Portrait

Algérien de France

Sa petite silhouette, sans cesse en mouvement, son visage, toujours souriant, préside aux destinées de l’APCV (Agence pour la promotion des cultures et du voyage) depuis 1991. « Agence doit être pris dans le sens d’outil de communication, et non d’activité commerciale », précise-t-il. Quoi qu’il en soit, entre édition d’ouvrages, organisation de voyages et d’événements comme le récent Salon de la calligraphie ou, cette semaine, la rencontre autour de la personnalité de l’émir Abdelkader, l’APCV œuvre obstinément aux rapprochements des cultures, donc des hommes. « J’apprécie davantage mon voisin depuis que je connais sa culture », lance Rahim Rezigat, faisant sienne la devise de son association. Un engagement permanent, qui s’explique par une vie qui a épousé les contours de l’histoire.
Né en 1940 en Algérie, près de Sétif, il a 8 ans lorsque ses parents meurent et qu’il suit ses deux frères aînés en France, à Saint-Étienne. « C’était un changement total. Rien que la traversée en bateau était quelque chose de nouveau pour moi », se souvient-il. Les premiers mois à l’école sont durs?: il y fait l’apprentissage du racisme ordinaire, sans bien comprendre « pourquoi ils ne nous aiment pas… ».
Les années passent, Rahim grandit, passe son certificat d’études… Mai 1958 va changer sa vie. Alors qu’il militait au FLN pour l’indépendance de l’Algérie, la police l’arrête. Il subit les coups, la torture à l’électricité. « Je me souviens encore de l’inspecteur, un Corse qu’on appelait Rouquin, à cause de ses cheveux. » Au bout d’un mois de ce traitement, il est envoyé sans autre forme de procès au camp du Larzac, où il restera un an. « J’étais le plus jeune parmi les 7?000 prisonniers du camp. » Il sera ensuite transféré au camp de Thol, près de Bourg-en-Bresse, qui regroupait 2?000 jeunes, puis reviendra au Larzac d’où il sera libéré en juillet… 1961.
Rahim Rezigat vit à l’hôtel à Vanves, travaille chez Mazda, à Issy. « Le 17 octobre 1961, avec un collègue, nous devions rejoindre la manifestation à 20?h à l’Opéra. Mais dans le métro, de nombreux Algériens nous ont dit de rebrousser chemin, la répression étant déjà terrible. Une semaine plus tard, la police descend dans l’hôtel, où nous étions plus de 200. » La voix de Rahim s’étrangle un peu, il prend un crayon pour dessiner les lieux et raconte comment un policier a abattu l’un des siens, « à bout portant ».
Embarqué à Vincennes, « là où sont aujourd’hui emmenés les sans-papiers », il passe entre deux rangs de policiers, est insulté, prend des coups. « Comme je suis petit, j’en prenais moins que les autres », rigole-t-il aujourd’hui. Le jour de l’Indépendance de l’Algérie fut pour lui « extraordinaire, inoubliable ». Ensuite, la vie a suivi son cours, jusqu’à aujourd’hui, à Saint-Denis, où, « Algérien de France », il vit avec sa femme et ses deux enfants depuis 1983, toujours militant contre toutes les discriminations, pour la reconnaissance de l’apport des étrangers à ce pays, riche de son métissage. Et toujours souriant.
Benoît Lagarrigue

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