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/ Bellorini : « Saint-Denis est une ville hyper vivante ! »

À quelques jours de la nomination de son ou sa successeur(e) à la tête du TGP, vraisemblablement le 31 janvier, Jean Bellorini, arrivé à Saint-Denis en 2014 et depuis janvier nouveau directeur du TNP à Villeurbanne, fait le bilan.
© Yann Mambert (Archives)
© Yann Mambert (Archives)

LE JSD : Comment avez-vous vécu ces six années à la tête du TGP ?

JEAN BELLORINI :Ce fut formidable, d’une richesse incroyable. Ce fut pour moi une surprise permanente parce que je ne savais vraiment pas ce qui allait se passer, et que j’ai vécu avec acharnement et en même temps avec légèreté…

LE JSD : Vous étiez venu avec des idées fortes. Les avez-vous mises en pratique ?

JB :Je le crois, même si on n’arrive jamais à faire exactement ce qu’on souhaite. Mais c’est cela qui nous meut, qui nous tient debout, et heureusement. C’est particulièrement vrai ici, où le défi de la réinvention permanente est nécessaire. N’oublions pas ce qui s’est passé, les attentats en 2015, les réactions hyperviolentes à Exibit B dès ma première saison… Ce fut très enrichissant et très brutal. Mais ça m’a aussi fait gagner beaucoup de temps pour mieux comprendre, mieux connaître les personnes, pour rencontrer les gens plus profondément et plus intimement, même en interne. Il y a eu alors un grand élan de solidarité qui a fédéré autour du théâtre.

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LE JSD : Quelle est la différence entre diriger un CDN et mettre en scène des spectacles ? Y a-t-il complémentarité ou contradiction ?

JB :Il y a un enjeu paradoxal entre diriger un CDN, qui est et doit être un lieu de création, et l’envie de faire vivre un théâtre qui s’inscrit dans une ville et un territoire et qui, même si on travaille dedans, devient hostile quand il est fermé. Donc il faut l’ouvrir, et c’est cet équilibre qu’il faut trouver entre privilégier la création et la dynamique d’ouverture. Il faut les deux en même temps. C’est aussi une question budgétaire. Mais pour être tout à fait honnête, ça m’a aussi obligé à aller trouver d’autres manières de faire du théâtre.

LE JSD : S’il y avait une seule chose à retenir de ces six années…-

JB : Ce serait toutes ces Troupes éphémères. Je le dis toujours, mais elles furent le battement de cœur de tout le projet. C’est à ces occasions que les salles sont les plus belles parce qu’elles sont de manière non artificielle mélangées, vivantes, de tous les âges, de toutes les couleurs et de toutes les couches sociales. Il y a ceux qui ne sont jamais entrés au théâtre comme ceux qui y viennent depuis toujours, les Parisiens comme les Dionysiens…
 

« De 30 000 à 40 000 spectateurs par saison »

LE JSD : Au niveau du public, justement, y a-t-il eu une progression ?

JB :Il ne faut pas être dans l’autosatisfaction mais c’est objectivement flagrant. On est passé en moyenne autour de 30 000 spectateurs par saison en 2013 à 40 000 aujourd’hui ; de 180 levers de rideaux à 220. Il y a 25% d’activité en plus à tous les niveaux : de gens qui entrent dans le théâtre, de nombre de levers de rideaux, de tournées, d’activité totale. Il y a aussi la dimension internationale : nous sommes allés, avec nos spectacles labellisés TGP, deux fois en Chine, au Portugal, en Suisse plusieurs fois, au Luxembourg, il y a eu Karamazov à Avignon, nous avons fait venir des spectacles étrangers…

LE JSD : Que représente le TGP dans votre construction artistique ?

JB :Ici, ce fut ma première fois, ce sont mes années de découverte mais en même temps d’établissement, au sens propre. Je découvrais un métier. J’ai toujours dit que je voulais diriger un théâtre comme je dirige un spectacle, avec tout l’amour des gens, la sensibilité humaine, l’intuition, le bon sens. J’espère que ça va perdurer, même si ça ne m’appartient pas. C’est aussi cela la force de ces établissements, on est de passage, on le sait, et c’est aussi pour ça qu’on peut y mettre toute notre énergie.

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LE JSD : Être directeur du TGP a-t-il influencé vos créations ?

JB :Bien entendu. Il y a la salle, merveilleuse, qui y est pour beaucoup, mais il y a l’esprit, l’atmosphère de la ville : l’arrivée gare de Saint-Denis pour venir au théâtre tous les jours, vivre dans cette ville qui n’est pas comme vivre ailleurs. On est nourri, on est chargé de tout ça. Et il y a l’obsession de se dire que si n’importe qui entrait dans le théâtre et qu’il voyait ça, qu’est-ce qu’il en penserait ? Et ce n’importe qui, à Saint-Denis, c’est plus riche que n’importe qui dans le 4e arrondissement de Paris par exemple, où l’on sait à peu près qui va entrer. Ici, ce qui est beau, c’est que c’est tellement divers que ça conduit tout acte artistique posé dans ce lieu. En tout cas c’est comme ça que j’ai essayé de le penser.

LE JSD : Diriez-vous la même chose pour les programmations des saisons ?

JB :Oui, dans le choix populaire, au sens le plus large du terme, c’est-à-dire la population, toute la population. C’est pour ça que j’ai beaucoup revendiqué le mot poétique. Parce qu’il induit que chacun a sa poésie, on en a tous une. J’ai voulu un équilibre de formes, d’esthétiques, de textes classiques et d’écritures contemporaines, d’artistes très différents. Oui, je pense à la diversité du public et des gens dans la programmation. Il y a aussi une question d’affection, de fidélité, de continuité d’un chemin artistique mené avec un metteur en scène. Et des émergences, comme Margaux Eskenazi qui fait un travail plein de vie, ou précédemment Julie Deliquet, Tiphaine Raffier… Ce sont les grandes figures de demain. Ce théâtre est aussi là pour ça. Et je crois aussi aux grands maîtres, aux références, aux grands classiques. C’était important qu’ils soient tous là.

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LE JSD : Il y a eu aussi de belles rencontres…

JB : Oui, comme ces aventures particulières avec la Comédie Française par exemple, qui n’est pas une « programmation » : c’est la troupe du Français qui vient travailler à Saint-Denis pour démarrer sa tournée et qui joue ici. J’ai été très heureux de pouvoir le faire trois fois de suite. Et puis il y a eu les partenariats avec le monde de la musique, avec le Festival d’Aix qui vient au TGP, avec le Festival de Saint-Denis bien sûr, et puis les grands ensembles internationaux… Inviter la Comédie Française, le Berliner Ensemble ou le Théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg, ce furent des gestes symboliques de programmation qui allait bien au-delà du spectacle qui était présenté.

LE JSD : Quel regard portez-vous sur Saint-Denis, aujourd’hui ?

JB : Ce que je retiens d’abord c’est que Saint-Denis est une ville hyper vivante !
 

Propos recueillis par Benoît Lagarrigue

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