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Franc-Moisin
/ Démolition du B4 : les locataires devront s’y faire

Actée le 8 octobre, la destruction de l’ensemble de 291 logements est au centre du nouveau plan de rénovation de la cité Franc-Moisin. La dernière réunion avec les locataires le 18 décembre a été houleuse pour le bailleur social Logirep, à qui il a été reproché le manque de communication.
La destruction du B4 (immeuble à gauche) est prévue pour 2025, après les relogements qui s’étaleront de décembre 2020 à septembre 2023. © Yann Mambert (Archives)
La destruction du B4 (immeuble à gauche) est prévue pour 2025, après les relogements qui s’étaleront de décembre 2020 à septembre 2023. © Yann Mambert (Archives)

Mercredi 18 décembre, la réunion d’information sur la démolition du bâtiment 4 à Franc-Moisin a été houleuse pour le bailleur social Logirep. Évoquée depuis plusieurs mois, actée le 8 octobre après un accord trouvé avec l’État, la destruction de cet ensemble de 291 logements, haut de 13 étages, est au centre du nouveau plan de rénovation de la cité Franc-Moisin.

« Si on ne touche pas au B4, il sera difficile de transformer vraiment le quartier », insiste David Proult (PCF), maire adjoint à l’urbanisme et en charge de Franc-Moisin. Mais cette démolition est aussi la source de toutes les inquiétudes pour les locataires, qui ont critiqué l’absence d’informations, jusqu’à ce jour, de la part de Logirep sur le devenir de leur bâtiment. La réunion – qui a rassemblé près de 90 personnes – était donc attendue. Et tendue.

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« Personne ne nous a prévenus! Cela veut dire quoi ?, s’énerve un retraité, habitant du B4. Cela fait quarante ans que je suis locataire. Je paye mon loyer ! » « J’estime que Logirep a vendu son bâtiment avec ses locataires sans les prévenir et les tenir au courant », attaque Pascale Rebêche, figure de la contestation contre le plan de rénovation et habitante du B7, immeuble qui appartient à Plaine Commune Habitat (PCH), le bailleur social public de la cité.

« Jusque-là, vous avez dit “non, on ne touche pas au B4” parce que c’est une mine d’or pour vous. C’est environ 2 millions d’euros par an de revenus pour Logirep. Et là, tout à coup, vous avez dit d’accord à la démolition », critique Raphael, militant dionysien, dont l’intervention est applaudie. Et dans leur ensemble, les locataires pointent le manque d’entretien de leur bâtiment, « laissé à l’abandon » ces dernières années. Ils pointent des problèmes de fuites d’eau, de rats ou encore de cafards. « Tout le monde se plaint », dit Joseph Mesmin, locataire du B4. Mis en cause, les responsables de Logirep contestent ces accusations.

« On ne [pouvait] pas se permettre d’annoncer aux locataires une décision qui n’[était] pas effective, a défendu Philippe Lebouc, directeur du renouvellement urbain du bailleur. Tant que l’État ne s’était pas prononcé, nous ne savions pas. Nous avions besoin d’avoir des certitudes sur le financement de cette démolition […] et sur les reconstructions », reconnaît-il néanmoins. « Je peux vous dire que nous n’avons touché aucune enveloppe de l’Anru », s’agace Eddy Bordereau, directeur du patrimoine de Logirep. Pour ces responsables, la démolition – déjà évoquée – n’est pas une surprise. Logirep se targue d’avoir participé à une dizaine de réunions ainsi qu’à des ateliers avec les habitants dans le cadre de la concertation débutée en 2016. Mais cette réunion est la première spécifiquement organisée par Logirep sur la destruction du B4, critique des habitants.

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La démolition du B4 est actée par l’ANRU

 « Nous avons toujours dit que cette démolition était envisagée, explique David Proult, venu défendre le projet d’ensemble porté par la Ville et Plaine Commune. Cela ne sert à rien de se créer des histoires. La démolition du B4 est actée par l’Anru », poursuit-il. En effet, l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) devrait officialiser la validation du plan de rénovation tout prochainement. Lors de cette réunion, Logirep est donc surtout venu présenter le plan de relogement des habitants. L’enquête sociale – qui sera confiée à un prestataire – débutera en février, a annoncé Danielle Figère, cheffe du département clientèle vente de Logirep. Et elle durera jusqu’en juin. Les locataires devront faire trois vœux, explique-t-elle. Après cette phase, le bailleur proposera des logements entre juillet et novembre.

« La première proposition est souvent la bonne. N’attendez pas la deuxième, lance-t-elle aux habitants. On n’a aucun intérêt, ni les uns, ni les autres, à laisser traîner cette situation. C’est angoissant, se justifie-t-elle. On ne pourra pas faire de miracle, prévient-elle néanmoins. Si vous me demandez un appartement de six pièces à Boulogne, avec jardin, cela ne sera pas possible », prend-elle comme exemple.

Logirep a un patrimoine de près de 38 000 logements dans la Région, environ 10000 en Seine-Saint-Denis et précisément 1828 à Saint-Denis. Les premiers déménagements commenceront en décembre 2020 pour s’étaler jusqu’en septembre 2023, selon le planning prévisionnel de Logirep. Le B4 sera quant à lui détruit en 2025. Entre-temps, le bailleur reconstruira 243 logements à Saint-Denis, dont 83 à Franc-Moisin, entre 2022 et 2024. Le maire adjoint David Proult a voulu rassurer les habitants sur les loyers qui resteront identiques (à surface équivalente) pour 80 % des locataires du B4. Pour les autres, au-dessus de certains revenus, il n’y aura pas plus de 10% d’augmentation des loyers, comme le garantit la charte de relogement en vigueur à Plaine Commune.

« Vous nous vendez du rêve », dit, pas convaincu, Khalid, dont la mère habite toujours au B4. Avec d’autres habitants, ils ont lancé une amicale de locataires, début janvier, afin de peser face à leur bailleur. « Le problème, assure Joseph, c’est que les gens n’ont plus confiance. » 

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Aziz Oguz