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Sous nos pieds
/ Et au milieu coulent plusieurs rivières…

Saint-Denis, ville d’eau ? Pourquoi pas, direz-vous, avec la présence de la Seine et du canal. Mais quand vous apprendrez que pas moins de six cours d’eau coulaient dans la cité depuis des siècles, avant de disparaître, vous serez surpris. Retour sur une histoire d’eau…
Travaux de curage du Croult en centre-ville en octobre 1948. ARCHIVES MUNICIPALES DE SAINT-DENIS/ANONYME
Travaux de curage du Croult en centre-ville en octobre 1948. ARCHIVES MUNICIPALES DE SAINT-DENIS/ANONYME

Au début du XXe siècle, le territoire qui allait devenir la Seine-Saint-Denis, compte au moins 15 rivières. Canalisées, détournées et enterrées, elles ont pour la plupart, disparu du paysage. Saint-Denis, quant à elle, implantée à plus de 1 km de la Seine est sillonnée par des rivières et des petits ruisseaux : le Croult, la Vieille-Mer et le Rouillon, les rus de Montfort, de Joncherolles, de Villetaneuse et d’Enghien.

Le plus important d’entre eux, le Croult, prend sa source dans les bois de Louvres (95), et serpente jusqu’en territoire dionysien. Sous l’impulsion des moines de l’abbaye qui s’y étaient installés il y a plusieurs siècles, des travaux de dérivation sont réalisés. 

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Une fourche fluviale est créé donnant naissance à deux cours d’eau le Croult et le Rouillon. La rivière naturelle qui prend le nom de Vieille-Mer, poursuit son cours, traversant Saint-Denis, pour aller se jeter dans la Seine. « Paris ne s’est pas fait en un jour », a-t-on coutume de dire, on pourrait ajouter, Saint-Denis non plus…

Lutèce, antique berceau de Paris, a vu le jour, les pieds dans l’eau, dans l’île de la Cité. Pour Saint-Denis, ce fut une tout autre histoire liée notamment à la présence de l’abbaye autour de laquelle la ville s’est constituée. Dès la période gauloise, les habitants de Saint-Denis creusent des puits pour profiter de la proximité de la nappe phréatique, située à moins de 4 mètres sous terre. 
 

À l’époque carolingienne, une partie des eaux du Croult est détournée pour constituer un canal qui remplace l’ancien aqueduc insuffisant à l’entretien d’un monastère en plein développement. De la prise d’eau, au trou provendier de Dugny, jusqu’à Saint-Denis, le canal mesure 6,4 km. Il assure à la ville une quantité d’eau suffisante pour abreuver les animaux domestiques, assurer les activités artisanales, le nettoyage, la lessive, lutter contre les incendies. Mais en l’absence d’égout, il devient le réceptacle de l’évacuation des eaux usées… Au fil du temps, des moulins à eau s’installent le long de cette rivière. Ses abords se transforment en zone d’activité artisanale, des tanneries voient le jour, lavoirs et blanchisseries fleurissent.

Jusqu’au XIXe siècle, les familles ont souvent aussi leur propre puits. Mais la proximité des latrines va rendre ces eaux impropres à la consommation et provoquer de graves épidémies de typhoïde ou de choléra. La population est donc réduite à consommer les eaux telles qu’elles lui sont distribuées, c’est-à-dire sans aucune purification préalable. Cependant, Saint-Denis est alimentée en eau potable, grâce aux nappes d’eau souterraines, par des bornes-fontaines artésiennes réparties dans les différents quartiers de la ville. 

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L’insalubrité dans la ville

Dès 1947, le conseil municipal vote un vœu pour demander la couverture de la Vieille-Mer et la suppression des rivières de Saint-Denis, « leur existence étant une des principales causes d’insalubrité dans la ville ». On est loin d’imaginer l’état d’impureté des eaux du Croult au XIXe siècle… Des plaintes de riverains sont déposées auprès des autorités, l’absence de curage et le déversement des eaux industrielles et ménagères transforment la rivière en un véritable cloaque.

« Depuis près de 1 400 ans, peut-on lire sur un document issu des archives municipales, le Croult traverse le centre de Saint-Denis. Après avoir été une petite rivière paisible desservant les moulins et tanneries situés sur son cours, le Croult est devenu un véritable égout à ciel ouvert, un centre de pollution et de développement des microbes et des rats. »

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En 1957, la décision est prise par la municipalité de supprimer la rivière. Des affiches, en date du 5 novembre 1957, sont placardées à l’attention des riverains. On peut y lire : « il est formellement interdit de déverser des ordures, détritus et eaux usées dans la rivière », pendant la durée des travaux. Si l’insalubrité des cours d’eau constitue un véritable fléau, leur débordement en est un autre, provoquant à chaque orage des dégâts considérables, inondant les terres cultivées et les lotissements nouvellement installés. La Vieille-Mer quant à elle, est entièrement busée entre 1954 et 1964.
 

La Vieille-Mer redécouverte ?

Depuis plusieurs années, des projets de découverture de la Vieille-Mer sont à l’étude. Simplement couverte et non enterrée, il n’est pas rare de deviner sa présence, par temps d’hiver, par les vapeurs qui s’échappent du sol, ou les inondations rappelant son existence. Alors ira-t-on vers la remise à ciel ouvert de cette rivière afin de redonner vie à des milieux disparus ?

Nos voisins du Val-de-Marne ont franchi le pas en rouvrant une portion de la Bièvre, qui fut elle aussi polluée en son temps par l’activité des tanneries. Les habitants de Saint-Denis comme ceux des 86 autres communes de Seine-Saint-Denis et du Val-d’Oise ont pu s’exprimer sur les questions de l’eau, le mois dernier, dans le cadre d’une enquête publique organisée par le Syndicat mixte pour l’aménagement hydraulique des vallées du Croult et du petit Rosne. L’eau est bel et bien un bien commun dont il faut se soucier. À suivre. 
 

Claude Bardavid

Réactions

Superbe article
Article très intéressant ! Découvrir la Vieille Mer, ça semble super, mais quand on voit l'état du canal, on se demande si c'est vraiment une bonne idée...

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