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DJ DIE KLAR
/ Courant 1990 alternatif

Dans la nouvelle génération de producteurs et DJs, Karl Die alias Die Klar s’illustre par une volonté de rendre hommage à ses tendres années, celles des années 1990. Une décennie durant laquelle se mêlaient allègrement Eurodance, pop, rave, R’n’B, rock, disco-house, le tout saupoudré de shows télés, de synthétiseurs dégoulinants et de films à fort taux d’hémoglobine. Un cocktail kitch que Die Klar remet au goût du jour grâce aux soirées Darude et à son premier EP qui vient de sortir en format digital.
L'artiste et DJ DIE KLAR vient de sortir un EP digital intitulé Fatality, sur le label Bel Air Sounds.
L'artiste et DJ DIE KLAR vient de sortir un EP digital intitulé Fatality, sur le label Bel Air Sounds.

 

LE JOURNAL DE SAINT-DENIS : À notre dernière rencontre en 2017, vous organisiez des soirées avec votre collectif le Bel Air Sounds. Où en est cette aventure ?

DIE KLAR : Nous avons pris une pause d’un an car nous voulions relancer les soirées. Chaque membre du collectif en a profité pour développer des idées et repenser des concepts de soirée. Nous voulions quelque chose plus proche de notre identité. Pour ma part, j’ai lancé la Darude. C’est une soirée avec un concept construit autour de la trance music et de l’Eurodance. Le Bel Air Sounds essaie de créer une atmosphère rétro, bon enfant, hyper festive, complètement second degré. Il n’y a pas de collectif qui assume ce style musical, à cause peut-être de son image enfantine.
 

LE JSD : Darude, c’est aussi le nom du DJ auteur du titre Sandstorm, c’est une icône des années 1990. Mais concrètement à quoi ressemble une Darude ?

DK : On récupère les codes des teufs des années 1990, il y a un côté kermesse, très libre. On décore la scène avec des drapeaux, des ballons, il y a des lots à gagner… Le logo de la soirée est un drapeau européen avec une étoile en plus, la nôtre… On prend le contre-pied de la hype. À ces soirées on retrouve beaucoup de fans de techno déçus par la scène actuelle. J’en fais partie. Il y a aussi des millenials (nés dans les années 2000) qui fantasment sur les années 1990 et enfin pas mal de trentenaires nostalgiques. Il y a même quelques ravers.

LE JSD : Pour communiquer autour de vos projets, vous faites référence aux émissions et aux « stars » du petit écran : Loana, Benjamin Castaldi, le Hit Machine, le film Blade…

DK : Notre génération a beaucoup appris sur la musique via la télévision, il y avait l’émission Hit Machine de Charlie et Lulu sur M6 mais aussi Tracks sur Arte, il y avait beaucoup de clips… C’était très varié. 

 

 

LE JSD : Vous venez tout juste de sortir un EP digital, Fatality, sur le label Bel Air Sounds. Et là encore on retrouve le côté nostalgique des années 1990… Mais cette fois-ci c’est un peu plus brut de décoffrage que les soirées Darude.

DK : C’est vrai. J’ai voulu faire un EP de teuf, quelque chose de coloré qui rend hommage à la scène rave qu’on trouvait principalement aux Pays-Bas et en Belgique. J’ai puisé dans mes souvenirs d’enfance, j’ai incorporé des génériques de film, des références aux jeux vidéo. Le titre Fatality, est d’ailleurs une référence au jeu et au film Mortal Kombat, comme tout l’EP. Il y a aussi des références à des sportifs comme le titre Van Der Vaart et Ian Thorpe… J’ai voulu transmettre une sorte de combativité et un sentiment de désinvolture en même temps.

LE JSD : On est d’ailleurs surpris par le décalage entre votre personnalité et les sonorités violentes de votre EP.

DK : Je sortais d’une rupture amoureuse. J’avais délaissé pas mal de projets. Je me suis dit qu’il fallait faire de cette blessure quelque chose de positif, ça m’a motivé en quelque sorte. Les gens qui me connaissent savent que je suis bienveillant et joyeux. Produire cet EP c’était une échappatoire. 
 

 

Le Darude, « c’est de la déconnade totale. »
 

LE JSD : Il y a cette nostalgie qui se dégage de votre projet, de votre identité musicale. Cette nostalgie des années 1990 est-elle générationnelle selon vous ?

DK : De manière générale, l’enfance, c’est l’insouciance. Tu vis ta vie sans te soucier du lendemain. Pour nous c’était une période forte car les années 1990 étaient une décennie durant laquelle énormément de styles musicaux ont émergé. Plus globalement, elle marque la fin de la Guerre froide, c’est une décennie de paix chez les Occidentaux qui a donné lieu à un vrai bouillonnement. En Allemagne, la jeunesse commençait à faire la fête avec des rave parties, pareil en Angleterre et en Belgique, les gens avaient besoin de faire la fête pour oublier l’austérité des années 1980. La fin de cette période de légèreté arrive en 2001 avec les attentats : la parenthèse se referme à ce moment-là.

LE JSD : Qu’est-ce que peut apporter ce revival des années 1990 à la scène actuelle ?

DK : Le public est plus précis dans ses goûts musicaux, cela pousse les collectifs à créer et conceptualiser encore et toujours. Entre 2005 et 2010, Paris était une ville morte par rapport à Berlin. La scène parisienne recommence à vivre ces dernières années grâce à de nouveaux concepts de soirées et des collectifs qui ont des idées. Il y a de la place pour tout le monde mais le revival des années 1990 peut améliorer l’acceptation entre différents groupes sociaux je pense. Ce n’est pas non plus de la politique, attention. Ce n’est pas comme le voguing qui est issu d’une contestation. Dans la Darude il n’y a pas de revendication politique, c’est de la déconnade totale.

LE JSD : Comment votre travail est-il perçu par le public parisien ?

DK : Un gars de Saint-Denis qui fait de la techno, avec des soirées comme ça, cela plaît aux Parisiens. Cela les intrigue car ils ont une image fantasmée de notre ville. On est passé d’une étiquette musique urbaine, essentiellement rap, à des musiques plus alternatives.

LE JSD : Quels sont vos projets ?

DK : Avec le collectif Bel Air Sounds nous allons poursuivre nos soirées, nous sommes bookés jusqu’en septembre. Plus personnellement, je vais travailler sur de nouveaux titres mais cette fois-ci plus atmosphériques, moins agressifs. Et je vais m’atteler au remix d’un titre phare des années 1990, No Limit de 2 Unlimited ! 
 

Propos recueillis par Maxime Longuet

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