Portrait

Le portrait de la semaine Pascal Ferder
/ Facteur de bonne humeur

La Poste. Chaque jour de son service, le long de sa tournée en centre-ville, il distribue presque autant de bonjours que de courrier…
Pascal Ferder, facteur à Saint-Denis connait tout le monde et est connu de tous.
Pascal Ferder, facteur à Saint-Denis connait tout le monde et est connu de tous.

S’il était payé au nombre de bonjours qu’il distribue le long de sa journée, Pascal Ferder serait assurément un homme riche. Mais sa fortune n’est ni sonnante ni trébuchante. Sa richesse à lui sourit, échange, étreint, shake, serre les mains et bise à la volée. Pendant les sept heures et demie que dure sa tournée (une partie de la rue Péri jusqu’à la Porte de Paris, rues des Boucheries, de la Boulangerie, place Victor-Hugo et Jean-Jaurès…), ce facteur salue des dizaines – voire centaines – de personnes. En à peine plus d’une année qu’il est affecté à ce secteur du centre-ville, tout le monde le connaît et lui connaît tout le monde.

Pascal Ferder – « j’aurais préféré m’appeler Federer », plaisante-t-il – s’arrête quelques secondes avec un groupe de jeunes, un papy, une nounou. Demande des nouvelles du petit dernier, plaisante à l’envi, informe de la réception d’une lettre attendue. Entre dans chaque boutique faire un coucou, même s’il n’a pas de pli à remettre. « J’aime le contact. Je peux parler avec tout le monde », dit cet homme soucieux d’entretenir « cette humanité que l’on perd. Je prends toujours le temps de discuter ».

Détendu. Nonchalant, presque. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Pascal le facteur pousse son chariot de courrier au pas de course et distribue les lettres dans les boîtes aussi sec. On repère de loin sa silhouette sèche, modelée par des kilomètres de marche quotidienne enveloppée dans la large veste bleu et jaune réglementaire de la Poste. Ses longues dreadlocks pourraient laisser supposer qu’il est rastafari. Il dément. 
 

« J’ai laissé pousser mes cheveux suite à un pari avec mes cousins. Et quand je dis que je ne fume pas [comme tout bon adepte du mouvement jamaïcain qui se respecte], les gens ne me croient pas. » On le reconnaît de loin, donc, ce facteur. « Avant on disait préposé, mais ça remonte. » Car le fringant Pascal affiche tout de même 43 années au compteur. Cela fait près de treize ans qu’il exerce dans l’entreprise nationale. Avec légèreté, mais consciencieusement. « Je me mets toujours à la place de la personne. Parfois, quand il y a cinq étages à monter, ça me prend le chou, reconnaît-il. Mais je le fais. Je ne veux pas qu’on ait quelque chose à me reprocher. »

Au début, jusqu’en 2011, il était « rouleur », une fonction créée pour « assurer la continuité dans les tournées quand un facteur titulaire est en vacances ou en repos ». Autant dire qu’il connaît la ville comme le fond de son chariot de distribution. Il y est arrivé de sa Guyane natale quand il avait 19 ans. « En fin de compte j’ai toujours habité Saint-Denis. » Place du Caquet, rue Haguette, Delaune, Moulin-Gémeaux… Il déroule ses nombreuses adresses dionysiennes où il a toujours logé avec ses deux frères.


« Je n’ai pas à me plaindre »

Puis il a rencontré « Madame », avec qui il a deux enfants, une fille de 6 ans et un garçon de 8 ans. Une Parisienne convaincue qui ne se voit pas quitter la capitale. « Alors maintenant j’habite dans le 14e. » À l’opposé de son lieu de travail. Tous les jours, il fait le trajet en voiture, « en une heure maximum », car le métro ne lui réussit pas. « Une fois, je me suis endormi sur l’épaule d’une dame… » Il embauche à 9h, prend sa pause méridienne à la Poste principale, rue Auguste-Gillot, reprend à 14h jusqu’à 16h30. Et se remet en route illico pour chercher les petits à l’école. Un emploi du temps chargé qu’il prend avec philosophie. « Je n’ai pas à me plaindre.»

Pascal a l’optimisme naturel et retient le positif de toute expérience. Comme ces quelques mois où, en vertu du dispositif « veiller sur mes parents » de la Poste, il a rendu visite chaque jour à une petite dame. Bienveillance, petites blagues – « Je l’appelais ma petite femme »… Censé passer 15 minutes avec elle, il reste trois quarts d’heure. La mamie se confie. Sa vie, « terrible », émaillée de drames, fait relativiser Pascal sur ses menus tracas. À la vingtaine, il avait envisagé de devenir assistant de production. « J’ai fait une école de musique pendant un an. » Aussi, quand on lui a proposé d’être facteur, il ne s’attendait pas « à rester ». Mais, « le bilan est bien », résume-t-il, définitivement satisfait de son sort.

Patricia Da Silva Castro

Réactions

Pascal est un bijou.. la gentillesse à l'état pur. Merci le jsd d'avoir mis en avant ce monsieur
Excellente initiative le JSD pour cet hommage à cet homme tellement généreux qu'est "notre" facteur. Merci à vous, merci à lui !
Merci Pascal pour votre sympathie et votre professionnalisme.