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Covid-19
/ Delafontaine sur la corde raide

Si l’hôpital Delafontaine est encore en mesure de faire front dans la « guerre » livrée à l’épidémie de coronavirus, la situation se tend considérablement et le pire est sans doute à venir.
Les 112 places Covid-19 sont déjà toutes occupées à l'hôpital Delafontaine
Les 112 places Covid-19 sont déjà toutes occupées à l'hôpital Delafontaine

La vague était guettée et redoutée. Elle a commencé à déferler en fin de semaine dernière sur le centre hospitalier (CH) dionysien, qui a enregistré ses premiers décès liés au coronavirus dans le week-end. Désormais le CH est presque entièrement tendu vers la lutte contre le Covid-19. Dans un communiqué en date du lundi 23 mars la direction de l’Hôpital Delafontaine confirme avoir déclenché « le niveau maximal du plan blanc afin de mobiliser d’importantes capacités d’hospitalisation dans des secteurs dédiés aux patients Covid-19. »

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Concrètement toutes les activités non-urgentes ont été déprogrammées, « afin d’accroitre la capacité d’accueil des patients covid-19, et redistribuer les ressources médicales et paramédicales ainsi libérées », poursuit le communiqué. Ainsi Delafontaine dispose de 91 places en hospitalisation conventionnelle dédiées aux patients Covid-19 auxquelles il faut ajouter 22 places en réanimation pour les cas les plus graves. Des capacités d’ores et déjà saturées.

« C’est plein, en réanimation et en hospitalisation conventionelle. Tout est plein, constate Stéphane Degl’Innocenti délégué syndical Sud à Delafontaine. On a dû aménager une salle de réanimation bis en salle de réveil pour les patients non Covid-19. On doit faire face à une grosse montée en charge depuis la fin de semaine dernière. On est déjà dans le dur et on craint que ça ne continue, car l’effet du confinement ne va pas être immédiat. » « On n’est pas encore à faire le tri entre les patients qu’on peut sauver ou pas, » rassure Spencer Laidli, délégué syndical CGT et aide-soignant en neurologie générale, service reconvertie pour répondre aux nécessités de soins du Covid-19. 

Un hôpital 100% Covid-19 ?

L’unité d’hospitalisation de courte durée, la pneumologie, les maladies infectieuses, et l’unité de soins pédiatrique intensif ont également été reconverties. « Le problème c’est qu’on ouvre une aile et elle se remplit aussi sec, observe Yasmina Kettal. La situation évolue de jour en jour. Depuis vendredi il y a une nette accélération. La très grande majorité des patients qui arrivent aux urgences sont Covid. D’ailleurs on renvoit les autres urgences, sauf les urgences vitales, vers les cliniques du secteur. » Mais le problème ne se situe pas seulement au niveau du flux des malades, selon l’infirmière urgentiste : « Beaucoup des patients Covid-19 nécessitent des prises en charge assez lourdes. L’Etat général de certains patients peut se dégrader très rapidement. Ces patients vulnérables nécessitent donc des soins et une attention particulière. Les soins aussi sont plus difficiles

Seuls les personnes en détresse respiratoire sont pris en charge désormais, les autres sont renvoyées chez elles et réorientées vers la médecine de ville. « Certains nous rappellent deux heures après parce que leur état s’est empiré, » déplore Spencer Laidli. Et l’aide-soignant de prévenir : « Toutes les tranches d’âge sont concernées. Lundi un patient de 27 ans est entré en réanimation. »

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Dans son communiqué la direction précise : « Une consultation d’évaluation et d’orientation  Covid-19 a été créée en amont du service des urgences afin d’éviter un engorgement. Un accueil d’urgence dédié aux Covid-19 est également en place, qui accueille les consultants les plus gravement atteints. Des circuits spécifiques ont été définis afin de maîtriser les flux et sécuriser la prise en charge des patients, pour limiter tout risque de propagation du virus (…)Afin de lutter contre la propagation du Covid-19 et de protéger patients et professionnels, dont la sécurité est au cœur de nos préoccupations, l’accès au public a été fortement restreint. A l’exception de quelques situations particulières, les visites aux patients sont interdites jusqu’à nouvel ordre. Les points d’entrée au public font l’objet d’une surveillance continue et renforcée. »

Mais comment lutter efficacement contre la propagation quand le matériel de base tel que les masques est rationné ? 

