Cultures

Exposition aux archives nationales
/ Elles se souviennent de la Seconde Guerre mondiale

Maureen Ragoucy a récolté les témoignages de 41 femmes, photographiées ou filmées, issues des pays belligérants de la Seconde Guerre mondiale. Des petites histoires qui dessinent la grande et donnent chair à ce conflit majeur du XXe siècle.
Résistantes, déportées, ou adolescentes ayant traversé la guerre en toute insouciance... Les témoins sont multiples.
Résistantes, déportées, ou adolescentes ayant traversé la guerre en toute insouciance... Les témoins sont multiples.

« Rappelle-toi Barbara, il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là et tu marchais souriante épanouie ravie ruisselante sous la pluie. » Barbara, c’est cette muse inconnue dont le nom a inspiré l’un des poèmes les plus célèbres écrits par Jacques Prévert. Cette ode antimilitariste a été sublimée par le compositeur Joseph Kosma au sortir de la Seconde Guerre mondiale et reprise par les chanteurs Yves Montand, Serge Reggiani ou encore les Frères Jacques… Mais la Barbara de Prévert a aussi inspiré des mythes familiaux, ces histoires que l’on se transmet de génération en génération et dont la véracité, au final, importe peu.

« Ma grand-mère vivait à Brest pendant la guerre et s’appelait Barbara. Elle nous racontait que c’était elle qui aurait inspiré Jacques Prévert », raconte amusée Maureen Ragoucy. C’est donc assez naturellement que le poème prête son nom à son exposition actuellement en cours aux Archives nationales (site de Pierrefitte). Jusqu’au 5 décembre seront accessibles les témoignages, parfois filmés parfois retranscrits, de 41 femmes issues des pays belligérants de la Seconde Guerre mondiale.
 

Pologne, Allemagne, Italie, Etats-Unis

En 2011, Maureen, encore jeune photographe, commence à démarcher entre Paris et Lille une douzaine de femmes ayant vécu cette période. Ce n’est qu’à partir de 2013 qu’elle filme les témoins, ce qui lui permet de décrocher la bourse
« Déclic Jeunes » de la Fondation de France un an plus tard. Tout s’accélère ensuite. Pour cette collecte mémorielle de grande envergure, elle voyage à l’étranger en Pologne, en Allemagne, en Italie, aux États-Unis. Maison de retraite, hôpitaux, amicales, associations d’anciens déportés… Tous les moyens sont bons pour récolter les souvenirs de ces femmes. « En Angleterre, les centres hospitaliers étaient rendus difficiles d’accès par l’administration. J’allais donc parler aux femmes qui m’intéressaient directement dans la rue, un peu au hasard, se souvient-elle. Une fois j’ai couru après une vieille dame qui se trouvait avoir été mécanicienne dans la Royal Air Force pendant la guerre ! »

De ces entretiens, Maureen en tire des enseignements : « J’ai appris énormément de choses aussi bien historiquement qu’humainement car ce sont aussi des femmes de sagesse, confie Maureen Ragoucy. Ce qui est beau, c’est qu’elles se remettent dans leur peau de jeune fille mais avec le regard d’une femme âgée. La façon dont elles relatent leurs souvenirs, ce qu’elles décident d’omettre ou de raconter, en dit long sur leur personnalité. » Ces témoignages sont tout autant de trajectoires, de souvenirs et de points de vue que ne nous enseigneront pas les manuels d’histoire : cette fameuse petite histoire dans la grande. Certaines d’entre elles étaient engagées dans la Résistance, quelques-unes ont vécu les camps de concentrations, d’autres se cantonnaient aux insouciances de l’adolescence… 
 

« Mon sujet va plus loin que la guerre »

Christa, une Allemande, se souvient comment elle saluait les officiers nazis dans un mélange de moquerie et d’indifférence. Une Italienne raconte comment elle faillit se faire tuer par des tirs d’avions de reconnaissance alors qu’elle se baladait à vélo. Une Autrichienne se remémore sa fuite périlleuse vers la Tchécoslovaquie avec sa mère. Une autre décrit son enfance passée dans un pensionnat près de Paris, séparée des siens. Derrière ces histoires, il y a la tragédie bien sûr mais aussi l’espoir de meilleurs lendemains. « Ces femmes du quotidien ont travaillé à l’usine, ont eu des enfants, se sont mariées… Il y avait de la vie malgré tout. Mon sujet va plus loin que la guerre. La guerre c’était un prétexte pour rencontrer ces personnes. » Des visites guidées sont organisées jeudi 18 octobre, mardi 6 novembre et mardi 20 novembre (1) avec Martine Sin Blima-Barru, commissaire scientifique de l’exposition Rappelle-toi Barbara. De Barbara, on ne saura jamais ce que la guerre lui a réservé mais, quoi qu’il en soit, comme l’écrivait Prévert, « quelle connerie la guerre ! ».
 

Maxime Longuet

Rappelle-toi Barbara, Des femmes racontent la Seconde Guerre mondiale, aux Archives nationales (59, rue Guynemer, Pierrefitte-sur-Seine) du lundi au samedi de 9 h à 16h45. Fermé dimanche et jours fériés. Entrée libre et gratuite de l’exposition. (1) Inscription aux visites via evenements.archives-nationales@culture.gouv.fr Horaires des visites guidées : 14 h.

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