Portrait

Le portrait de la semaine Lina Boussaha
/ Femme de foot

Milieu de terrain. De Saint-Denis, où elle a grandi, à Lille, en passant par le PSG, la jeune footballeuse – elle a eu 20 ans le 16 janvier – tente de se faire une place dans le football féminin. Si elle sera sans doute jugée encore trop tendre pour la Coupe du monde qui aura lieu en France en juin, Lina ne manque pas d’ambition.
De Saint-Denis, où elle a grandi, à Lille, en passant par le PSG, Lina Boussaha tente de se faire une place dans le football féminin.
De Saint-Denis, où elle a grandi, à Lille, en passant par le PSG, Lina Boussaha tente de se faire une place dans le football féminin.

« Je criais à la maison, elle jouait avec le ballon, je disais : arrête Lina, ne fais pas ça ! », raconte aujourd’hui en souriant Nassira, la mère de Lina Boussaha. Sa fille qui vient de célébrer son vingtième anniversaire a bien grandi et s’affirme désormais en tant que footballeuse professionnelle. Pas de quoi changer la Dionysienne pour autant : son amour pour le football et la ville de Saint-Denis où elle revient dès que possible reste intact.

Petite, son grand frère n’hésitait pas à lui prodiguer quelques conseils, mais c’est vers l’âge de 9-10 ans que le déclic se produit. « Une fois, au parc en bas de chez moi à la Plaine, confie Lina, il y a un monsieur qui m’a vu jouer et qui m’a demandé si j’étais en club. Je lui ai dit que non, il a trouvé ça bizarre. Du coup il m’a poussée à m’inscrire, et j’ai rejoint le Racing Club Saint-Denis. »

Un talent déjà évident, même aux yeux des badauds, combiné à une passion que rien n’arrête. Sa mère se souvient : « Elle allait tout le temps aux entraînements. Un jour, quand elle avait 10 ans, il neigeait, son entraîneur lui a dit : “Mais Lina il n’y a pas entraînement, il neige, on ne peut pas jouer !” »

 

Applaudie par les ultras

Les qualités de Lina Boussaha intéressent vite le Paris Saint-Germain alors qu’elle n’est encore qu’au collège. C’est lors d’un stage avec la sélection du 93 à Clairefontaine que l’Algérienne d’origine est repérée par Pierre-Yves Bodineau, l’entraîneur des U16 du club parisien. Une opportunité de rejoindre « son club de cœur » qu’elle décline: « Au début, j’étais vraiment contente. Mais après, quand j’ai repensé à tout ce que je devais quitter… »

« Pendant deux mois, l’entraîneur nous a harcelés ! C’était la fin de l’année. Il restait une semaine pour clôturer les demandes d’inscription au collège l’année suivante », renchérit Nassira. L’ adolescente d’alors finira par céder aux sirènes du PSG malgré les sacrifices que cela représente à un si jeune âge. Lina quitte ses amies du collège Iqbal-Masih pour effectuer sa 3e dans une école privée à Paris. Un prix à payer qu’elle ne regrettera pas. En 2014, la native de Saint-Denis suit déjà son premier entraînement avec les pros lorsque le PSG lance les premiers transferts du foot féminin : « J’avais 15 ans. J’étais toute petite, toute maigre ! Elles, elles étaient déjà développées, avec dix ans de carrière déjà…»

La pépite Boussaha sera vite verrouillée à 18 ans en signant, en juin 2017, son premier contrat professionnel de trois ans. Hélas, celle qui était régulièrement convoquée chez les Bleues en U20 manque le coche de la Coupe du monde de la catégorie la saison dernière. La raison : son faible temps de jeu en club, malgré deux apparitions en Ligue des champions. C’est donc à Lille, où elle est prêtée cette saison, qu’elle s’épanouit. Elle a ainsi déjà disputé une dizaine de matches avec le LOSC – l’équipe de Lille – en D1. Comme un symbole, Lina a d’ailleurs marqué un retourné contre le PSG en septembre dernier. Un but aussi remarquable qu’important qui a permis aux Lilloises en lutte pour le maintien de décrocher le nul (1-1), un exploit.

À sa sortie, elle sera même applaudie par les ultras du PSG. Ils ne l’ont pas oubliée. Et probablement que les dirigeants parisiens non plus. : « Ils prennent des nouvelles. On reste en contact forcément. » Peut-être vont-ils la « rapatrier » cet été et/ou prolonger son contrat ? La jeune femme qui rêve de s’imposer dans son club de cœur ne demande que ça.
 

Adrien Verrecchia