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Confinement et pauvreté
/ Aide alimentaire : le réseau s’agrandit pour aider les plus démunis

Voisins, « grands frères », habitants engagés, associations locales ou groupes de solidarité tout juste créés durant cette période de pandémie, forment dans plusieurs quartiers dionysiens un vaste réseau d’aide pour la distribution de denrées alimentaires à des familles et foyers touchés par la pauvreté.
Christian Trigory (au centre), président de l'Amicale des locataires de la cité Langevin entouré de bénévoles. © DR
Christian Trigory (au centre), président de l'Amicale des locataires de la cité Langevin entouré de bénévoles. © DR

Sur le groupe Facebook « Saintdenisolidarité »  (1), Virginie fait partie des quelques citoyens qui s’occupent de relayer les multiples initiatives en cours dans la commune en cette période de confinement. La Dionysienne « met en lien les associations et habitants en difficulté afin de gérer au mieux cette crise. Ce groupe sert à répondre ponctuellement aux besoins. Je m’occupe un peu de la logistique, j’essaye de valoriser au mieux les associations qui œuvrent », relate-t-elle.

Créé il y a trois semaines, le groupe public regorge de liens, de posts, de photos tous liés à la pandémie actuelle et ce qu’elle a engendré dans une ville comme Saint-Denis : des inégalités, de la précarité mais aussi beaucoup de solidarités. Relais de cagnottes d’associations en quête de fonds, recherche de masques, dons de vêtements ou d’aliments, rappel des actions sociales mises en place par la Ville, sollicitations en photocopies pour les devoirs maisons etc. Les demandes en tous genre affluent. Mais les actions citoyennes les plus partagées sont celles qui concernent la distribution de colis alimentaires. « On a créé un réseau avec des référents par quartier et on a demandé à ces référents de mettre des affiches dans chaque quartier afin de connaitre les besoins en courses notamment », explique Virginie qui tient aussi à alerter sur « l’augmentation de la précarité à Saint-Denis au sein de familles de toutes catégories ».

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Depuis le début du confinement, pléthore d’associations locales se mobilisent pour venir en aide aux Dionysiens les plus fragiles ou qui ne peuvent se déplacer. Le JSD évoquait entre autres il y a quelques semaines le travail effectué par La petite liberté ou 7Dreams. Avec la crise sanitaire, les besoins alimentaires ont explosé notamment au sein des foyers les plus modestes. Des conséquences qui expliquent sans doute la création de récents réseaux de solidarité et de nouvelles manières de fonctionnement pour repérer les besoins urgents dans les quartiers. L’association PraTTique qui accompagne des jeunes sportifs dionysiens et mène des actions autour du multisport dans les quartiers s’est lancée depuis peu dans la distribution de denrées alimentaires à Delaunay-Belleville. La structure a pioché dans une partie des subventions qu'elle avait reçue avant l'épidémie de Covid- 19 pour mettre en place une activité durable de distribution alimentaires aux foyers en difficulté. « On s'est aperçu qu'il y avait pas mal de besoins à Delaunay-Belleville », explique Jérémy, 33 ans, directeur du projet. L'association qui se focalise surtout sur la distribution de denrées non périssables comme les pâtes, l’huile, l’eau, travaille avec les gardiens des cités pour « référencer les familles dans le besoin et les personnes isolées ». PraTTique est aussi en lien avec la cuisine centrale qui lui fournit des repas. La Ville a mis à disposition l'antenne jeunesse de Delaunay-Belleville pour le stockage des denrées. 

Avant de se lancer dans la livraison des produits alimentaires avec une poignée de bénévoles, Jérémy a dressé un tableau Excel pour répertorier le nombre de familles à cibler. « Mon tableau ne fait qu’augmenter. J’étais à 150 familles, et là j’atteins pratiquement les 200 », ajoute le Dionysien qui a grandi à Delaunay-Belleville et dont les parents y habitent encore aujourd’hui.

Avec le confinement, les problèmes économiques se sont exacerbés au sein des foyers déjà en difficulté a constaté cet employé à Plaine Commune. « Beaucoup de gens sont isolés. On a aussi des cas de familles nombreuses qui n’ont plus de ressources car un des parents a perdu son travail en intérim et son travail au black. Donc aujourd’hui c’est très compliqué. On a aussi découvert un quartier pas très hétérogène dans le besoin. La cité Jacques Duclos avait vraiment plus de besoin que le square Fabien par exemple », poursuit Jérémie. Les actions fortes sont le plus souvent faites le week end,  « soit le vendredi, soit le samedi ».

Avec « les grands frères » de ces quartiers, l’association souhaite construire « un maillage fort » pour aider les familles en cette période de crise sanitaire. « Les grands frères, c’est un peu nous, c’est une génération, celle de 1986 et au-dessus qui n’était plus forcément là et qui s’est rapprochée avec la crise. Certains sont partis, d’autres sont encore là et sont gardiens ou travaillent dans des maisons de quartier ». Une cagnotte solidaire a été lancée pour la distribution de sacs alimentaires (2) à destination des plus démunis. L’association réfléchit déjà à la solidarité après la fin du confinement prévu le 11 mai. « Quand l’économie va repartir il y aura peut-être moins de donations. L’idée n’est pas de faire un one shot généreux mais de prolonger cette action dans le temps ».

