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/ Des Grenadières à l’assaut

Johanne Laforte et Nelourde Nicolas, deux joueuses de la Sélection haïtienne de football féminin ont été recrutées en début d’année par le Racing Club de Saint-Denis. Pour ces deux joueuses professionnelles, intégrer un club étranger est une première. Et presque une sorte de consécration, vu d’Haïti.
Nelourde Nicolas et Johanne Laforte sont toutes les deux internationales haïtiennes. (c) Yann Mambert
Nelourde Nicolas et Johanne Laforte sont toutes les deux internationales haïtiennes. (c) Yann Mambert

Le début de leur histoire avec le ballon rond, Johanne Laforte, 24 ans et Nelourde Nicolas, 20 ans, nouvelles recrues haïtiennes du Racing Club de Saint-Denis, la résume de manière laconique comme si elle n’était pas si exceptionnelle que ça. « C’était déjà en moi, dans mon sang », exprime Johanne Laforte timidement. « C’est un talent inné », poursuit sa coéquipière aux tresses afros couleurs rosées. Les deux footballeuses sont des Grenadières, nom donné à l’équipe nationale de football féminin d’Haïti. Nelourde Nicolas (prononcez Nélourde insiste la joueuse) est née et a grandi dans la commune de Léogâne, à quelques kilomètres de la capitale haïtienne, Port-au-Prince. 

À l’âge de 8 ans, elle se « lance à fond » dans le football et entre en formation à l’Exafoot, une école de sa ville. Plus tard, elle intègre l’Anacaona Sportif Club (du nom de cette charismatique reine Taïno qui a régné sur l’un des royaumes d’Haïti au XVe siècle) l’équipe de football féminin de sa commune où elle sera capitaine pendant deux ans. Johanne Laforte, originaire de Grand-Goâve, dans le département de l’ouest, fait, elle, ses débuts à l’AS Tigress, club féminin réputé d’Haïti. Auparavant, elle était gardienne à l’Anacaona SC. « Quand j’ai été sélectionnée pour faire partie de l’équipe féminine nationale d’Haïti, j’avais 18 ans », relate celle qui joue milieu défensif au Racing.

Nouveau climat, nouvelle ambiance

L’arrivée en début d’année 2020 de ces joueuses caribéennes coïncide avec la volonté du club de renouveler l’effectif d’une équipe dionysienne féminine en difficulté. En septembre, deux internationales camerounaises devaient être recrutées mais pour des questions de budget, elles n’ont pu être homologuées. Le club a donc fait venir d’autres joueuses recrutées à faible coût. Le 15 mai, le Racing apprend qu’il est officiellement relégué en Régional 1. Un coup dur pour les joueuses du coach Michel-Ange Gims, y compris pour les deux nouvelles. « Quand je suis arrivée au Racing le 7janvier, mon but était d’aider l’équipe qui était dans une phase vraiment difficile. J’ai réalisé plus tard que j’avais donné beaucoup de moi-même sur le terrain pour que le club puisse rester en D2, mais l’équipe manquait de détermination, de motivation », développe Nelourde, qui joue en position d’attaquante.

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« Moi quand je suis arrivée au Racing, c’était déjà trop tard, l’équipe n’était pas en forme », renchérit Johanne, qui a rejoint le club le 19février. « Je pense que cela aurait été un plus d’avoir Nelourde et Johanne dès le début de la saison. Dès qu’elles sont arrivées, elles ont changé la physionomie de l’équipe et cela se voyait sur le terrain, elles se battent, d’ailleurs elles se sont blessées dès leur deuxième match », constate le vice-président du Racing, Franck Massicot, qui a chaperonné les deux footballeuses lors de cette interview. Bien qu’elles aient dû s’adapter à un nouveau climat, à une nouvelle façon de s’entraîner et à une tout autre ambiance, Nelourde et Johanne se disent prêtes à faire remonter l’équipe en D2 la saison prochaine. « On vient d’Haïti, nous ne sommes pas venues ici pour nous amuser, notre maillot on ne le porte pas pour faire joli », assure Johanne.

Football féminin haïtien en plein essor

 Une persévérance farouche et une mentalité de « winneuse » auront permis aux deux Haïtiennes de réaliser leur rêve dans un pays où le football (majoritairement pratiqué par les hommes) est une institution. Il leur a été « compliqué » d’imposer leur choix de vie auprès de leurs familles. « Mon père m’a toujours dit ‘’les femmes ne jouent pas au football’’, d’autres affirmaient qu’une femme qui fait du foot pourrait ne pas avoir d’enfant. Mais aujourd’hui, mes parents sont contents et fiers », avance Nelourde, fidèle fan de l’ancienne footballeuse française Laura Georges. Même constat pour Johanne, dont les modèles sont à chercher du côté du foot brésilien (elle cite Marta, Christiane, Ronaldinho…) : « J’ai de la chance de pouvoir être joueuse professionnelle en Haïti. J’ai réussi à convaincre mes parents grâce à un cousin qui m’a toujours soutenu ».

C’est aux côtés de joueuses qui font désormais la fierté du pays à l’instar de Sherly Jeudy (FC Nantes), Mikerline St Félix (Montauban FC) ou encore Batcheba Louis (Issy-les-Moulineaux), que les deux Grenadières ont perfectionné leur jeu au Ranch ou centre Fifa Goal de la Croix-des-Bouquets. Passage obligé pour prétendre à une carrière dans le football féminin car selon Nelourde: « les joueuses haïtiennes ne jouent pas pour l’argent mais afin d’aller dans des clubs à l’étranger ». Pour celle qui a participé en 2018 au match de qualification pour la Coupe du monde féminine dans la catégorie U-20, le football féminin haïtien commence « enfin » à être « pris au sérieux ». Et ce, toujours selon la joueuse, en partie grâce au « président » de la fédération haïtienne de football (1). « Sans lui, on ne sait pas ce que serait aujourd’hui le football féminin en Haïti ».

Yslande Bossé

 

(1) Yves-Jean Bart dit Dadou est président de la fédération haïtienne de football depuis vingt ans. Plusieurs jeunes filles mineures du centre Fifa Goal l’accusent de viols dans un article publié fin avril dans le journal anglais The Guardian. Après l’ouverture d’une enquête en Haïti, le président de la FHF a été suspendu par la Fifa pendant 90 jours.

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