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/ Elles nous racontent « leur » confinement

Snapchat, cours à distance, engagement politique et heures tardives, deux élèves de première du lycée Angela-Davis nous racontent comment elles ont vécu la période de confinement.
Illustation Nicolas Frobert
Illustation Nicolas Frobert

 

Awa, en 1ère au lycée Angela-Davis

L'annonce du confinement et de la fermeture des écoles et donc de la mise en place des cours en ligne a impliqué une organisation rapide pour assurer la fin de l’année scolaire. Pendant que certains se réjouissaient du début de leurs vacances, d’autres, les élèves de première s’inquiétaient pour la dernière épreuve d’E3C, le bac de Français, l'épreuve de la spécialité abandonnée. Les secondes eux avaient l’esprit plus tranquille, ils n’avaient que leur orientation à la fin de l’année. Les Terminales, eux, je pense qu'ils étaient sûrement plus sereins que nous, les premières, car ils ont juste à valider leur contrôle continu pour avoir leur diplôme. Un emploi du temps spécial confinement avec des matières “importantes” et prioritaires comme le français, lorsque nous croyions encore que le bac de français était maintenu, a été mis en place. Je pense que la plupart des profs ont été très compréhensifs et que ce n'était pas facile pour eux d’enseigner dans de telles conditions.

Pour ma part le télétravail, n’a pas été si compliqué que je le pensais. J’ai la chance de posséder les moyens de pouvoir être assidue aux cours en ligne, cependant cela n’a pas été le cas de tout le monde. Un de mes camarades a cassé son téléphone peu de temps avant la mise en confinement, il ne possédait ni tablette ni ordinateur. Le lycée lui a donc fourni, une tablette de la région mais ce dernier a affirmé ne pas pouvoir participer au cours car les liens étaient envoyés dans les groupes de classe sur Whatsapp. Il a pu réparer son téléphone uniquement à la fin du confinement, il doit donc maintenant rattraper le mois de cours qu’il a raté.

Nombreux sont ceux qui n’ont pas un foyer stable et harmonieux, je suis heureuse de ne pas faire partie de ces personnes mais je pense à eux, le confinement n’a fait que déstabiliser encore plus leur foyer. Entre les frères et sœurs qui ne s'entendent pas, les violences intrafamiliales ou conjugales, les conflits entre enfants et parents, les crises d'adolescences ou encore la détresse et l’inquiétude des personnes âgées, certains ont vécu un moment très difficile et c’était dur pour eux d’appeler à l’aide. Le confinement est pour eux une sorte de punition que personne ne méritait de subir.

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Le confinement m’a surtout montré l’importance de profiter au quotidien des profs qui au-delà de l’enseignement, nous écoutent et sont à nos côtés lorsque nous rencontrons des difficultés scolaires ou personnelles. Même s’il y avait une proximité avec les cours en ligne, c’est plus compliqué d'apprendre à distance. Cette période a été révélatrice de l’intérêt des professeurs. J’ai aussi appris pendant cette période à me concentrer sur l’organisation de mes cours alors que c’est quelque chose que je néglige habituellement.

J’ai passé une grande partie de mon temps sur les réseaux sociaux, que ce soit Snapchat, Instagram ou encore Twitter. Ils m’ont permis de rester en contact avec mes amis et ma famille, de rester informée sur les différentes situations. Même si je l’avoue, ils ont beaucoup perturbé mon sommeil, mon temps de concentration sur mes devoirs. Les cours en lignes ont provoqué certains maux de tête et une diminution de la vue, à force de rester trop longtemps sur les écrans, ce que je faisais déjà avant le confinement.

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De toute cette période, le jour où j’ai été la plus heureuse, et je ne suis pas la seule, j’en suis persuadée,  c’est le jour où le ministre de l’éducation nationale, Jean Michel Blanquer, qui a mis en place la réforme du bac 2021 que j’ai tant critiqué, a annoncé l'annulation du bac de français. Même si l’annulation complète a été annoncée en deux temps, tout le stress de la pandémie, et la pression des études, très importantes pour moi et ma famille, ont été évacués. Au moment de l’annonce, je ne suivais pas les informations, j’ai été mise au courant sur le réseau Snapchat. Tous mes amis en première avaient publié une photo du ministre annonçant que l’oral n’aurait finalement pas lieu et c’était là même chose dans toute les story des premières, je me suis donc empressée de suivre le mouvement pour montrer ma joie. Malgré le soulagement, j’aurais quand même préféré passer l’épreuve et acquérir l’expérience de l’examen dans des conditions normales. 