Pour cela, l'association dionysienne se rapproche d’autres petites assossociations qui oeuvrent dans le quartier « afin de se diviser le travail et de travailler ensemble au quotidien ». 

« Beaucoup de gens souffrent »

A la cité Langevin, depuis un peu plus de quinze jours, la partie logistique de la distribution de denrées alimentaires s’organise autour de l’amicale des locataires. C’est notamment par elle que transite la nourriture à donner aux habitants. L’amicale fait aussi le relais entre les associations locales et le public de locataires en difficultés. « Pour la distribution des produits, on est tributaire des associations qui possèdent le réseau. Nous on s’occupe de réceptionner des marchandises et de les distribuer », développe Christian Trigory, président de l’Amicale des locataires de la cité Langevin. La plupart des denrées proviennent du marché de Rungis ou des dons du conseil départemental. Le président de l'association des locataires a été mis en relation avec un certain Bertrand – qui lui fournit les produits alimentaires – par l'entremise du conseiller départemental et candidat en tête au premier tour des municipales le 15 mars, Mathieu Hanotin. Pêches, fraises, fromage et autres produits frais ainsi que des plats préparés ont été distribués la semaine dernière à un total de vingt-cinq familles. A savoir, des personnes âgées « qui ne peuvent pas se déplacer et pour lesquelles le Covid- 19 est le plus meurtrier » ou des femmes seules avec enfants.  

Lors des distributions, des situations délicates sont parfois découvertes. « On est tombée sur une locataire âgée en grande souffrance. Elle n’avait pas de gaz, pourtant sa gazinière était bien branchée. J’ai présumé qu’elle n’avait pas payé sa facture et que le gaz avait été coupé. Donc on l’a mise en relation avec une assistance sociale de la mairie », poursuit Christian Trigory qui assure que « beaucoup de gens souffrent bien que certains ne le disent pas du tout en raison de la pudeur ».

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Au téléphone, il explique s’être mis au « service des besoins ». Bertrand fait partie des militants de l’équipe de Mathieu Hanotin (PS) très actifs depuis une quinzaine de jours dans la distribution de produits alimentaires et de première nécessité au sein de trois quartiers de la commune et dans le centre-ville. « On s’appuie sur les structures existantes de Saint-Denis, plus précisément Dessine-moi Pleyel au sud et La petite liberté au nord », souligne le Dionysien qui dans cette nouvelle chaîne de solidarité – à laquelle co-participent quelques autres militants PS – se charge de la logistique mais aussi du contact avec des entreprises qui ne sont pas forcément du territoire pour la fourniture de denrées alimentaires aux cités Langevin, Péri, Paul-Éluard et en centre-ville. Mardi 21 avril par exemple, lors d’une grande distribution dans la cité Langevin, « on a reçu du fromage et du lait d'une laiterie du Loiret, on a aussi eu un arrivage de légumes de Saône-et-Loire », détaille Bertrand.

Grâce à l’amicale des locataires des différentes cités où il intervient et aux structures scolaires « qui connaissent bien les familles en difficulté », les familles les plus vulnérables peuvent être « identifiées ». « On ne fait pas du copinage on veut être sûr de viser les personnes les plus fragiles économiquement et physiquement », indique Bertrand qui souligne qu’à la cité Langevin, ce sont des plateaux repas fournis par le département qui sont tous les jours livrés aux femmes seules avec enfants ainsi qu’aux personnes qui ne se déplacent pas ou qui ont des revenus modestes.

Le groupe de militants qui s’appuie aussi sur l’aide d’habitants de différents quartiers a réussi à constituer « une vraie épicerie solidaire », grâce aux dons d’entreprises variées ainsi que des « collectes de fonds ». Les livraisons qui se déroulent deux à trois fois par semaine se font aussi par inscription. Les familles concernées sont alors par la suite « convoquées » via l’envoi d’un SMS. « Il peut arriver qu’il y ait des convocations toutes les quinze minutes », précise le militant. Généralement, ce sont « des mamans », qui viennent au rendez-vous fixé pour récupérer des paniers alimentaires et d’autres produits demandés à l’instar de savons, de serviettes hygiéniques etc. « Les paniers sont bien calibrés, les familles repartent avec le gros pour manger une semaine », poursuit Bertrand. Depuis le début des distributions il y a quatre semaines, entre « 350 et 400 personnes » ont pu bénéficier de repas et d’aliments d’après les chiffres du réseau militant.

Des frigos vides

A Gabriel-Péri, une vingtaine de familles sont « vraiment dans le besoin », se désole Stéphane (3), habitant de longue date du quartier. Il décrit sa surprise lorsqu’il entre dans l’appartement de ces habitants les plus en difficultés. « Des locataires m’ouvrent leur frigo et je vois qu’ils n’ont rien », poursuit le Dionysien. Les denrées alimentaires proviennent de Rungis, des dons de particuliers et des réseaux de militants politiques mis en place dernièrement. Le rythme des distributions varie de semaine en semaine selon la demande et l’arrivage. Ce lundi 27 avril, « j’attends un camion », poursuit Stéphane qui faute de local, n’a pas d’autres choix que de stocker dans son appartement et dans celui d’une voisine, une partie des produits alimentaires. Comme pour la cité Langevin ou dans le quartier Delaunay-Belleville, les livraisons à domicile sont destinées aux personnes âgées et aux familles les plus fragiles. « Dans la cité, il y a une famille de personnes âgées qui ne sortent pas du tout. Elles n’ont aucune protection, on leur livre des repas tous les jours », commente Stéphane. Sur le groupe Facebook « Saintdenisolidarité », les appels aux dons pour la cité Péri se multiplient.

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Là-bas, le Secours Populaire de Saint-Denis a mis en place des livraisons de colis à domicile. L'action est également opérée dans le centre et dans d'autres quartiers de la commune, comme Delaunay-Belleville. « On s'occupe aujourd'hui de 110 familles à peu près dans l'ensemble de la ville », avance Philippe Pavilla, bénévole au Secours Populaire. L'organisation se charge normalement d'une quarantaine de familles dionysiennes inscrites à la boutique alimentaire de la Maison municipale de la Solidarité. « On peut dire que le fossé se creuse, observe Philippe Pavilla. Notre inquiétude aujourd'hui, c'est comment on va pouvoir aider toutes ces familles à subvenir à leurs besoins ».

Depuis le début du confinement, « 250 colis-repas par jour » sont livrés aux familles modestes de la ville en partenariat avec l’Armée du Salut et les associations locales. La municipalité a également mis en place un partenariat avec Carrefour pour mettre à disposition des paniers repas aux personnes en rupture alimentaire. Enfin, une enveloppe exceptionnelle de 2,6 millions d'euros en chèques alimentaires d’urgence doit être prochainement débloquée par l'Etat au département de la Seine-Saint-Denis, selon la préfecture. 
 

Yslande Bossé

(1) Des demandes d'aides anonymes peuvent être envoyées à l'adresse solidaire@de-saint-denis.fr

(2) Lien pour la cagnotte en ligne de l'association PraTTique

(3) Le prénom a été changé 

Réactions

Une honte, vous mettez en photo une personne qui a fait juste une action la semaine dernière et tous ceux qui font depuis le début du confinement, vous ne parlez pas d’eux. J’ai honte pour vous. Si vous appelez cela du journalisme, reprenez des cours d’objectivité et renseignez vous avant
Même en période de pandémie vous ne pouvez vous empêcher de faire des raccourcis. Ayez l’honnêteté de citer les donateurs car sans eux cette chaîne de solidarité n’aurait pu se faire. Une chaîne de solidarité que les populations et associations Saluent que je salue aussi.
Vous appelez ça du journalisme ? Faites votre travail correctement. Arrêtez de mettre en avant une association et une seule 7 Dreams et un certain Bertrand jamais vu depuis le début du confinement. Cet article a pour objectif de montrer une ville solidaire car nombreuses associations et habitants sont présents dans cette chaîne de solidarité. Qui sont les donateurs car nous supposons que ce n’est pas la mairie de Saint-Denis qui finance l’alimentaire. Les habitants se demandent si les partis politiques sont toujours en campagne. Assez d’accord avec Caroline cet article est une honte pour notre ville même si nous en avons l’habitude. Pour compléter votre papier il fallait mettre les bonnes actions de la MCA qui peut se permettre de faire des masques pour justifier de leur 80 000 € de subventions et le défis de Kamel Amrane avec son défis de pompe qui va remplir la gamelle des familles en difficultés .
@Cazeaux Bonjour, il n'est pas question de 7Dreams dans cet article que vous n''avez visiblement pas lu... Le JSD a consacré plusieurs articles à des associations et poursuit le travail. Et en ce qui concerne le reste, vous avez parfaitement le droit d'avoir une opinion.
@yslande.bosse Bonsoir, Lire aussi : Allende l’entraide à plein régime Ligne 4 et 5. Relisez-vous. Heureusement que j’ai le droit d’avoir une opinion surtout quand c’est écrit dans votre papier. Soit vous citez toutes les associations qui interviennent dans tous les quartiers de la ville mais citer une voir deux associations ce n’est pas rendre homage à toute cette chaîne de solidarité associations et bénévoles. Cordialement
Je viens de créer une association avec des amis et nous cherchons des informations pour acheter des barquette de repas chauds pour distribuer aux plus démunis cette hiver merci de nous donner des informations où les acheter