À la une En ville

À la Plaine
/ Des gazomètres au centre aquatique, toute une histoire

Le 31 décembre, le Centre de recherche d’Engie basé en face du Stade de France pliera bagages pour s’installer à Stains. À sa place, le futur Centre aquatique olympique accueillera les épreuves de natation des JOP 2024. Retour sur l’histoire d’un lieu, où les gazomètres s’imposaient.
Le Centre de recherche d'Engie quittera la Plaine pour Stains le 31 décembre. © Yann Mambert
Le Centre de recherche d'Engie quittera la Plaine pour Stains le 31 décembre. © Yann Mambert

« Je n’étais pas encore salarié de l’entreprise en 1988, raconte Pascal Lacroix, ingénieur de recherche et syndicaliste qui ne sera embauché que trois ans plus tard, mais quand à l’automne de cette année-là, le centre avec ses nouveaux bâtiments blancs a été inauguré par le ministre, ce fut un grand moment. Toutes les unités qui travaillaient en Île-de-France avaient été regroupées sur ce site. Une journée portes ouvertes permit à tous les collègues de faire découvrir à leur famille le lieu où ils travaillaient. »

Le gaz était alors en plein développement, toute la France s’était convertie au gaz naturel. « Cela a été l’apothéose », confie Pascal Lacroix, avant d’évoquer le délitement progressif avec l’abandon de pans entiers de la recherche et la fermeture de labos.

LIRE AUSSI / Déménagement d'Engie : c'est signé
 

Des usines à gaz

Pour les anciens, la Plaine, ce vaste ensemble industriel, reste celui des usines à gaz avec ces immenses gazomètres qui imposaient leur présence au Cornillon – là où se trouve aujourd’hui le Stade de France – et au Landy, où ils ont laissé leur place, après leur démolition, au futur centre de recherche de Gaz de France. À la fin du XIXe siècle, la baron Haussmann engage ses grands travaux à Paris et remodèle la ville. Pour faire face à la demande croissante de terrains, Paris expédie en banlieue toutes les activités qu’elle juge sources de nuisances ou grosses consommatrices d’espace. Où s’installer alors ?

La Plaine-Saint-Denis a l’avantage d’être proche de la capitale, d’offrir de larges espaces disponibles et surtout d’être desservie par le chemin de fer et le canal permettant d’acheminer, entre autres, le charbon pour fabriquer le gaz. Enfin, ce qui est loin d’être négligeable, ce site est à l’abri des inondations.

Dès 1880, Paris rachète les terrains occupés par les futures usines à gaz et en restera propriétaire jusqu’à leur cession récente à la Métropole du Grand Paris. Au Cornillon, l’usine voit le jour en 1919. Le plus grand des quatre gazomètres mesure 65 m de hauteur pour un diamètre de 77 m. Il peut contenir 225 000 m3 de gaz. C’est en 1981 qu’ils sont démolis. L’usine à gaz du Landy, elle, sort du sol en 1885 et les premières unités de production sur ce vaste terrain de 48 ha sont mises en œuvre par la Compagnie parisienne d’éclairage et de chauffage. La Société du gaz de Paris reprend la concession en 1907 et agrandit l’usine.

À cette époque, la production gazière sera portée à 700 000 m3 par jour et fera de ce site l’une des plus importantes usines à gaz d’Europe. Elle pouvait traiter 3 300 tonnes de houille et 2 400 tonnes de coke par jour. De nombreuses sociétés exploitaient la houille pour en tirer le gaz. Il faudra attendre la Libération pour voir, en 1946, l’intégration de toutes ces compagnies, dans une seule entité, Gaz de France, entreprise nationale, tandis que les sociétés électriques étaient également nationalisées et regroupées au sein d’EDF.

LIRE AUSSI / Exposition : Multiples vies de la Plaine
 

Naissance du centre de recherche

Au Landy, dès que les usines à gaz ont fermé, le centre de recherche a vu le jour sur 13 ha avec ses bureaux de recherche et ses labos. La découverte du site de Lacq (64) et de son gaz naturel ont conduit à des travaux sur la composition du gaz, sur les questions de combustion tant pour les particuliers, dans leurs radiateurs à gaz ou dans leurs chaudières, que pour l’industrie et ses grands fours.

« Nous travaillions également sur les canalisation, rappelle Pascal Lacroix. Initialement, on n’en comptait pas beaucoup puisque le gaz était produit localement. Mais dès qu’il a été transporté de Lacq, de Norvège ou de Russie, il a bien fallu travailler sur les tuyaux. Au départ, ceux-ci étaient en fonte ou en acier. Puis sont arrivés les tuyaux en polyéthylène. »

Sur le site, on est loin de l’imaginer, une tour a été construite où pas moins de six étages disponibles accueillaient des simulations d’appartements où étaient installés des chaudières et des capteurs. Les simulations étaient également réalisées dans deux pavillons. Dans ces vrais « faux appartements et pavillons » des essais et des tests étaient effectués afin d’assurer la sécurité des usagers. 


Départ à Stains

Le site d’accueil à Stains n’aura pas la même superficie que celui du Landy. En effet, dès le mois de mars, une entité administrative s’est installée à Saint-Ouen, tandis que la filiale Engie Home Service a rejoint La Défense. Quant à la recherche, découpée en deux entités par la commission de régulation de l’énergie, celle relevant des tuyaux a rallié le site de Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine). C’est donc l’autre partie de la recherche qui en début d’année 2020  s’installera à Stains.
 

Depuis 1996, « Mémoire vivante de la Plaine » née à l’initiative de chefs d’entreprise et d’habitants refuse que l’histoire ce lieu disparaisse au fil de ses transformations. Contact : www.plaine-memoirevivante.fr et à la Maison de quartier Plaine (5, rue Saint-Just).  

Claude Bardavid

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur