Cultures

Série documentaire
/ Canal Saint-Denis historique

La réalisatrice Sophie Comtet Kouyaté s’intéresse aux mutations du canal et de ses quartiers riverains à l’aube des JOP 2024 et du développement du Grand Paris. Canal Saint-Denis, la bascule d’un paysage est le titre de la série documentaire qu’elle consacre à ce sujet. L’histoire et le territoire est le nom du premier épisode, qui sera projeté dans l’emblématique et historique théâtre de la Petite Espagne.
Le canal Saint-Denis et ses riverains, images extraites du film "Canal Saint-Denis, bascule d'un paysage".
Le canal Saint-Denis et ses riverains, images extraites du film "Canal Saint-Denis, bascule d'un paysage".

« À la révolution industrielle, on va avoir besoin de milliards de tonnes de charbon et matériaux de construction dans la région parisienne. Ce charbon, il va venir essentiellement des mines du nord, du Pas de Calais, de Charleroi. Les bateaux vont prendre le canal Saint-Denis et le canal Saint-Martin pour pouvoir répartir le charbon et les matériaux de construction à Paris. » C’est par l’angle historique que s’ouvre l’acte 1 de la série documentaire Canal Saint-Denis, la bascule d’un paysage consacrée aux mutations du canal et de ses quartiers riverains à l’aube des Jeux Olympiques et du développement du Grand Paris.

Armée de sa caméra et des témoignages des éclusiers, mariniers et habitants des environs, la réalisatrice Sophie Comtet Kouyaté remonte le cours d’eau comme on remonte le cours de l’histoire, posant tour à tour des balises chronologiques de cette perpétuelle métamorphose. « On a encore des traces de ce passé industriel et de cet empilement d’histoires humaines qui sont liées à l’ère industrielle et à la géopolitique. » Parmi elles, l’ancienne usine Christofle transformée provisoirement en pépinière d’artistes avec l’Orfèvrerie, le Centre CIFA (boutiques de grossistes) à Aubervilliers ou encore le Hogar de los Españoles (à la Plaine).

Ateliers d’écriture et d’éloquence

Le premier volet de cette saga documentaire intitulé L’histoire et le territoire sera justement projeté les 5 et 7 novembre dans le théâtre de l’enclave espagnole du Hogar, rue Cristino-Garcia. « Un lieu qui mériterait un documentaire à lui tout seul », estime la cinéaste. Avec sa compagnie des Inachevés, Sophie Comtet Kouyaté travaille déjà au second volet, Les pommes de discorde, les beaux projets. Des ateliers d’écriture et d’éloquence à destination des habitants riverains du canal Saint-Denis ont débuté et vont se poursuivre à raison d’un atelier par semaine à partir de la rentrée pour préparer les plaidoiries avant de les filmer.

« Cette partie sera plutôt axée sur la question des infrastructures sportives et de la réhabilitation de Franc-Moisin. Dans ce processus de désindustrialisation et avec l’arrivée des Jeux Olympiques, j’interroge les habitants pour savoir comment ils se projettent, s’ils se sentent concernés. Les premiers participants dont j’ai récolté la parole sont tiraillés entre la méfiance et l’envie. Il y a un combat entre l’envie de se projeter dans le monde moderne et celui de ne pas effacer la mémoire du territoire, confie Sophie Comtet Kouyaté, qui partage sa vie avec le chanteur malien Pédro Kouyaté. Je ne suis pas la petite Parisienne qui vient s’émoustiller à Saint-Denis. Je suis habituée aux territoires et aux thèmes de la migration, de l’exil, de comment ces phénomènes impriment les territoires », revendique la réalisatrice qui a suivi pendant cinq ans la réhabilitation du quartier Saint-Rémy et en a fait un « documentaire d’auteur », tient-elle à préciser.

« Au plus proche de leur idée intime »

Pour son nouveau projet, elle s’est entourée de metteurs en scène, comédiens, musiciens, philosophes de l’architecture… « Je ne fais pas du cinéma du réel, j’en suis incapable. Il y a toujours une articulation qui fait que je suis sur le fil entre la fiction et la réalité. Nous allons récolter la parole dans les ateliers, aider les gens à écrire, à la dire et nous la filmerons en situation, liste la cinéaste. Nous voulons aller au plus proche de leur idée intime, profonde, mais en la dénaturant le moins possible. C’est un aménagement de la parole. »

Dans le cadre de ce vaste chantier d’écriture seront produits une série de 400 photographies (exposées par tranches de 100 à l’espace culturel du Campus Condorcet à Saint-Denis) et des livrets d’écriture réalisés avec les habitants à l’occasion d’ateliers organisés tout au long de ces quatre années d’observations et de création assidues.

Projection de "Canal Saint-Denis, la bascule d’un paysage - L’histoire et le territoire", jeudi 5 et samedi 7 novembre à 18 h 30 au théâtre Hogar de los Españoles (10, rue Cristino-Garcia).
Gratuit sur réservations : soficomtet@yahoo.fr ou 06 63 78 92 91.

Réactions

Article très intéressant car l'histoire des mariniers a été peu traitée. Ils amenaient ici le charbon du Nord pour les centrales thermiques en autres. Nous ignorons ce que ce canal va devenir... Par contre la Seine est appelée à devenir une importante voie de navigation entre le Grand Paris et la façade atlantique. Le Port de Gennevilliers devrait en tirer profit .