 

 

Grace, en première au lycée Angela-Davis

J’ai appris qu’il y avait une épidémie grâce aux réseaux sociaux et le confinement grâce au discours du président de la république. Je ne pense pas avoir été trop exposée au virus avant le confinement puisque je ne suis pas quelqu’un de trop tactile et parce que je ne sors presque jamais de chez moi surtout quand il fait froid et que nous sommes en période scolaire. Je suis casanière, ça ne me gêne donc pas de rester chez moi plusieurs semaines. Au fur et à mesure que le confinement passait, j’ai décalé mes horaires et j’ai commencé à me coucher très très tard et à me réveiller très tard comme la plupart des gens que je côtoie.

En ce qui concerne ma scolarité, j’ai continué à envoyer mes devoirs, apprendre mes cours mais je n’ai pas assisté aux cours à distance par manque de temps ou par fatigue et non pour une question d’équipement informatique. J’ai parfois eu l’impression d’avoir trop de travail par rapport aux cours traditionnels même si j’essaye de comprendre les profs qui ne veulent pas qu’on soit en retard dans le programme. Je me suis sentie aidée et soutenue par mes profs. L’annonce du bac en contrôle continu a été pour moi, une suite logique à la réforme que je subis aujourd’hui puisque je suis élève en première. Après l’annonce de Jean Michel Blanquer sur l’annulation des épreuves anticipées de français, j’ai sauté de joie, parce que je ne me suis dit que c’était absurde d’annuler l’écrit et pas l’oral, pour lequel nous aurions été plus en contact avec nos examinateurs. Ça n’a pas été une période facile mais je n’ai pas eu spécialement de crainte pour ma scolarité, ce qui m’a surtout manqué au lycée, ce sont mes amis, le club médias et le CDI.

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En dehors du travail scolaire, j’ai passé beaucoup de temps à regarder des sketchs, des vidéos "gossip/dramas" sur YouTube, j’ai beaucoup fréquenté les réseaux sociaux et regardé des séries ou des films sur Netflix. Comme je ne suis pas beaucoup sortie je n’ai pas trop su ce qu’il se passait dans le quartier, je n’ai pas été directement en contact avec le monde extérieur. Je suivais ce qu’il se passait par les médias. J’ai été choquée d’y apprendre qu’ils voulaient tester des vaccins en Afrique et du traitement réservé aux quartiers populaires dans les informations.

Contrairement à ce qu’ont montré certains médias sur les banlieues, ma famille et moi avons respecté le confinement. Personnellement je ne suis pas sortie dehors. J’ai l’impression qu’il n’y a pas eu de gros changement pour nous. Rien n’a changé à part que je me suis plus concentrée sur ma famille et ma vie spirituelle. Pour tenir, parfois je lis la Bible. Oui, cette période du confinement m’a énormément aidé à me rapprocher de Dieu, je me trouve plus mature par rapport à il y a quelques mois. On peut dire à ce niveau que le coronavirus m’a aussi fait du bien.

Pendant le confinement je me disais que dès que je pourrai, je ferai des choses anodines comme aller manger dans un fast-food et faire du shopping. La gestion de la crise avec ses nombreuses consignes contradictoires, obligation de porter des masques, distanciation et d’un seul coup reprise des cours pour tous comme s’il n’y avait jamais eu de virus, peut parfois m’amener à remettre en cause la gravité de la maladie.

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Mais je crois que ce que je retiendrai le plus de cette période ce n’est pas forcément la crise sanitaire. Récemment il y a eu une vague de manifestations « BlackLivesMatter » qui luttent contre le racisme et les violences policières. Je trouve aberrant qu’en 2020 il y ait encore des violences à cause de la couleur, de la religion, de l’origine, du sexe ou encore l’orientation sexuelle d’une personne. Finalement la peur que mes frères et sœurs, mes enfants aient à subir le racisme est bien plus grande que la peur du virus. Je pense qu’on devrait apprendre le plus tôt possible ce qu’est le racisme en cours d'éducation morale et civique, mieux définir ce que c’est, les mots et remarques offensantes à bannir. Malheureusement je n’ai pas pu participer aux manifestations contre le racisme parce que mes parents ont peur, premièrement du virus et deuxièmement de ce que les forces de l’ordre peuvent faire, mais j’aurais aimé y aller. Ma façon de m’y associer sera soit d’écrire un poème ou un texte sur ce thème.

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