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Covid-19
/ Comment l'épidémie impacte la vie quotidienne des étudiants

Face à l’épidémie de coronavirus et aux mesures de confinement prises par le gouvernement en ce contexte de crise sanitaire mondiale, les étudiants s’inquiètent à la fois pour leur santé et leurs études. De leur côté, les syndicats étudiants demandent le déblocage d’aides d’urgence pour ce public au profil économique fragile.
Depuis le 16 mars, l'université Paris 8 est fermée en raison du Covid- 19 comme l'ensemble des établissements de l'Hexagone. © Yann Mambert
Depuis le 16 mars, l'université Paris 8 est fermée en raison du Covid- 19 comme l'ensemble des établissements de l'Hexagone. © Yann Mambert

« Il y a de l’angoisse dans le milieu étudiant depuis l’annonce de la fermeture de l’université et du confinement. Tout le monde se pose des questions sur la suite de l’année », confie Stéphane (1).  L’étudiant, inscrit en Master à l’université Paris 8 est confiné dans sa chambre étudiante située à quelques mètres de la faculté. Il fait partie des quelques 400 étudiants sur 800 en logement universitaire type Crous sur Saint-Denis à être resté dans leur résidence universitaire.

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Peu après l’annonce de la mise en place le 17 mars, des consignes de confinement par le président Emmanuel Macron, le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Créteil (Crous) a dans un courrier « incité » les étudiants « qui le peuvent à retourner au domicile familial ». Et a « recommandé aux étudiants internationaux qui le souhaitent de regagner leur pays dans les tout prochains jours ». « Tous les étudiants qui pouvaient partir l’ont fait. Pour ceux qui restent dans leur logement étudiant, aujourd’hui, il n’y a rien à faire », constate Stéphane pour qui cette période de confinement n’est « vraiment pas évidente ». Celui qui habite depuis un an dans une chambre qui fait entre 17 et 18m2 explique « que les étudiants ici souffrent d’isolement. Cette situation crée un stress énorme pour nous qui avons l’habitude de bouger, de travailler, d’être hyperactif ».

Dans sa résidence, si « le ménage est fait quotidiennement dans les espaces communs », Stéphane regrette « que les résidences universitaires n’aient pas pris les dispositions nécessaires. On aurait aimé avoir des lingettes, du gel hydro alcoolique à disposition. Nous n’avons rien de tout ça, c’est dommage », poursuit l’étudiant âgé de 28 ans. Même constat pour Emma (1) qui habite dans la même résidence universitaire que Stéphane mais qui, elle a pu rentrer chez sa famille le temps du confinement. « Je suis partie mardi 17 mars de ma chambre étudiante, on n’avait rien. Il n’y a aucune distribution qui a été faite, pas de gel hydro alcoolique. Pas de désinfection faites. Après, ça peut se comprendre car il y a une pénurie. Les soignants sont prioritaires », souligne l’étudiante inscrite en master 1 Communication à Paris 8.

Moratoire ou suspension des loyers

Dans une lettre ouverte datée du 18 mars, adressée « à la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et aux ministre concerné-e-s, aux président-e-s d’université et directeur-ice-s des CROUS », le syndicat Solidaires étudiant-e-s a exprimé son inquiétude quant « aux conditions d’études et de vie de étudiants en cette période de confinement » et a avancé plusieurs revendications et mesures à prendre. Parmi elles : l’exigence d’un moratoire des loyers durant toute la période de confinement pour les étudiants en logements Crous ainsi que ceux en logement étudiant privé, la prise en charge des étudiants en situation de handicap, en particulier la demande d’auxiliaires de vie pour aider les personnes dépendantes, le déblocage d’aide urgence pour les étudiants sans rémunération ainsi que des produits, outils de nettoyage et savon liquide pour les étudiants… « Les étudiants ont besoin qu’on leur transmette les informations essentielles. On veut plus de précisions au sujet de la mise en place des mesures sanitaires. Dans les couloirs des logements Crous, il n’y a pas de produits désinfectants. Nous attendons des réponses de la part du Crous du Créteil qui a du retard dans sa communication », explique Sophie, de la fédération Solidaires étudiant-e-s Saint-Denis jointe par téléphone le 20 mars.