11 personnels sur 90 infectés aux urgences

Aux urgences 11 des 90 personnels médicaux et paramédicaux ont ainsi été infectés. « Clairement on n’a pas assez de masques, dénonce Yasmina Kettal. Certains services sont dotés, d’autres pas. Et encore ils sont donnés au compte goûte. Les casaques, les lunettes, voir même la solution hydro-alcoolique sont difficiles à trouver parfois. Il y a même une tension aussi sur le matériel d’anesthésie. Et nous n’en sommes qu’au début, on voit bien qu’on est sur une phase ascendante. » « On galère aussi sur les tests, remarque Spencer Laidli. D’ailleurs aux urgences une affiche prévient les patients : pas de test de dépistage. » « Le problème c’est qu’au démarrage de cette crise l’hôpital n’était pas dans la meilleure des forme, note Stéphane Degl’Innocenti. La protection des personnels est un gros sujet. On a du mal à fournir suffisamment de masques. La dotation hebdomadaire à Delafontaine est des 3 550 FFP2 et de 11 650 masques chirurgicaux. Ca ne permet de ne couvrir les besoins que de 300 agents alors que nous sommes 2 200 salariés. L’Etat nous met en danger. » La question du manque de personnel ne se pose même plus. « Plus question de 35h évidemment. Le personnel est réquisitionné, » assure Spencer Laidli.

Déjà très tendue, la situation pourrait donc virer à la catastrophe sanitaire si les premiers effets du confinement ne se font pas sentir rapidement. Les hôpitaux de la région Ile-de-France comptaient 1 280 lits en réanimation au début de la crise. Plus de 1 000 étaient déjà occupés par des patients gravement atteints du coronavrirus mardi 24 mars. La capacité pourrait être portée à 2 000 lits. Au-delà le système de santé, qui travaille déjà en mode dégradé, ne répondra plus. La conséquence d’une maladie chronique celle-là, celle du manque de moyens.

Yann Lalande

Une pétition a été lancée mardi 24 mars sur la plateforme Change.org afin d’exiger un plan d’urgence pour l’hôpital Delafontaine. Ce mercredi 25 mars à 16h, la pétition avait déjà enregistré 700 signatures. Parmi les premiers signataires : UL CGT Saint-Denis, Snuipp-FSU, Solidaires Saint-Denis, Ensemble!, LFI, Génération.s, LO, NPA, PCF, PS, UCL, UPML, EELV, Les Dionysiennes (association féministe), Sciences Pop (éducation populaire)

 

Éclairage 


« 45 minutes pour désinfecter le véhicule après chaque intervention »

Jean-Christophe Hubert est médecin au sein du Service mobile d’urgence et de réanimation (Smur 93) de l’hôpital Delafontaine. Il témoigne de la réalité de son métier en pleine épidémie de Coronavirus :

« Désormais 80% de nos interventions sont en lien avec le Covid-19. L’épidémie mobilise notre énergie car chaque patient est potentiellement Covid-19. On s’habille donc en conséquence avec une surblouse, des gants, un tablier plastique, un masque et une charlotte sur la tête. Pour l’instant dans notre service nous ne constatons pas de tension au sujet de ces équipements.

Le nombre de sortie est comparable à nos journées les plus chargées en temps normal. Le problème c’est que les sorties sont plus longues car nous prenons un quart d’heure pour nous préparer et ensuite nous avons besoin de 45 minutes pour désinfecter le véhicule après chaque intervention. Nous sommes habitués à cotoyer des agents infectieux, mais là c’est systématique sur chaque sortie et c’est donc source de stress et de fatigue. Nous avons aussi une grosse activité de transfert de patients entre hôpitaux, d’un service de réanimation à un autre. »

YL.

