En ville

Hôpital Delafontaine
/ Cinq chefs de service démissionnent

Cinq médecins responsables de services ou d’unités à l’hôpital Delafontaine et la cheffe de pôle psychiatrique à Ville-Evrard ont démissionné de leurs fonctions administratives. Une décision symbolique pour alerter sur le manque de moyens à l’hôpital.
© Delphine Dauvergne
© Delphine Dauvergne

Ils en faisaient la menace depuis plusieurs semaines, c’est désormais chose faite. Plus de 1300 médecins chefs de services ou de pôles ont démissionné de leurs fonctions administratives, dont plus de 80 en Seine-Saint-Denis.

Jeudi 6 février 2020, ils ont organisé une conférence de presse pour officialiser leur décision, prise suite au manque de réponses apportées par la ministre de la Santé Agnès Buzyn lors de sa rencontre avec des médecins du collectif Inter-Hôpitaux le 17 janvier. « Ce sont des mesurettes qui ne permettront même pas d’éviter de faire de nouvelles économies en 2020 », critique le Dr Joëlle Laugier, représentante de l’hôpital Delafontaine lors de la conférence de presse. La prime accordée au personnel paramédical de Paris et sa petite couronne ne concernera pas le personnel de l’hôpital de Gonesse (Val D'Oise) alors que ce dernier fait partie du même groupement hospitalier de territoire que celui de Delafontaine (à qui la prime est accordée). 

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À Delafontaine, ils sont cinq responsables à avoir rejoint ce mouvement de démission collective : Thomas De Broucker (chef de pôle et chef de service de neurologie), Ghada Hatem (fondatrice de la Maison des femmes), Hélène Labadie (cheffe de service gastro-entérologie et hépatologie), Joëlle Laugier (responsable de l’unité fonctionnelle d’alcoologie), Annelyse Nardi (cheffe de l’unité de pneumologie).

Urgence en Seine-Saint-Denis

Aux difficultés connues par les hôpitaux au niveau national, s’ajoutent celles de la Seine-Saint-Denis. « Il y a un taux de patients précaires très important dans notre département, qui renoncent aux soins faute de moyens financiers ou d’accessibilité suite à la désertification des médecins de ville. À Saint-Denis, 25% des personnes qui se présentent aux urgences n’ont pas de couverture santé », souligne le Dr Joëlle Laugier. Une situation qui aggrave encore plus les difficultés des établissements.

« Les urgences gynécologiques se substituent au manque de gynécologues libéraux en ville », illustre le Dr Ghada Hatem. « Écœurée », elle dénonce aussi « un manque de moyens, les quotas de sages-femmes dans les maternités sont encore ceux d’il y trente ans, les infirmières sous-payées… La logique comptable a conduit à une perte de sens dans nos métiers de soignants ».

« Le matin, au staff, la question la plus urgente, c’est de savoir quel patient peut sortir, car cinq attendent de réintégrer notre service, dont certains aux urgences», regrette le Dr Laurence Stamatiadis, cheffe de pôle psychiatrique à l’EPS (établissement public de santé mentale) Ville-Evrard de Saint-Denis. Une situation de saturation due selon elle à « une explosion démographique du territoire, qui n’a pas été accompagnée de moyens supplémentaires ». Elle dénonce « une dégradation de nos missions de travail depuis la loi HPST (hôpital, patients, santé, territoires) de 2009, qui a amené à une recherche de rentabilité au détriment de la qualité des soins ».

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Comme dans de nombreux hôpitaux, la question des moyens se cristallise autour du manque de personnel, peu attiré par les conditions de travail et les faibles salaires. « C’est difficile de recruter, surtout à Saint-Denis, considérée comme banlieue défavorisée. Les soignants savent qu’ils auront davantage de patients difficiles, violents, souligne le Dr Laurence Stamatiadis.
L’équipe de jour est normalement de 11 personnes, mais cela nous est arrivé de devoir fonctionner à 7. Nous avons dû aussi travailler avec 4 médecins en moins. Le personnel restant multiplie les heures supplémentaires, ne peut pas poser de congés ou se former », constate-t-elle.

Les conséquences se répercutent sur les patients. « Le manque de soignants nous fait prendre plus de risques dans les prises en charge. En psychiatrie, on a besoin de temps humain pour soigner, tisser une relation avec le patient. Ce manque de temps impacte la qualité des soins et frustre les soignants et les patients. On sait bien que pour lutter contre la violence dans les services, il faut de l’humain, faute de quoi, les patients agités sont plus violents, ce qui conduit à une suroccupation des chambres d’isolement », ajoute-t-elle.

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Une démission surtout symbolique

Les médecins considèrent leur démission de leurs fonctions administratives comme « un acte qui reste symbolique, car nous sommes trop attachés à notre mission de service public », souligne le Dr Hatem. « Nous ne participerons plus aux instances, telles que la commission médicale d’établissement (CME) ou le conseil de surveillance, où des choses sont votées, donc cela peut bloquer leur fonctionnement », explique Dr Stamatiadis.

Les 5 médecins démissionnaires de l’hôpital Delafontaine n’assisteront plus également aux différentes réunions administratives, notamment dans les instances auxquelles ils siègent (CME, directoire…). Le directeur, Jean Pinson, se veut rassurant : « Nous sommes en lien étroit avec les médecins démissionnaires, pour pouvoir anticiper les conséquences éventuelles sur certains projets. Nous considérons ces démissions administratives comme provisoires donc il n’y a pas de remplacements prévus. »

Si la ministre de la Santé a annoncé accepter une nouvelle rencontre avec les médecins en mars, le Dr Joëlle Laugier reste sceptique : « C’est le Premier ministre et le président de la République qui ont le pouvoir d’agir, c’est avec eux qu’il faut échanger. » Objectif : obtenir un Grenelle de l’hôpital pour réformer notamment son système de financement et revaloriser les salaires des soignants. « Il faudra peut-être en passer par une grève de l’ensemble du personnel des hôpitaux pour se faire entendre », estime le Dr Laugier.

Loin d’être découragé, le personnel de soignants de Delafontaine – dont le service des urgences est en grève depuis juin 2019, ainsi que d’autres services (maternité, gastro, bloc opératoire…) – entend continuer sa mobilisation. « Nous allons multiplier les actions à destination des usagers pour les associer à notre lutte », annonce l’infirmière Yasmina Kettal. Prochaine journée de manifestation à venir : le 14 février, pour déclarer son amour à l’hôpital public. 
 

Delphine Dauvergne

Réactions

On paie au niveau national à la baisse des moyens mis en oeuvre dans les hôpitaux. Au niveau local, on paie la politique d'accumulation des populations précarisés au même endroit.
Il ne manquait plus que cela. Je soutiens ces 5 chefs de service

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