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Alors que les Crous ont annoncé au niveau national qu’à compter du 1er avril « tous les étudiants qui ont quitté – même temporairement – leur logement en résidence universitaire géré par un Crous, ne paieront plus leur loyer jusqu’à leur retour », le syndicat Solidaires étudiant-e-s réclame que le paiement du loyer de mars ne soit pas demandé aux étudiants. « La population étudiante est déjà assez précaire », avance Sophie. Autre revendication du syndicat : « Nous exigeons que tout-e étudiant-e diagnostiqué-e avec le COVID-19 puisse rester dans sa chambre CROUS jusqu'à la fin de la maladie». Selon la fédération, plusieurs étudiants diagnostiqués positifs au coronavirus auraient été expulsés de leur résidence Crous.

À Saint-Denis, comme partout en France, les résidences universitaires continuent d’accueillir les étudiants déjà logés dans leurs résidences. Un seul cas de suspicion de Covid- 19 a été constaté par le Crous de Créteil. L’étudiante en question a été « isolée » dans une chambre individuelle. « Cette étudiante s’est rendue deux fois à l’hôpital où on lui a dit qu’elle aurait peut-être le Covid-19 et qu’elle devait rester chez elle. On a pu isoler cette étudiante car plusieurs logements ont été libérés », explique Mohamed Hadad, directeur général adjoint au Crous de Créteil. Au sujet des mesures sanitaires prises par le Crous à destination des étudiants restés sur place et du personnel, Mohamed Hadad précise que le « Crous suit les consignes données par le gouvernementOn a fait beaucoup de communication notamment sur les gestes barrières, on a de l’affichage. C’est plutôt bien respecté par les étudiants », poursuit-il.

Le Crous de Créteil préconise aux étudiants de se laver les mains au savon car « le gel hydro alcoolique n’est pas recommandé ». Le service assure aussi que le personnel ménager nettoie tous les jours les parties communes puis le personnel du Crous des résidences situées place du 8-mai-45 et celle localisée en face de la faculté Paris 8, prennent le relais en désinfectant notamment les poignées de portes. « Notre logique est aujourd’hui d’aider socialement les étudiants et faire en sorte qu’ils ne soient pas isolés », poursuit Mohamed Hadad.

Ainsi, depuis le début de la semaine dernière, des bons d’achats d’urgence alimentaire (dématérialisés) d’un montant de 100 euros ont été donnés « pour le moment » à une vingtaine d’étudiants dans le département. Pour aider les étudiants qui se sentent seuls, le Crous a passé un partenariat avec Happsy line, aide psychologique en ligne et fait également du porte-à-porte pour recenser les étudiants présents. « On va bientôt recruter des étudiants référents qui auront pour tâche d’appeler tous les jours ou tous les deux jours les étudiants en résidence universitaire pour prendre des nouvelles, parler avec eux », développe le directeur général adjoint du Crous. Et puisque les animations du Crous ont dû être annulées en raison de l’épidémie de coronavirus, le Crous de Créteil proposera prochainement plusieurs sessions de cuisine en ligne en partenariat avec Cuisine ta Mère.

« Il faut des reports d’examens »

Déjà marquée en début d’année par les grèves contre la réforme des retraites en parallèle à celle des transports, la communauté étudiante subit aujourd’hui les conséquences de l’épidémie de Covid-19. Pour Hélène Nicolas, enseignante-chercheuse à Paris 8, les étudiants sont en première ligne face à l’épidémie. « Ma première préoccupation, c’est la santé des étudiants. Il y a des étudiants qui n’ont d’autres choix que de continuer à aller travailler donc ils sont aussi en première ligne pour attraper le Covid-19 », explique-t-elle. Elle souligne aussi le cas des étudiants qui au contraire ne peuvent plus travailler notamment ceux qui avaient un job « au noir ». Au sujet de la mise en œuvre de la continuité pédagogique demandée par le gouvernement, Hélène Nicolas indique qu’il n’y a « aucune consigne claire » et que pour les étudiants « les conditions psychiques d’études ne sont pas là pour réussir son année. Il faut arriver à se concentrer dans cette situation anxiogène ». L’universitaire penche pour un « report d'examens ».