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Le centre cardiologique du nord (CCN) pas épargné

Dans un message posté sur Facebook un réanimateur tirait également la sonnette d’alarme à l’issue de sa garde du week-end :

« Je suis responsable du service de réanimation du centre cardiologique du Nord à Saint-Denis. Nous sommes une des plus grosse réanimation privée d’île de France. Il est très important que tous nos enfants et nous-mêmes respections le confinement et les mesures d’hygiène. J’étais de garde hier soir et près de 18 patients Covid sont arrivés sur la journée, la plupart dans un état extrême grave. La plupart des services d’Ile-de-France, pourtant très nombreux, sont déjà proche d’être débordés malgré notre anticipation. Cette crise est sans précédent et ne ressemble à rien de ce que nous pouvions imaginer. Les équipes ne comptent pas leurs heures, beaucoup d’infirmières sont revenues spontanément aider jour et nuit enchaînant les journées de 12h. Tous nous sommes choqués par l’ampleur de la situation qui ne fait que commencer en Ile-de-France. »

Afin de soutenir le personnel du CCN mis à rude épreuve une cagnotte a été lancée sur leetchi. 

Réactions

Bonjour, Savez-vous si les personnels de santé de Saint-Denis ont besoin de logements pour se rapprocher de leur lieu de travail ? Je peux prêter le mien dans lequel je ne vis pas pendant le confinement, rue Jesse Owens (tout proche de Casanova et du CCN et pas très loin de Delafontaine). Clément
Bonjour @Clement Merci pour votre message. Il faudrait vous rapprocher de l'hôpital pour ce sujet ou auprès des syndicats hospitaliers. Par contre une pétition a été lancée en ligne. Peut-être que vous pouvez passer une annonce directement sur Facebook si vous utilisez ce réseau social. https://www.change.org/p/pr%C3%A9sident-de-la-r%C3%A9publique-gouvernement-nous-exigeons-un-plan-d-urgence-pour-l-h%C3%B4pital-delafontaine-93?recruiter=466577038&utm_source=share_petition&utm_medium=facebook&utm_campaign=share_petition&recruited_by_id=986ea570-baa0-11e5-8646-d79c8ff30478&utm_content=starter_fb_share_content_fr-fr%3Av2
Bonjour, près de 4,000 logements ont été mis en ligne sur la plateforme Airbnb solidarité médicale en France et près de 50 personnes service soignants ont déjà été “matchées” depuis hier. Il y a également un channel sur le slack monté par l'aphp # logementdispo remplir le formulaire sur http://www.volontaire-aphp.fr pour les volontaires non soignants. Cela concerne d'autres missions également. Cordialement
Courage a tous les soignants,mon épouse est infirmiére mais elle travaille en Suisse et la c 'est différent,les soigants sont respectés.Honte a la horde de politiques qui ont détruit notre systéme de santé depuis 20 ans.Merci a Agnés Buzin d'avoir quitté son poste de ministre.
Je suis infirmière á la retraite depuis peu. Je suis vraiment choquée de voir á tel point les conditions de travail très, très dégradées. Les conditions de travail sont ignobles,la reconnaissance,0. J’ai fais de la réa cardiaque, mais jamais ,nous n’avons manqué de matériel. Et pourtant, je travaillais dans un hôpital moyen, proche de Nantes. J’ai fais beaucoup de services, mais jamais le matériel n’a jamais manqué. J’ai fais de la cancérologie au Mans, nous avions masqué, charlotte,pyjama,sur blouse, sur chaussons et changer le plus souvent possible car patient en isolement. Je suis effarée devant les nombreux décès de patients pas très vieux, 60 ans. Je suis effarée par les nombreux décès des patients en Epadhs, c’est la même chose que vous dans les hôpitaux de Saint Denis. Il n’y a pas de matériel. Jamais, nous aurions travaillé comme ceci. Vu l’ampleur de cette pandémie, il fallait la tenue complète même dans les epadhs, tout le matériel nécessaire. Je vous soutiens de tout mon cœur, car c’est vraiment très difficile de travailler comme ceci et en plus voir des tas de gens mourir devant vous en étant impuissant. Je trouve lamentable de traiter les hôpitaux publiques comme ça. J’ai manifesté le 24 /11/2019 pour dénoncer les conditions de travail, les salaires, plus rien ne va!!!!! Il est temps que nos gouvernements se bougent et les gens aussi. Bon courage á vous. Infirmière

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