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Des classes pour accompagner les enfants autistes

Le groupe scolaire Niki-de-Saint-Phalle/ Petits-Cailloux accueille pour la première fois deux unités d’enseignement pour les enfants autistes (UEA) en maternelle et en élémentaire. Considérées comme des classes à part entière, elles ont pour objectif d’inclure ces enfants différents en milieu ordinaire.
DELIGNE - ICONOVO
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Quand on passe la porte de la classe à l’heure du goûter, un calme plutôt rare règne. Rahim, Océane, Mohammed et les cinq autres élèves de la classe UEEA (unité d’enseignement en élémentaire pour enfants autistes) d’Annick avalent leurs gâteaux avant de retourner à leur activité. Océane verse du faux sucre dans une théière avec toute la délicatesse du monde tandis que Mohammed dessine sur le tableau blanc.

Les huit enfants âgés de 6 à 10 ans, tous atteints de troubles du spectre autistique (TSA), ont fait leur rentrée lundi 9 novembre au sein du groupe scolaire Niki-de-Saint-Phalle/Petits-Cailloux à la Plaine. L’établissement à l’architecture enfantine unique, située dans un cul-de-sac face aux cathédrales du rail, est le seul de la ville à accueillir des classes UEA. Un dispositif créé en 2015 côté maternelle et en 2018 pour les primaires.

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Ces unités d’enseignements, considérées comme des classes à part entière, ont pour objectif de scolariser les enfants TSA dans un milieu ordinaire. Durant trois ans – durée de l’apprentissage – les élèves, choisis par l’institut médico-éducatif (IME) de la ville, sont scolarisés de 8h45 à 15h45. Ils déjeunent à la cantine avec l’équipe enseignante et repartent l’après-midi pour la plupart en transport spécialisé.

« Le but de cette unité d’enseignement est qu’ils puissent, à terme, assister à des cessions dans une classe ordinaire. Peu d’entre eux pourront intégrer une classe à plein temps : rester assis toute la journée, ce n’est pas réaliste », explique l’enseignante spécialisée Annick, le petit Rahim sur ses genoux. « Il me suit toute la journée ! », rigole-t-elle derrière son masque. Dans la classe couleur vert pomme du sol au plafond, les enfants peuvent circuler comme ils le souhaitent. « Il y a des profils très différents, certains ne parlent pas, certains savent compter, on essaie de leur offrir un enseignement individualisé », détaille l’institutrice. Pour encadrer tout ce beau monde, Annick est accompagnée d’une AESH (accompagnant d’élèves en situation de handicap), Fatima, de Benoît, éducateur de l’institut médico-éducatif (IME), et de Silvana, assistante éducatrice, tous formés durant cinq jours par un psychologue. Ce dernier se rend d’ailleurs en classe une fois par mois.

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« Nous sommes actuellement dans une phase d’observation », décrit Benoît, éducateur depuis plus de vingt ans. Pour apprendre à bien connaître les élèves, la technique du « pairing » (constituer des paires, ndlr) a été mise en place par l’équipe. « Chaque adulte prend un ou deux enfants avec lui le matin et on observe leur comportement, on note ce qu’on voit », détaille Annick. Objectif : comprendre le fonctionnement de chacun. « On s’adapte à chaque élève, précise Annick. Si on voit un enfant très attiré par les Lego par exemple, on va les utiliser dans des exercices. » Un travail qui se fait de concert avec les familles. « Ce sont elles les expertes de l’autisme de leur enfant. Si on fait un travail ici il doit se poursuivre à la maison et vice versa », précise l’institutrice. Objectif à court terme, une fois la phase d’observation terminée : organiser des regroupements tous les matins. Leur faire chanter des comptines ensemble ou encore leur faire dire la date du jour pour bien commencer la journée.

« On leur apprend à vivre en société »

« On leur donne les clefs pour acquérir un maximum d’autonomie, explique Silvana. On leur apprend à vivre en société. Ce qui compte, c’est qu’au bout de ces trois ans ils sachent faire des demandes, se faire comprendre. » Pour cela, l’équipe met en place des exercices de motricité fine, sensorielle, un travail autour de la reconnaissance à travers des memory et beaucoup d’arts plastiques. « On n’est pas dans un apprentissage classique, on utilise ce qui fonctionne sur les enfants », précise Annick en pointant du doigt des cubes orange marqués des lettres de l’alphabet. « Le but est de les assembler pour former un abécédaire complet. »

Si tout le matériel d’apprentissage n’est pas encore arrivé et ni les meubles complètement montés, la classe UEEA dispose d’espace pour évoluer. Les huit gamins peuvent profiter de cinq salles de classe dont une dédiée au développement de la motricité où les enfants passent plus de deux heures par jour. « L’apprentissage est dynamique ici, on bouge beaucoup, on change de classe, s’enthousiasme Fatima, auparavant AESH dans une classe ULIS de Saint-Denis. Il y a une très bonne entente au sein de l’équipe et c’est très important. Les enfants ont besoin d’un cadre serein. »

Côté maternelle, ce sont sept enfants tous âgés de 3 ans qui forment l’UEMA (unité d’enseignement en maternelle pour enfants autistes) ouverte le 28 septembre aux Petits-Cailloux. Ils ont été orientés vers cette unité par le Sessad (Service d’éducation spéciale et de soins à domicile) de la ville, dont l’objectif est de dispenser un accompagnement sur les lieux de vie. 39 enfants dionysiens y sont pris en charge par une grosse équipe de 25 professionnels. « Après trois semaines de rodage, on a trouvé un rythme de croisière. Les enfants apprennent à découvrir l’école », détaille Adrien Larret, chef de service de l’UEMA en charge de chapoter le projet. Comme pour les primaires, les élèves vont bénéficier d’un apprentissage spécialisé durant trois ans, avant de rejoindre une structure scolaire qui leur conviendra.

Olivia Kouassi
 

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