l’être, Fred parle encore de cet exercice solitaire et donc douloureux qu’est l’écriture, du monde qui va mal, de la vie, de ceux qu’il chérit et de ses deux jambes, encore solides : « Si je suis debout, c’est grâce à la musique, et au foot. »

Benoît Lagarrigue

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