Portrait

Pierre Dauguen
/ Courroie d’entraînement

Paris 8. Professeur de sport à l’université dionysienne depuis vingt-trois ans, Pierre Dauguen prend le collectif au sérieux et ne compte pas ses heures.
Pierre Dauguen © Yann Mambert
Pierre Dauguen © Yann Mambert

Dans le bureau des sports de l’université Paris 8, tous les regards sont tournés vers l’écran géant. La France affronte l’Argentine en demi-finale du mondial de basket-ball. « Ah, ça y est, on remonte ! », s’exclame Pierre Dauguen quand l’équipe française prend brièvement l’avantage à la huitième minute du deuxième quart-temps. Le professeur de sport, véritable féru de compétitions, les regarde toutes. « Sauf le sport mécanique. Regarder des voitures tourner, c’est bien, mais je m’en fous, des bagnoles ! »

Pierre Dauguen fait partie des murs du bureau des sports de Paris 8. Arrivé en 1996 à l’âge de 26 ans, le jeune enseignant s’occupe alors de la section football et sports de combat. Il jongle entre les entraînements, les compétitions de foot, les cours de ju-jitsu et de self-défense.
 

Au four et au moulin

Déterminé à faire de l’équipe universitaire de foot de Paris 8 une référence, le dynamique enseignant va reprendre le groupe en main. « Je me suis vite rendu compte que l’équipe de Saint-Denis était étiquetée de manière négative, se souvient le sportif. Il m’a fallu quatre ans pour nous construire une bonne réputation. » Il le reconnaît, être craint peut-être « une force », mais l’entraîneur essaie depuis vingt-trois ans de « véhiculer le respect d’autrui ». En 2002, il forme une équipe féminine de football et lui ouvre un créneau entièrement dédié l’année d’après. « On a même remporté la première Coupe de France féminine en 2006. » Mais, depuis 2010, le passionné n’arrive plus à former d’équipe, faute de joueuses. « Avant elle était composée de beaucoup d’étudiantes en Erasmus. Il y en a moins aujourd’hui. À cette époque, on voyait une vraie différence de culture footballistique, c’était tellement enrichissant toutes ces nationalités. »

L’entraîneur à la musculature sèche a un emploi du temps bien chargé et donne aussi des cours de badminton à Paris 8. C’est d’ailleurs lui qui fonde la « section bad » l’année de son arrivée. « J’ai percé moi-même dans les murs de l’Avant-Garde pour installer les filets, se souvient le presque quinqua. On a fait faire des poteaux en bois au service menuiserie de l’université. C’était très artisanal. »
 

Un juste retour des choses

Petit dernier d’une fratrie de quatre, ce « pur produit de banlieue » grandit dans une cité HLM de Sarcelles (Val-d’Oise) dans les années 1970. Une de ses idoles d’enfance, l’illustre cycliste Bernard Hinault, va influencer le choix de sa première licence sportive : le vélo. « Mais je n’ai pas accroché. » En bas de chez lui, un grand mur lui sert de terrain de tennis. Une friche grillagée de terrain de foot. « Je voulais faire du hockey sur glace. » Mais ce sport coûte cher. « Dans une famille de quatre enfants c’est difficile. » Vers l’âge de 8 ans, le jeune Pierre va alors suivre les pas de l’un de ses frères champion de judo et commence la discipline. Mais c’est grâce à l’école que le jeune Pierre va pratiquer tous les sports possibles. « J’ai fait tout ce qui se proposait. Le sport à l’école m’a offert de nombreuses opportunités. La première fois que j’étais au ski c’était avec ma classe. »

Sa carrière au cœur du sport universitaire n’est finalement pour lui qu’un « juste retour des choses ». À 18 ans, ce passionné commence à entraîner une équipe de foot « de petits » dans le Val d’Oise. En parallèle il passe une licence STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) à Nanterre avant d’enchaîner sur un CAPES (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré). En 1993, le service militaire le rattrape. L’enseignant fraîchement diplômé est alors envoyé faire ses armes au sein des fusiliers commandos de l’armée de l’air dans la Forêt noire, en Allemagne. Une entorse à l’épaule héritée de ses combats de judo le dispense de saut en parachute et l’envoie à Nancy pour s’occuper de la préparation physique des commandos.

«Même à l’armée j’ai été entraîneur ! J’ai l’impression que je ne sais faire que ça. » Le souriant hyperactif décide de ralentir le rythme à la naissance de son troisième enfant au début des années 2000. « Une question d’équilibre familial. » Il choisit alors de rendre sa casquette d’entraîneur du club de foot qu’il coachait depuis ses 18 ans. En dehors de ses activités physiques professionnelles, Pierre Dauguen pratique aussi du sport pour lui : du footing, du VTT, de la natation mais surtout de la pelote basque. Un héritage de son père « qui vient de Bayonne », précise le touche à tout, devenu, il y a trois ans, président de son club de pelotari de Saint-Brice (Val d’Oise). « J’essaie d’y aller deux fois par semaine. »

Olivia Kouassi