À la une En ville

Municipales 2020 : Le JSD prend la température, épisode 3
/ Cosmonautes, quartier figé

Chaque semaine, le JSD prend la température dans un quartier en vue du prochain scrutin municipal. Troisième épisode à la cité des Cosmonautes.
© Olivia Kouassi
© Olivia Kouassi

Coincées dans une poche entre La Courneuve, l’autoroute et l’avenue Roger-Salengro se dressent depuis 1968 les tours aux balcons couleurs primaires de la cité des Cosmonautes. 448 logements répartis sur 12 immeubles. Véritable archétype de cité enclavée, les rues vides et silencieuses en journée rappellent celles de petits villages. Mais la cité des Cosmonautes n’abrite qu’une boulangerie et une pharmacie.

« Je vais faire mes courses à Stains ou à Drancy mais jamais à Saint-Denis », témoigne Ben. Enfant de la cité, il attend les siens devant l’école du quartier à l’heure du goûter. « Tout est délaissé ici, on s’en fout de nous », soupire le trentenaire en pointant l’établissement scolaire du doigt. « La fresque, là, c’est moi qui l’ai faite quand j’étais enfant ! Rien n’a bougé depuis. » Des dessins enfantins de fusées réalisées par la classe de CE1 de l’année 1991.

LIRE AUSSI : Municipales 2020. Le JSD prend la température : épisode 2 : Néaucité, le triangle dort ? 

« Un gros sentiment d’éloignement »

De l’avis de Charlotte, pharmacienne depuis quinze ans sur la place Youri-Gagarine, il n’y a pas de vie de quartier. Le tabac a fermé boutique il y a plus de cinq ans pour s’installer du côté de La Courneuve, la salle de boxe qui abritait également des cours de danse a également fermé ses portes faute d’entraîneur et le terrain de foot nécessite des travaux. « Il manque de tout, conclut-elle. Dans ces conditions, pourquoi les gens iraient voter alors qu’ils savent qu’on ne s’occupe pas d’eux ? »

LIRE AUSSI : Municipales 2020. Le JSD prend la température : épisode 3 : La Mutualité, un village qui se meurt ?
 

« Il y a un gros sentiment d’éloignement chez les habitants », explique Dominique, directrice d’Apij. Depuis une trentaine d’années, cette association vient en aide aux habitants du quartier dans leur accès aux droits et propose de l’accompagnement à l’emploi ainsi que des formations. « Il n’y a pas beaucoup de mouvement dans la cité qui est assez excentrée », précise-telle. Ici, personne ne « passe par là ». Le quartier n’est pourtant qu’à quatre arrêts du centre-ville dionysien par le capricieux T1 (vendredi dernier, en fin d’après-midi, il aura fallu quelque 40 minutes pour relier les stations Basilique à Cosmonautes).

Pour Luc, habitant des Cosmonautes depuis plus de cinquante ans, « un repli total » s’est opéré. « Avant il y avait des jeux de quartier. » Même si une galette des rois a été organisée le 15 janvier, la cité manque d’événements et de rencontres festives. La fête de quartier n’est plus organisée depuis « l’incident » d’il y a quelques années. L’école qui abritait les réjouissances avait été saccagée. Aux abords de la place Youri-Gagarine, des dizaines de cartouches de protoxyde d’azote jonchent le sol. Des adolescents, ballons de baudruches remplis de ce gaz hilarant très à la mode vissés à la bouche, semblent attendre que jeunesse se passe.

Olivia Kouassi

Réactions

Bonjour. C'est la troisième prise de température et on voit que le résultat des actions municipales n'est pas très réjouissant. Il faudrait que les élus de l'actuelle majorité se regardent en face et d’arrêter de fanfaronner que Saint Denis va mieux comme l'a répété Laurent Russier hier dans le débat du JSD. Il est dans le déni total. Saint Denis est vraiment la France périphérique alors qu'elle se trouve à 20 du centre de Paris. C'est ce décalage entre la perception des élus et celle des habitants qui est pénible et qui engendre de la colère.
Merci pour cet article qui reflète bien la tristesse de ce quartier. Rien na été fait depuis 20 ans, il est peut être temps de voter pour quelqu'un d'autre.
"Mais la cité des Cosmonautes n’abrite qu’une boulangerie et une pharmacie." la belle affaire pour les bâtisseurs de ghettos qui soignent leur électorat et qui n'ont eu de cesse de nous parquer. Maires bâtisseurs de Murs voilà ce qu'ils savent faire. Je souhaite comme @Paul ou @Azzedine que les partis copains des faiseurs de Mur cessent de nous emprisonner dans leur vision mortifère soit-disant pavée de bonnes intentions, pour qui pour quoi ? Le résultat est là ! Concret et violent.
Une troisième fois, la parole est enfin donnée aux dionysiens et c'est toujours les mêmes plaintes: abandon, désespérance,.. Ainsi la "ville du bien vivre" de Paillard n'est que propagande et mensonge et le "mal être" est une réalité et non un sentiment comme dirait Braouezec. Mais où est la prétendue ville modèle, la ville phare, la ville humaniste... vantée par les mêmes édiles ? Il faut en finir, VITE.
Bizarrement, les soutiens de Laurent Russier et Bally Bagayoko (responsables de l'état de la ville) ne se manifeste pas... Eux si virulent à nous faire des leçons de morale. Il y a eu des erreurs comme dirait Bally Bagayoko lors des 18 ans de mandats mais la décence aurait été de ne pas se présenter. Mais bon, comme les deux se félicitent à longueur de temps au conseil municipal, ils ne connaissent que l'indécence.
Quelle tristesse! Merci pour cet article... combinaison de la vie de cité et d'une relégation propre à la diagonale du vide... Double peine pour ces habitants. Comment peut-on laisser cette jeunesse à l'abandon? délaisser autant les habitants? c'est la machine à remonter le temps... Il y a(vait) tant à faire...