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Soixante Adada
/ Exposition l’Uppart : Œuvres d’utilité pratique

Carolalune signe une exposition originale – un appart reconstitué – et militante contre la consommation compulsive. Tous les objets et mobiliers qu’elle a créés sont à vendre. Des œuvres utiles fabriquées à partir d’éléments ayant connu une première vie.
Carolalune dans l’appartement imaginé au Soixante Adada, écrin de ses créations « surcyclées ». © Maxime Longuet
Carolalune dans l’appartement imaginé au Soixante Adada, écrin de ses créations « surcyclées ». © Maxime Longuet

Tables basses, banc, tableaux, luminaires, étagère, paravent, jeux, et même vêtements… Dans cette pièce aux airs de loft arty où il fait bon flâner, tous les objets sont à vendre. Cela rappelle forcément une enseigne mondialement connue pour ses meubles standardisés à monter soi-même et aux noms imprononçables.

L’Uppart est une exposition signée Carolalune qui se joue des codes des magasins Ikea, temples de la surconsommation inutile et impersonnelle selon celle-ci. La peintre a investi la galerie du Soixante Adada et y a reconstitué une cuisine, un bureau, un salon et une chambre, à venir découvrir jusqu’au 25 octobre.

« Mettre fin à l’achat compulsif »

« On est dans un monde aux ressources finies, le but de cette expo est de montrer qu’il faut mettre fin à l’achat compulsif. On a tendance à remplacer et à se débarrasser de nos objets à la moindre rayure… C’est débile. Il faut assumer les signes du temps qui passe sur les objets qui nous entourent pour que, par ricochet, nous les acceptions sur nous-mêmes. » La grande différence entre les articles du géant suédois et la centaine d’objets qui font L’Uppart, c’est leur conception. Dans L’Uppart, décorations, meubles et vêtements ont été fabriqués à partir de matériaux de récupération : en upcycling selon le terme consacré. Pour monter cette exposition, Carolalune a puisé dans la philosophie du kintsugi, un art japonais né au XVe siècle et qui serait l’un des ancêtres de l’upcycling ou surcyclage en français. « Le kintsugi, ce n’est pas de cacher les défauts d’un objet mais, au contraire, de les exploiter, de les accepter et de les sublimer. »

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Tous les objets présentés dans L’Uppart ont donc été chinés dans la nature, à Emmaüs ou dans des friches, et retravaillés ensuite par l’artiste. Comme cette claie abandonnée dans une ferme qui servait à faire sécher les plantes aromatiques et transformée en cadre. Ou comme le luminaire fabriqué à partir d’un tambour de machine à laver agonisant dans une décharge. Carolalune propose une mise en abyme pratique et ludique de l’upcycling et de son impact positif sur l’environnement tout en interrogeant nos propres habitudes de surconsommation.

Upcycling is the new vintage ?  

Mais qu’est-ce qui différencie l’upcycling du recyclage ? Contrairement à celui-ci, le surcyclage ne dégrade pas le matériau de récupération pour fabriquer une nouvelle matière. Exit donc les processus chimiques. Il est donc moins énergivore que le recyclage et donne une seconde vie aux objets, vêtements ou meubles tout en faisant évoluer sa fonctionnalité dont notre créativité est la seule limite… Vous-même avez peut-être déjà mis en pratique l’upcycling en transformant une caisse de vin usée en étagère ou en assemblant des palettes qui trainaient dans la rue pour en faire un canapé tendance. L’upcycling c’est la version augmentée de l’anti-gaspi appliquée aux objets. Et cela tombe bien car, dans le cas des vêtements, leur processus de fabrication à lui seul produit près de 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre par an (selon la Fondation Hellen MacArthur). Et, selon l’organisation environnementale l’Union internationale de la nature, 35 % des microplastiques rejetés dans les océans viendraient du lavage de textiles.

Une démarche écolo et poétique

L’idée de l’upcycling est de donner simplement une seconde vie tout à fait honorable aux objets. Honorable car « il ne devrait pas y avoir de honte à récupérer des choses dans la rue et d’en faire un objet unique qui reflète notre personnalité. L’upcycling n’est pas synonyme de pauvreté, de tristesse… Je voulais montrer que l’on pouvait rentrer dans une autre démarche tout en gardant un aspect… poétique. »

Les noms imprononçables à la Ikea sont ici remplacés par des noms qui rendent hommage aux femmes pour « contrecarrer le processus d’invisibilisation de celles-ci » et une façon pour Carolalune d’entrer en résonance avec son militantisme féministe. Ainsi, un tableau a été nommé Emma, en l’honneur d’Emma Lilian Todd, première femme à avoir conçu des avions. « Il y a déjà beaucoup d’artistes qui travaillent en upcycling. Mais je pense qu’il peut être surtout un support pour militer. » Alors que les industries du design et de la mode utilisent la tendance de l’upcycling pour pratiquer en toute illogique des tarifs prohibitifs, dans L’Uppart les prix varient de 10 euros pour un mug par exemple, à 1 200 euros pour le tableau Maintenant, œuvre réalisée à partir de deux affiches publicitaires marouflées et sauvées in extremis des limbes des objets, la déchetterie.

Maxime Longuet

L’Uppart, de Carolalune, au Soixante Adada (60, rue Gabriel-Péri). Jusqu’au 25 octobre, du mardi au vendredi (16h-19h), samedi et dimanche (11h-19h). Visites gratuites, guidées par groupe de 10 pendant 45 minutes. www.60adada.org
 

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Écologie en kit

Le géant du meuble en kit est critiqué pour son exploitation à grande échelle des ressources naturelles comme l’huile de palme et son utilisation de plastiques. En 2018, dans sa stratégie de développement durable « People & Planet Positive », Ikea (qui compte 34 magasins en France) annonçait que les matières premières représentaient 38 % de ses émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation de ses produits par les consommateurs et le transport de ces derniers jusqu’aux magasins totalisent 37% des émissions et la production de ses produits 12%.

Ikea s’est aussi engagé à réduire son empreinte carbone de 70 % en moyenne par produit d’ici 2030 et à devenir ainsi un acteur majeur de l’économie circulaire en lançant la location de meubles ou en s’approvisionnant « en bois, coton, nourriture et autres matières premières issus de sources gérées durablement ». Mais l’équation de produire plus propre tout en développant les activités d’une entreprise est-elle soluble face à l’urgence écologique ? Ikea et consorts auront beau mettre en place des programmes plus verts, notre salut viendra d’une consommation intelligente et inventive, attentive et moins compulsive. Alors, ne croyons pas les publicitaires qui nous vendent du rêve photoshopé, préférons les artistes pour imaginer et expérimenter de nouvelles façons de vivre. C’est aussi ça, le rôle d’un artiste.

MLo.

Réactions

Super concept pour une très belle expo : conviction poétique quand tu nous tiens ! :)

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