En ville

Diversité commerciale : première tomme

L’ouverture d’une fromagerie au 54 rue Gabriel-Péri est le premier fruit de la nouvelle société d’économie mixte locale Saint-Denis commerces. Objectif de la structure  : améliorer l’offre commerciale.
Place au fromage situé au 54 rue Gabriel-Péri a des airs de renouveau.  © Olivia Kouassi
Place au fromage situé au 54 rue Gabriel-Péri a des airs de renouveau. © Olivia Kouassi

Et si les commerces traditionnels de bouche avaient mangé leur pain noir à Saint-Denis ? L’ouverture de Place au fromage (1) a des airs de renouveau en tout cas. Années 1980, dans cette seule portion de la rue Gabriel-Péri on recensait un boucher (en lieu et place du nouveau commerce), un fromager, un poissonnier, un tripier, un boucher chevalin et un primeur. Tous ont progressivement disparu.

Face à l’ampleur du phénomène dans le centre-ville de Saint-Denis, la municipalité s’est décidée, tardivement souligneront ses contempteurs, à employer des moyens exceptionnels en créant une société d’économie mixte (lire ci-dessous) pour se rendre propriétaire de locaux commerciaux.

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Objectif : améliorer la diversité commerciale. La fromagerie d’Éric Legros en est le premier fruit. Pour les amateurs de fromage, Éric Legros n’est pas un inconnu, lui qui gare depuis le mois de mars, son cheese-truck sur la place Jean-Jaurès les jours de marché. « J’avais le projet d’ouvrir une boutique en dur à Montreuil, explique le commerçant. Mais finalement l’ampleur du projet proposé par Saint-Denis commerces m’a plu, et j’ai inversé mes plans. Je vais laisser le camion à Montreuil et je m’installe en dur ici. »  

Un fromager pour 115 000 habitants

Et si Éric Legros est forcément un peu anxieux pour ses premiers pas en tant que fromager sédentaire, il reste confiant. « Cette boutique me permet d’avoir une offre plus large. Je vais notamment pouvoir transformer certains fromages sur place. Maintenant c’est toujours un pari, mais dans une ville de plus de 100 000 habitants sans fromager fixe, je pense que la demande est assez forte. Je vais déjà pouvoir m’appuyer sur la clientèle que j’avais fédérée sur le marché et puis j’imagine qu’il y a une tranche de la population qui souhaite retrouver des commerces de proximité. Je mise aussi beaucoup sur l’emplacement. Il y a déjà un petit écosystème dans cette partie de la rue avec la boulangerie-pâtisserie Lannoy, la vinothèque et le marchand de thé. Au 2 janvier, passé la saison du Mont d’Or et celle des fêtes, je serai fixé. »

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En ce deuxième jour d’ouverture, l’affluence dans la petite boutique est prometteuse et surtout les retours des clients sont excellents. Geneviève, des paquets de thé sous le bras, pousse la porte accompagnée de ses deux enfants. « J’étais cliente du camion sur le marché mais les horaires étaient un peu contraignants. C’est plus simple ici. Je suis très contente parce que ce genre de commerce manque. » Caroline qui habite le quartier depuis neuf mois est encore plus directe : « Cette boutique c’est la lumière qui s’allume. La qualité du commerce est lamentable. Un fromager ça devrait être la normalité. »

Seta de Joliot-Curie, enceinte de deux mois et malheureusement privée de lait cru est ravie aussi : « Il fallait aller à Paris pour acheter du bon fromage. » Pour la boulange de qualité en revanche pas besoin de faire des kilomètres avec la Maison Honoré et Lannoy. Justement les deux sont venus en voisin. « J’ai l’impression que les gens redécouvrent le bon. Ce sont des commerces comme ça qu’il nous faut, assure Geneviève Lannoy, 84 ans et installée au 41 rue Péri depuis 1956. Et puis c’est dans mon intérêt qu’il y ait d’autres bons commerçants alentour car c’est plus pratique pour les clients. » Maher, patron de la Maison Honoré, porte de Paris est venu encourager Éric Legros. « Nous avons besoin de confrères qui proposent des produits de qualité. On a touché le fond. On ne peut que remonter. Il faut que le commerce change pour changer la façade de la ville », dit celui dont une partie des clients ne faisaient plus leur course à Saint-Denis.

Inverser la tendance en matière de diversité commerciale. L’objectif semble donc largement partagé. Mais in fine, seuls les porte-monnaie des Dionysiens décideront du résultat de l’opération.

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La SEM Saint-Denis commerces voit grand

Attendue de longue date, la société d’économie mixte (SEM) locale Saint-Denis commerces a officiellement vu le jour le 20 septembre. Le principe est simple : maîtriser les murs d’un certain nombre de commerces en centre-ville pour choisir quels commerçants y installer. Pendant six ans, le commerçant reste locataire et au bout de la période il peut racheter les murs. Le produit de la vente est alors réinjecté au capital de la SEM qui réinvestit l’argent dans de nouvelles cellules commerciales.

