Cultures

Daumier : le trait d’humour vache

L’exposition «Du rire aux armes», déjà forte de l’immense fonds dionysien de lithographies de l’artiste caricaturiste, a reçu le renfort de différents prêts.

À l’occasion du deux centième anniversaire de la naissance d’Honoré Daumier, le musée d’art et d’histoire présente, jusqu’au 12 janvier 2009, une exposition fort intéressante, intitulée Du rire aux armes, consacrée au célèbre caricaturiste du XIXe siècle. Il faut dire que la matière première était là, puisque le musée dionysien possède pas moins de 4?000 lithographies de Daumier, venant notamment de la donation Louis Provost, offerte en 1986. À ce fonds s’ajoutent des prêts de différents musées (Orsay, Louvre, Carnavalet, Compiègne, Lambinet à Versailles…) ainsi que de la Bibliothèque nationale, de la Comédie française ou de collections particulières… « La plupart de ces lithographies ont été publiées dans le journal Le Charivari, entre 1830 et 1860, puis de 1863 à 1870 », explique Dominique Lobstein, chargé d’études documentaires au musée d’Orsay et l’un des trois commissaires de l’exposition. Car ils s’y sont mis à trois et il fallait bien cela.
Laurence Goux (aujourd’hui attachée de conservation au musée de la Musique) et Sylvie Gonzalez, conservateur du musée, ont réuni leurs talents pour concocter cette exposition qui non seulement témoigne du talent de Daumier, mais aussi replace son travail dans son contexte politique, artistique et culturel. C’est pourquoi, aux côtés des lithographies de Daumier, figurent entre autres des encres et fusains de Degas, Manet ou encore des photos de Disdéri et de curieux petits bronzes de Jean-Pierre Dantan.
Une vie privée très peu connue
L’exposition se déroule en deux lieux. Au rez-de-chaussée, deux salles évoquent le théâtre. D’abord du point de vue des spectateurs?; puis des acteurs et actrices. « On connaît finalement peu de choses de Daumier, indique Dominique Lobstein, il a laissé seulement une douzaine de lettres et ce n’est même pas lui qui écrivait les légendes de ses dessins?! » On sait cependant que, né à Marseille, il a suivi son père, « qui se prétendait poète », à Paris et qu’il a travaillé dès 13 ans chez un avoué, puis dans une librairie près de la Comédie française. « Sans doute l’actuelle librairie Delamain, place André-Malraux », suggère l’expert.
Il croque les « people » de l’époque
C’est à cette époque qu’il apprend la technique de la lithographie. Ce sont aussi les débuts de ce qu’on appellerait aujourd’hui la starisation des comédiens. Daumier, « qui n’est pas un intellectuel », en fera son miel. Pas intellectuel mais précurseur. Ses compositions sont très novatrices pour l’époque?: « C’est le premier qui met en scène les spectateurs, qui adopte des points de vue originaux, comme depuis les loges, ou invente des compositions, par exemple à partir de la vision de l’orchestre… D’ailleurs, il sera plus tard reconnu et salué par les impressionnistes », remarque Dominique Lobstein. À côté des dessins de Daumier, voisinent des portraits d’actrices connues à l’époque (Rachel, Hortense Schneider…), des accessoires de la Comédie française ainsi qu’une affiche où le nom de Daumier figure comme… dessinateur de costumes.
Dans la salle de Mesdames, au deuxième étage du musée, sont évoqués tour à tour l’opéra, la danse et la musique légère. Les allusions politiques apparaissent en filigrane, « afin de pouvoir passer à travers les ciseaux de la censure », indique Sylvie Gonzalez. Mais l’humour corrosif de Daumier, son trait acerbe, grinçant, parfois sans pitié, éclate avec une finesse et une force terriblement actuelles. Et l’on se surprend à rêver à une telle irrévérence aujourd’hui. Bref, il ne faut pas manquer cette exposition?: elle permet, outre un éclairage intéressant sur l’époque, la (re)découverte d’un artiste, certes célèbre, mais finalement méconnu.
Benoît Lagarrigue

Du rire aux armes jusqu’au 12 janvier 2009, les lundi, mercredi, vendredi de 10?h à 17?h?30, jeudi jusqu’à 20?h, samedi et dimanche de 14?h à 18?h?30. Musée d’art et d’histoire, 22 bis, rue Gabriel-Péri. Tél.?: 01?42?43?37?57. http://www.musee-saint-denis.fr

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