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À Paris 8
/ Des réfugiés apprennent le français sur les bancs de la fac

L’université dionysienne a mis en place un diplôme universitaire de langue française pour des étudiants réfugiés ou demandeurs d’asile. Cette formation est gratuite. Lancée mi-mars, elle s’étale jusqu’au 15 juillet au rythme de 15 heures de cours par semaine, mêlant des enseignements généraux de grammaire à des ateliers, à l’oral, à l’écrit ou en phonétique.
À Paris 8, des étudiants du diplôme universitaire de langue française.
À Paris 8, des étudiants du diplôme universitaire de langue française.
« C’est quoi un passant ? », demande Parisa Nazari. Hésitants, les étudiants réfugiés réfléchissent. « C’est quelqu’un qui passe », poursuit leur professeure en montrant par la fenêtre des personnes qui marchent.

Certains comprennent le sens du mot. Ils échangent en arabe pour le faire comprendre aux autres. « Dès que quelqu’un comprend un mot en français, il le dit aux autres en arabe », se réjouit l’enseignante de français langue étrangère (FLE). Elle le vit à chaque fois comme une petite victoire. « Au début, il y a trois mois, je leur parlais, ils me parlaient mais on ne se comprenait pas. Je faisais beaucoup de mimes », en sourit-elle aujourd’hui.

L’université Paris 8 a mis en place un diplôme universitaire de langue française pour des étudiants réfugiés. Lancé mi-mars, ce programme gratuit s’étale jusqu’au 15 juillet au rythme de 15 heures de cours par semaine, mêlant des enseignements généraux de grammaire à des ateliers à l’oral, à l’écrit ou en phonétique. « C’est une formation complète », souligne la professeure Begonia Helguera, coordinatrice du diplôme qui compte au total cinq enseignants.

Syriens, Soudanais, Afghans, Irakiens…

Une cinquantaine de personnes, en grande majorité des hommes, suivent la formation. « On a une majorité de Syriens et de Soudanais mais il y a aussi des Afghans, Irakiens, Égyptiens, Palestiniens », précise la coordinatrice. La benjamine a 18 ans, l’aînée 57 ans, mais la moyenne d’âge se situe plutôt autour de la trentaine. Ils ont parfois des enfants. Certains viennent même en couple. Le seul critère pour suivre la formation : être réfugié ou demandeur d’asile. « En principe, ils sont tous débutants. Mais il y a des niveaux différents. Cela a été compliqué au début. On a ensuite mis en place quatre classes de niveaux », raconte Begonia Helguera.

Pour certains, la progression a été spectaculaire. « Je me rappelle des Soudanais. Ils ne parlaient pas un mot de français. Ils savent maintenant s’exprimer », dit Nicole Blondeau, maître de conférence à Paris-8, l’une des initiatrices du projet. Les principales difficultés se concentrent à l’écrit. « Pour beaucoup, ils apprennent pour la première fois l’alphabet latin. Ils me posent beaucoup de questions sur l’orthographe des mots », raconte Parisa Nazari. « En arabe, on écrit comme on parle, mais pas en français », dit un Syrien de 31 ans, qui donne l’exemple « des halles ».

En France depuis environ cinq ans, la Soudanaise Selma, 33 ans, raconte qu’elle a galéré pour avoir accès aux cours de français avec des classes surchargées, un enseignement rudimentaire. Elle est contente de pouvoir enfin suivre une formation adaptée à ses besoins. Pour la suite, Selma veut faire des études en informatique. Pour d’autres, c’est l’histoire, le droit ou le cinéma. Certains pourront peut-être s’inscrire à l’université tout en suivant des cours de FLE, mais la plupart n’ont pas encore le niveau.

Une formation reconduite ?

Financée par Paris 8, la formation coûte 40 000 euros. Ses initiateurs se battent pour qu’elle se pérennise à la rentrée prochaine. « Ce diplôme est très professionnel. Les étudiants méritent des cours appropriés. Si la formation ne se poursuit pas, cela serait contre-productif », assure Nicole Blondeau, qui a assisté à une réunion au ministère de l’Enseignement supérieur en mai pour les étudiants réfugiés. Le secrétaire d’État Thierry Mandon a promis des « moyens financiers » pour les universités. Mais pour le moment, rien n’a encore été acté. Il y a trois ans, la coordinatrice Begonia Helguera avait donné des cours pour des réfugiés à Paris 8. L’initiative n’avait pas été reconduite. Elle espère ne pas revivre le même épisode. Tout comme les étudiants qui veulent continuer à apprendre le français.

Aziz Oguz

 

Un réseau d’aide de profs et d’étudiants

Ils sont une dizaine à avoir remis sur pied l’antenne du Réseau universités sans frontières. Chaque mardi soir, le collectif tient une permanence pour les réfugiés.

Si Paris 8 s’engage pour les réfugiés, les étudiants de l’université aussi s’organisent. Depuis mars, une dizaine d’élèves et de professeurs ont remis sur pied l’antenne du Réseau universités sans frontières (RUSF) à l’arrêt depuis 2013. Chaque mardi soir, le collectif tient une permanence. « Certaines fois, comme aujourd’hui, ils sont nombreux, d’autres fois, il y a moins de monde. On les connaît tous maintenant », explique Élodie, en sciences humaines. Les étudiants les aident pour les démarches administratives ou scolaires. Ils ont organisé plusieurs pique-niques dans l’université mais aussi des sorties culturelles comme la visite du centre-ville de Saint-Denis avec une séance au cinéma l’Écran. Les réfugiés viennent de toute la région parisienne. Le Soudanais Jamaaldine habite à Neuilly-sur-Marne (93). Une heure et demie pour venir jusqu’à Paris 8. Il vient à la permanence pour pouvoir parler français. C’est le cas aussi de son compatriote Mohamed Ahmed. Il cherche ses mots mais réussit à se présenter dans la langue de Molière : 27 ans, en France depuis onze mois, il aimerait poursuivre des études en informatique. « Au début, il ne parlait pas un mot de français », dit, admiratif, Jules, étudiant en master. « C’est pour eux l’occasion de s’exercer », poursuit Élodie.

Pas de distinction entre les migrants

Le collectif reçoit aussi de nombreux mails de réfugiés ou demandeurs d’asiles qui veulent suivre la formation si elle se poursuit la rentrée prochaine. Une liste a été mise en place en collaboration avec les responsables du diplôme et de l’université. Elle compte déjà plus d’une centaine de personnes. RUSF est aussi membre de Réseau d’études supérieures et orientation des migrants et exilés (Resome). « On refuse de faire la distinction entre les bons migrants réfugiés et les mauvais migrants économiques », souligne Jules. Il rappelle qu’il existe à Paris 8 des associations qui viennent en aide aux étudiants étrangers et sans-papiers.

AO

Contact : P8sansfrontieres@gmail.com

Page Facebook : RUSF Paris 8 https://www.facebook.com/RusfParis8/?ref=ts&fref=t

 

Réactions

Est ce que les jeunes dionysiens peuvent participer aux cours.
Merci pour cet article. Je vous signale que la légende est incorrecte: la professeure que l'on voit sur la photo est Begonia Helguera.
Merci à vous, Jim! L'erreur est corrigée.