Un outil rarement mis en œuvre (seuls Paris et Nice l’ont fait) car nécessitant beaucoup de capitaux au démarrage. Ainsi ils sont six au capital de Saint-Denis commerces pour une mise globale de 5M€. La ville actionnaire majoritaire (65%) apporte 3,25M€ dans la corbeille de mariée, la Caisse des dépôts (25,5%) 1,27M€, Cristal (5%) 0,25M€, Alan Peters (2,5%) 0,12M€, La Compagnie de Phalsbourg (1%) 0,05M€ et Icade (1%) 0,05M€. Les porteurs de projet choisis par une commission d’attribution sont également fortement soutenus. Octroi de prêts d’honneur par Initiative Plaine Commune et facilités de loyers sont au rendez-vous.

Ce qui fait dire à Éric Legros : « Je prends appui sur Saint-Denis commerces qui prend appui sur moi en retour. Je loue plutôt en dessous des prix du marché et par ailleurs en année 1 je m’acquitte de seulement 65% du loyer. » Après la fromagerie de ce dernier suivront l’ouverture au printemps d’une charcuterie au 92 rue Péri, et d’un caviste au 105 de la même artère. Au 34 rue Renan, au pied de la résidence étudiante Espacil est annoncé un restaurateur rapide de qualité avec licence III et un opticien s’installera, à quelques pas, au 1 bis rue Dézobry.

« Grâce à ce nouvel outil nous allons travailler la diversité de l’offre commerciale sur 10% des commerces du centre-ville, soit 7000m2 maîtrisés en 2029, salue Didier Paillard (PCF) conseiller municipal délégué au commerce. Dès le printemps 2020 nous maitriserons les murs d’une vingtaine de commerces. La SEM peut changer la donne. On veut renouer avec une offre commerciale de proximité et c’est le moment car les gens veulent de la qualité en bas de chez eux et un rapport plus humain. » À l’avenir ils devraient au moins avoir le choix.

Yann Lalande

(1) Place au fromage, 54 rue Gabriel-Péri. Ouvert du mardi au dimanche matin de 9h à 13h et de 16h à 20h.

Réactions

Bonjour. @Yann Lalande. "Face à l’ampleur du phénomène dans le centre-ville de Saint-Denis, la municipalité s’est décidée, tardivement souligneront ses contempteurs". J'en fait parti je l'avoue. Quand au retard... C'est 20 ans de retard. Une générations !! Les élections approchent et on va nous que c'est grace à Didier Paillard qu'on a eu ce fromager... Je reprends ces mots "On veut renouer avec une offre commerciale de proximité et c’est le moment car les gens veulent de la qualité en bas de chez eux et un rapport plus humain. » Après de 20 ans de léthargie, de louange pour les restaurant turques, la démission de Julien Colas, ouf Didier Paillard vient de se réveiller de son coma intellectuel. La grâce l'a touché on dirait. Des années de commerces bas de gamme, de restauration rapide indigentes, de coiffeurs... Un fromager, un opticien, un caviste... 20 ans pour faire cela... Je ne vous félicite pas.
On parle du centre ville mais Quartier Montjoie, aucun commerce entre Landy et Front Pop, Campus Condorcet et Wilson. Aucun. Nada. Zéro. Comment est-ce possible de n'avoir rien anticipé sur les RDC de logements et de bureaux en construction sachant la venue des fameux "15 000 étudiants et chercheurs" et des nombreux nouveaux arrivants ? Il ne reste quasiment plus de possibilité de verdure ou de commerces sur les dernières parcelles en voie de transformation. La dernière opportunité de créer une voie animée et vivante étant via le prolongement de l'avenue Georges Sand, et on a bien l'impression que ça n'en prend pas le chemin... Une zone morte est en train d'être crée à la Plaine malgré le campus et un espace à inventer. Des visionnaires.
Il n'y a pas d'autre une plus urgente? Insécurité et crasse de la ville de saint denis par exemple
Pour revitaliser son Centre-ville et ainsi le rendre attractif et PRATIQUE la Ville de Soisy-sous-Montmorency (95) a été porteuse de cette pré-vision qu'elle acta il y a 10 ans environ. Donc le projet SEM est normal car il fait partie du job, à minima, de tout Elu-e .. Cependant je pense que nous gagnerions à repenser l'offre des Commerces de proximité en fonction des îlots Urbains. et de la géographie car faire 3 km pour faire ses commissions n'est pas pertinent. à la Gare de Saint-Denis lieu de passage pour personnes pressées. Nous devrions surtout y trouver des commerces de qualité qui facilitent la vie au quotidien tels : un pressing, un retoucheur, une mercerie, une banque, des cafés mixtes et du Coworking ! en gros toute une conciergerie… Mais je ne m'explique toujours pas pourquoi nous avons encore "des stands de rue" dans la rue de la République en milieu de semaine. je pense au Primeur ou encore au fleuriste ou le vendeur de gras face à la Poste. . et "les hypers protégés" de cette équipe politique que sont les revendeurs de contrefaçon et les pollueurs aux fumées toxiques pour les brochettes...

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