Cultures

Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient
/ Femmes d’Algérie et d’Iran

Le PCMMO aura pour marraine la chanteuse algérienne Souad Massi et pour invitée d’honneur la cinéaste iranienne Ghasideh Golmakani, pour une quinzième édition qui fera la part belle aux femmes.
Le 11 février, conférence de presse du PCMMO au Louxor à Paris.  © Yann Mambert
Le 11 février, conférence de presse du PCMMO au Louxor à Paris. © Yann Mambert

Depuis ses débuts, le PCMMO nous habitue à une programmation pointue, à contre-courant des préjugés, en dénichant le meilleur de ce que le cinéma oriental propose. Du 3 au 21 mars, le Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient prend le pouls de cette industrie cinématographique bouillonnante à travers soixante films sélectionnés parmi plus de 600 œuvres.

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Le festival a invité Souad Massi en tant que marraine de sa 15e édition. La chanteuse algérienne sera d’ailleurs en concert exceptionnel lundi 9 mars à la salle de la Ligne 13 dans le cadre du Jazz Club en collaboration avec le PCMMO. La présence de la chanteuse folk fait écho à l’axe développé cette année par le Panorama, à savoir l’Algérie contemporaine et la place des femmes, dans l’industrie du cinéma comme dans la société civile. `

Il y a tout juste un an, la jeunesse algérienne battait le pavé contre la candidature de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika qui briguait un cinquième mandat.

Des films inédits et passionnants

Les films sélectionnés apportent un regard neuf et actuel sur la société algérienne à l’aune de cet élan contestataire avec Awel Ayta (Premier Cri) en ouverture mardi 3 mars à l’Écran, ou encore Vendredi est une fête, qui part à la rencontre de cette nouvelle jeunesse née avec le Hirak, le nom de cette contestation populaire lancée en 2019.

Le documentaire Fragments de rêves de la réalisatrice Bahïa Bencheikh-El-Fegoun (11/03, à l’Institut du Monde Arabe) et Nar de Meriem Achour-Bouakkaz (07/03 à l’Écran) sur les immolations, complètent le tableau. À noter qu’une table ronde sur le rôle des femmes dans le Hirak se tiendra à la librairie Folies d’Encre mercredi 4 mars à 18 h. Inédits, avant-premières, classiques, fictions et documentaires, la vaste programmation du PCMMO fait donc la part belle aux femmes, devant ou derrière la caméra, souvent les deux. Elles répondent présentes et transforment ainsi le paysage cinématographique oriental et notre vision de celui-ci. Après la fenêtre sur l’Algérie, le PCMMO entend poursuivre sa bataille contre les clichés avec un large focus consacré à l’Iran.

« II y a de plus en plus de films de réalisatrices et de réalisateurs qui portent sur la place des Iraniennes dans la société. C’est une tendance qui se développe depuis deux générations, observe Bamchade Pourvali, historien du cinéma et collaborateur associé au focus Iran. L’intérêt de ce focus est de donner un regard plus complet sur le cinéma iranien que l’on connaît déjà. Le film Dressage de Pooya Badkoobeh, présenté en ouverture du Panorama, s’inscrit dans la continuité de ces films iraniens qui avaient pour figure principale une adolescente. C’est un personnage nouveau, pas uniquement dans le cinéma iranien d’ailleurs », note-t-il. Grâce à la collaboration précieuse du critique cinéma, le festival explorera avec rigueur la figure féminine dans le cinéma iranien.

« Bamchade Pourvali nous a déniché des films inédits et passionnants comme le film Les femmes selon les hommes (05/03 à 20 h 30, l’Écran), un documentaire étonnant sur le cinéma iranien pré-révolution et les personnages féminins. On voit comment celles-ci y étaient représentées. L’époque du Shah d’Iran figurait une liberté des femmes du point de vue occidental mais en réalité c’était une société encore très traditionnelle », annonce Emma Raguin, qui a invité la jeune cinéaste iranienne Ghasideh Golmakani pour une carte blanche vendredi 6 mars à 18 h 30 à l’Écran.

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L’invitée d’honneur du festival proposera un programme de courts-métrages de jeunes réalisatrices iraniennes. « Il y a de l’irrévérence, un style inattendu. C’est révolutionnaire dans notre façon de voir la société iranienne », juge Emma Raguin. Depuis Le Cercle de Jafar Panahi, Lion d’Or à Venise en 2000, jusqu’à la fiction Yalda, la nuit du pardon auréolée du Grand Prix du jury de Sundance 2019, en passant par les désormais classiques Persepolis et Poulet aux Prunes (07/03 à 16h15, l’Écran) de Marjane Satrapi, le cinéma Iranien a fait florès à travers le monde.

Que ce soit le film inédit Israfil (07/03, l’Écran), une histoire d’amour à trois bandes, ou les documentaires Sonita qui raconte l’histoire d’une réfugiée afghane en Iran et Raving Iran qui, comme son nom l’indique, revient sur la culture des rave parties organisées dans le désert par la jeunesse iranienne de la métropole, le PCMMO a scanné avec goût la production contemporaine perse.

Le festival prouve que le «Royaume des Aryens » est une terre de grand cinéma dont la réputation n’est plus à faire.

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Maxime Longuet

 

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« À ses débuts, le PCMMO n’avait pas pour intention de perdurer autant d’années. Lors de la première édition nous avions fait 1200 entrées. Nous en sommes à 10 000 aujourd’hui, constate Kamal El Mahouti, président et fondateur du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient. Les choses se sont cousues petit à petit. De saison en saison, nous avons multiplié les partenariats avec les associations mais aussi les services de la Ville de Saint-Denis. C’est un travail permanent. On a la chance d’avoir additionné des financements aussi divers que ceux du CNC-DRAC, de la Région, du Département, de Saint-Denis, de Paris et de quelques villes du 93. L’Institut français nous aide également. Il y a aussi des partenaires privés du territoire telles qu’une entreprise de BTP (Dubrac TP), une maison d’édition (PSD), Engie. La question du financement est importante car elle permet la pérennisation des postes. Nous en avons trois en CDI depuis cinq ans. »

L’association s’appuie également sur l’énergie d’une vingtaine de bénévoles. Mais son équilibre reste fragile. « La fin des emplois aidés nous a mis à mal. À titre d’exemple, nous avions réussi à constituer une trésorerie de 25 000 à 30 000 €, laquelle s’est drastiquement réduite avec cet arrêt. Quand on finit des mois à 600 €, on se demande comment on va faire. C’est là où nos partenaires privés entrent en jeu, confie M. El Mahouti. Pour l’instant, je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir, nous sommes dépendants, comme beaucoup d’associations, des prochaines élections municipales. »

Actuellement, le PCMMO bénéficie d’une subvention de 14 500 € et d’une mise à disposition d’un local de la part de la Ville. Son budget de fonctionnement, lui, représente près de 103 000 €. « Au vu du rayonnement du PCMMO, c’est très peu », constate son président. « L’équation est très simple, ou l’on pérennise le PCMMO et l’équipe, ou l’on sera obligé de s’arrêter », alerte quant à elle Emma Raguin, la directrice artistique.

MLo

 

PCMMO, du 3 au 21mars à l’Écran (14, passage de l’Aqueduc) et à la librairie Folies d’Encre (14, place du Caquet). Programme : www.pcmmo.org

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