En ville

Enfants syriens
/ De réfugiés à écoliers

Lundi 24 septembre, une vingtaine d’enfants syriens ont expérimenté pour la première fois les bancs de l’école. Une scolarisation rendue possible grâce à l’action menée par l’association Raj’ganawak avec l’aide et l’aval de la Ville.
Une vingtaine d'enfants syriens, qui fréquentaient la « Petite École » du chapiteau Raj’ganawak ont été scolarisés lundi 24 septembre / © Dominique Secher
Une vingtaine d'enfants syriens, qui fréquentaient la « Petite École » du chapiteau Raj’ganawak ont été scolarisés lundi 24 septembre / © Dominique Secher

Pour eux, la rentrée des classes a eu lieu trois semaines après « l’officielle ». Lundi 24 septembre, une vingtaine d’enfants syriens qui vivent dans des squats et des hôtels miteux de Saint-Denis ont été scolarisés dans six établissements du Grand centre-ville. « Ils ont été répartis sur plusieurs écoles en concertation avec la Ville, le chapiteau Raj’ganawak et l’Éducation nationale », spécifie Suzanna de la Fuente, élue en charge de l’enseignement primaire.
C’est la toute première fois que ces enfants qui ne savent ni lire, ni écrire le français ont accès à l’instruction. Arrivés dans l’Hexagone en 2017, ils sont au départ une trentaine, âgés de 4 à 15 ans, à être pris en charge scolairement par la
« Petite École » du chapiteau Raj’ganawak. L’association culturelle située non loin de la gare fait aussi office de maison de quartier.

« Ça a été un parcours du combattant pour inscrire ces enfants à l’école », explique Camo, chargée d’animation sociale et culturelle au chapiteau. « On a dû gérer plusieurs problèmes, notamment l’inertie administrative et la partie communication avec les parents, car certains d’entre eux n’étaient pas sûrs de laisser leurs enfants y aller », ajoute la jeune femme. Un dialogue est établi avec les familles qui « ne parlent pas toutes le français », par l’intermédiaire de Yahia Al Abdullah, chercheur syrien à École des hautes études en sciences sociales (EHESS). « On a réussi grâce à lui à créer un lien fort avec les parents », précise Anissa Alec, coordinatrice au chapiteau. Il a aussi permis la mise en relation des familles avec des traducteurs assermentés pour retranscrire en français les actes de naissance des enfants. Coût de la procédure ? 50 euros par personne. « C’est la Ville qui a financé », avance Béatrice Geyres, conseillère municipale.

Campagne de vaccination

La municipalité a également permis l’accès aux soins à ces enfants précaires avant leur entrée à l’école. Le 7 septembre 2018, une vaste campagne de vaccination a été mise en place. En plus du volet administratif, divers freins ont ralenti la scolarisation des enfants syriens. Fin août 2018, parmi les six familles syriennes logées dans un immeuble insalubre de la rue Raspail, deux ont été expulsées. Au cabinet du maire, on explique que « la procédure d’expulsion de ces familles par la préfecture de Seine-Saint-Denis a été faite à la demande du bailleur associatif Freha, propriétaire du bâtiment ».« Des marchands de sommeil avaient forcé les portes et ont profité de la faiblesse des familles, toutes demandeuses d’asile pour les installer dans cet immeuble dangereux », en échange de 600 euros de loyer.  

L’école malgré tout

Les enfants syriens, tous inscrits en élémentaire et maternelle, ont été scolarisés en UPE2A, unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants. Un « dispositif spécial pour les élèves étrangers », détaille Florine Odiaux, enseignante à Daniel-Sorano et du Snuipp. Le 24 septembre, elle a accueilli trois enfants syriens d’une même famille dans sa classe. « Ça s’est super bien passé. L’inclusion dans la classe se fait progressivement. Dès la première récréation, ils ont tout découvert. Ils sont même allés à la piscine », ajoute-t-elle avec enthousiasme. Pour Ahmed, un Syrien vivant rue Raspail, avoir la possibilité de scolariser ses deux filles – l’une inscrite à l’école Marcel-Sembat, l’autre en collège à Saint-Ouen (2) – est une « véritable opportunité. Leur mère est morte d’un cancer en France. J’espère qu’avec l’école elles pourront avoir une éducation », exprime-t-il en arabe.

Des paroles d’espoir qui pousse le chapiteau Raj’ganawak à vouloir créer un dispositif associatif qui gérerait la scolarisation des enfants syriens à Saint-Denis. « Il faut continuer le travail de terrain, on a besoin que la Ville nous aide », insiste Anissa Alec. 
 

Yslande Bossé et Nihel Amarni (stagiaire)

(1) En plus des élémentaires et des maternelles, le chapiteau s’est occupé de la scolarisation de 5 enfants syriens inscrits au collège. 2 ont été affectés à Elsa-Triolet (Saint-Denis), 3 à Joséphine-Baker (Saint-Ouen).

Réactions

Enfin... Ça me faisait de la peine de les voir errer tous les jours dehors

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