Cultures

6B
/ Expo. Action !

Les Tailleurs d’Images, collectif emmené par le sculpteur Pierre Rabardel et le photographe William Faye, montent une « exposition-action » où les visiteurs sont invités à être davantage que de simples contemplateurs.
Barbara Portailler présente un mur couvert de post-it collectés au 6b, la « pensée collective » du lieu.
Barbara Portailler présente un mur couvert de post-it collectés au 6b, la « pensée collective » du lieu.

Anthropologues, universitaires, monteurs d’exposition, ergonomes ou artistes, ils se sont réunis sous la même bannière pour porter un projet peu commun. Les Tailleurs d’Images, collectif emmené par le sculpteur Pierre Rabardel et le photographe William Gaye, montent une « exposition-action » au 6b jusqu’au 17 novembre. « À ma connaissance, il n’y a pas de précédent », affirme le modeleur.

Comme son nom l’indique, cet événement invite les visiteurs à ne pas se poser qu’en simples contemplateurs. Non, l’idée est de se laisser guider par son instinct et sa sensibilité pour s’approprier les installations initiées par les artistes. Car ces réalisations vont évoluer dans leur forme tout au long de l’exposition et les visiteurs sont appelés à y contribuer activement. Cette pratique est une façon de rompre avec les codes des galeries d’art que les Tailleurs d’Images jugent exclusifs et disqualifiants.
 

« Elle est construite autour des gens »

Ici pas de frontière physique entre l’œuvre, les promeneurs et même les habitants auxquels se dédie entièrement l’exposition. « Elle est construite autour des gens. Nous voulons que les habitants des alentours se l’approprient entièrement, défend avec conviction Pierre Rabardel. En général, dans les galeries, tout est fait pour leur faire comprendre qu’il faut être compétent pour comprendre l’art. Ces rapports institués créent automatiquement une distance avec le public », regrette Rabardel qui propose une série de sculptures, les Êtres G, réalisées à partir de troncs d’arbre (noisetier, châtaignier, acacias…).

Chaque pièce représente des mois de travail. Pour autant, les visiteurs sont invités à s’emparer, toucher, dorloter et donner vie à ces créatures de bois sans aucune forme de restriction… À deux pas des Êtres G, William Gaye, chimiste de formation, expose des photos de migrants camerounais prisent à Berlin. Elles sont tirées de son exposition participative Aller(s)/retour(s) présentée à Yaoundé (Cameroun) en 2009 et à Cergy en 2010. Comme lors de ces expositions, une centaine de clichés floutés sont en libre-service et ont pour but d’alimenter les échanges entre les visiteurs. Chacun peut en disposer librement ou en discuter autour de la table installée au centre de la pièce. Là-encore, les contributeurs potentiels peuvent réagir librement à l’installation. Dans le parcours de l’exposition-action, on découvre aussi le Délectarium, une petite pièce ouverte mais privative dans laquelle une ou deux personnes peuvent profiter pleinement d’œuvres mises à disposition. Depuis la banquette deux places, elles peuvent se délecter de l’œuvre qu’elles auront elles-mêmes choisie et accrochée sur le mur immaculé prévu à cet effet. Juste à côté du Délectarium, se tient une chambre obscure où le vidéaste Serge Glissant projette une boucle vidéo tournée sur les berges du canal. 
 


« Qu'est-ce qu'une pensée ? »

« Les visiteurs peuvent rajouter une bande-son ou enregistrer un commentaire. Il y a aussi une caméra disponible pour les plus hardis qui souhaitent tourner des séquences pour enrichir la vidéo », explique le vidéaste qui se chargera ensuite du montage final. Durant la déambulation, on peut tomber sur les clichés de Philippe Monges imprimés à l’encre thermochromique : les sujets des photos se dévoilent de façon éphémère sous l’effet de la chaleur. On découvre ce que cachent ces images avec une pression de la main. Face aux portraits du photographe, l’artiste-chercheuse Barbara Portailler présente un mur couvert… de post-it usagés. Collectés au sein même du 6b, ces petits papiers carrés aux couleurs criardes sont mis bout à bout, et constituent la photographie de la « pensée collective » du lieu. Les curieux sont invités à effeuiller ce mur avec l’artiste et à en utiliser de nouveaux.

« La pensée, on la pense toujours immatérielle, mais elle se base toujours sur des ressources, ici le papier. Mais qu’est-ce qu’une pensée ? Un mot, une phrase, un dessin ? Est-elle court-termiste ? Forcément jetable ? Et surtout, quelles ressources emploie-t-elle pour se matérialiser ? », interroge Portailler. Aux habitants de répondre à ces questions, de s’approprier les installations et d’en devenir les concepteurs.

À noter, samedi 10 novembre à partir de 19 h : la réputée violoncelliste contemporaine Séverine Ballon donnera un concert entre les installations. Le mardi 13 et samedi 17, des danseuses classiques, respectivement du CRR 93 et du Conservatoire de Saint-Denis, s’empareront des lieux pour une chorégraphie de plusieurs heures.

Maxime Longuet

Exposition-action, au 6b (6-10, quai de Seine), jusqu’au 17 novembre, du lundi au samedi, 14h-18h. Entrée libre. Accueil groupes auprès d’Hélène Lust : mediation@le6b.fr / Tél.: 0142432334. www.le6b.fr

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