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/ Femmes victimes de violence : + 400% d'augmentation d'appels au 3919

Entre 16 mars et le 10 mai, le 3919, numéro national de référence pour les femmes victimes de violences a reçu plus de 40 000 d'appels, soit une hausse de 400%.
Plaine Commune Habitat a mis à disposition d’associations accompagnant les femmes victimes de violences, des appartements restés vides du fait du confinement. © Yann Lalande
Plaine Commune Habitat a mis à disposition d’associations accompagnant les femmes victimes de violences, des appartements restés vides du fait du confinement. © Yann Lalande

La Covid-19 n’a pas que des conséquences sanitaires. L’épidémie fait aussi des victimes collatérales, notamment les femmes. Le 3919, numéro national de référence pour les femmes victimes de violences, a reçu pas moins de 44 235 appels, soit une hausse de 400 % entre le 16 mars et le 10 mai, dates qui correspondent à la période du premier confinement. Dans le même temps, les plaintes pour violences conjugales ont augmenté de 36 % selon le secrétariat d’État à l’égalité hommes-femmes. L’augmentation des appels vers les écoutes téléphoniques dédiées à ces femmes a parfois été constatée par les acteurs locaux.

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« On en a reçu plus que d’habitude pendant le premier confinement et les quinze jours qui ont suivi le déconfinement, puis ça s’est régulé assez rapidement », explique Marie-Christine Mourgue, présidente de SOS femmes 93. Depuis le 30 octobre et le début du second confinement, elle fait état d’un « rythme ordinaire » qui pourrait s’expliquer selon elle par le fait que les mesures actuelles sont plus souples que celles qui ont été appliquées au printemps. « Les femmes victimes ont plus de respirations en dehors de la maison », avance la présidente.

Des premières fois ou des aggravations

 Observations différentes du côté du collectif dionysien Les résilientes. Une partie de leur travail consiste en l’accueil de femmes victimes de violences. « On en reçoit presque tous les jours », se désole Ouahiba, animatrice au sein du collectif, qui ouvre ses portes tous les matins. Pour elle, pas de doute, la crise sanitaire a engendré une crise sociale qui se répercute sur ces femmes en situation de fragilité.

« Beaucoup plus de femmes qu’avant viennent nous consulter pour ces problèmes. On l’a surtout remarqué après la fin du premier confinement, mais aussi depuis le reconfinement. Certaines n’avaient jamais subi de violences avant et, pour d’autres, la situation s’est aggravée », raconte-t-elle. Le témoignage de Taous (1) fait écho aux propos de Ouahiba, qui l’accompagne depuis qu’elle a eu le courage de dénoncer les sévices qu’elle a subis. Battue depuis 2015 par son mari et parfois par sa belle-famille, la jeune femme raconte son histoire avec les mains qui tremblent : « Les violences infligées se sont faites plus intenses et plus fréquentes pendant le premier confinement puis au début du reconfinement, où c’était même pire », souffle-t-elle. C’est en partie ce qui l’a convaincue d’en parler et de demander de l’aide auprès du collectif.

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Face aux situations qu’elle rencontre, Ouahiba déplore le manque de solutions pour les femmes victimes de violences, notamment en termes d’hébergement : « Une femme que j’accompagne a été mise à la rue par son mari, qui a perdu son travail. Mais malgré de nombreux appels aux services mis en place pour aider ces femmes et même au 115, aucune solution n’a encore été trouvée. Elle se débrouille comme elle peut mais n’a parfois pas d’autre choix que de dormir dans les rues de Saint-Denis. »

Associations, police, préfecture

 Pour Marie-Christine Mourgue cependant, « l’accueil des victimes de violences a été bien organisé, notamment grâce à la préfète déléguée à l’Égalité des chances, Madame Anne-Claire Mialot. Le système a continué et continue de bien fonctionner pendant cette crise sanitaire. Les femmes qui ont eu besoin d’être hébergées l’ont été. On peut dire que l’État a joué son rôle. » La présidente de SOS femmes 93 se félicite par ailleurs de la coordination entre les acteurs concernés par le problème au niveau départemental – associations, police, préfecture – réunis tous les quinze jours autour de cette question. C’est notamment grâce à la redirection des appels passés au 3919 vers les acteurs locaux du département que la continuité de la prise en charge a pu être assurée, d’après Marie-Christine Mourgue. C’est pourquoi elle s’inquiète du projet de mise en concurrence par le gouvernement de ce numéro d’écoute, en vue de le rendre disponible 24 h/24.

Aux côtés de nombreuses associations, elle a écrit à tous les élus de Seine-Saint-Denis pour les interpeller sur les conséquences éventuelles qu’aurait l’ouverture d’un marché public. Elles craignent la désignation d’un acteur moins au fait du terrain, ce qui engendrerait une perte d’expertise et, à terme, une moins bonne prise en charge des femmes victimes de violences.

Sarah Boumghar

(1) Le prénom a été modifié.

 

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