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« On a l’impression de ne pas exister »

Parmi le public étudiant directement impacté par l’épidémie de coronavirus figurent les étudiants étrangers. Dans un communiqué publié le 19 mars qui revient sur l’ensemble des mesures prises pour la communauté étudiante dans ce contexte de crise sanitaire, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’Innovation a invité les étudiants internationaux à « rentrer chez eux, dans la mesure du possible et en adéquation avec les mesures prises concernant les déplacements internationaux ». La recommandation a été reprise dans un courrier du Crous de Créteil qui rappelle aussi l’allongement de trois mois de plusieurs titres de séjours.

« Si on était rentré chez nous, on aurait sans doute été mis en quarantaine et peut-être amené le virus là-bas », relate Pierre (1), 37 ans, étudiant haïtien, arrivé en France il y a sept mois. Inscrit en Master, ce père de deux enfants restés au pays dispose d’un titre de séjour qui arrive à expiration le 25 juillet. Son camarade Lionel (1), 33 ans, étudiant en Master 2 avec qui il habite dans une sous-location à Saint-Denis est dans le même cas que lui. Les deux hommes pour qui le confinement est source de « stress » se posent des questions sur la validation de leur deuxième année de Master et la possibilité qu’ils ont ou non de pouvoir revenir en France, s’ils ne peuvent présenter leur soutenance en juillet, avant l’expiration de leur titre de séjour.

« Vu la situation, ce sera probablement en septembre alors il nous faudra peut-être un nouveau titre de séjour. Ce que dit le gouvernement n’est pas clair. A partir de quelle date sont prolongés les titres de séjour ? Si on doit partir chez nous en juillet, pour revenir, on aura forcément besoin d’un nouveau titre de séjour ou au moins d’un récépissé », détaille Lionel qui déplore qu’il n’y ait « rien » de précisé sur le site internet de l’université. « On a l’impression de ne pas exister », conclue-t-il. Financièrement, les deux étudiants ont « peu de moyens » mais disent se débrouiller. Avant l’épidémie, les deux amis joignaient les deux bouts en effectuant des petits boulots en intérim. « On faisait des enquêtes pour des entreprises de transport, on pouvait gagner entre 200 et 300 euros », éclaircit Lionel.

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Pour Martin, étudiant étranger en Master 2 Gestion de l’information à Paris 8, vivant en colocation à Saint-Ouen la question des moyens pour vivre est tout aussi délicate. Mais celui qui réside depuis 8 ans en France et qui « a vécu pas mal de galères », a « fini par s’habituer à ce mode de vie ». Non boursier, Martin dit avoir la chance d’être aidé par sa famille. Pendant le confinement, ce « solitaire » s’occupe en lisant et surtout en s’informant sur la création d’entreprises.

« J’ai envie de créer à la fin de mon Master une entreprise de e-commerce donc je profite de ce temps pour me renseigner le plus possible », détaille-t-il. Alors qu'il censé rendre avant septembre un rapport de stage sous forme de mémoire pour valider son diplôme, le jeune homme qui n'a pas encore trouvé de stage et qui a eu très peu de communication de la part de ses professeurs, « n’est pas vraiment inquiet ». « Pour le moment, on ne sait rien, on ne sait pas si on va reprendre les cours, on ne sait pas si otre diplôme sera validé. Et puis à Paris 8 on a l’habitude, il y a souvent des problèmes de grèves, de blocage. On finit par s’habituer ». Idem pour les galères du quotidien. 
 

Yslande Bossé

(1) Les prénoms ont été changés

Réactions

Chute de l'article : " On finit par s’habituer ». Idem pour les galères du quotidien.'' Un intéressant article !