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Incendie meurtrier du 6, rue Paul-Éluard
/ 25 ans de prison pour l’incendiaire

En juin 2016, une famille était décimée dans l’incendie d’un immeuble de la rue Paul-Éluard. Le responsable du sinistre, qui plaidait l’accident, vient de comparaître aux assises. Il a été condamné à 25 ans de réclusion.
Lors de la marche blanche, dimanche 12 juin 2016, des milliers de personnes s'étaient déplacées pour rendre hommage aux victimes.
Lors de la marche blanche, dimanche 12 juin 2016, des milliers de personnes s'étaient déplacées pour rendre hommage aux victimes.

C’est un petit immeuble rénové de quatre étages, au 6, rue Paul-Éluard, encore en partie inhabité. Sur la façade blanche, un appartement à vendre est signalé par un panneau d’agence immobilière. Rien, aucun indice ne subsiste du drame qui dans ces murs a fait cinq morts, dix blessés et traumatisé à jamais les rescapés. C’était le 6 juin 2016. Peu après 19h, un incendie se déclare dans un logement squatté du 1er étage, et embrase la cage d’escalier. En moins de dix minutes, les flammes se propagent à tout l’immeuble. Vers 22h40, une fois le sinistre enfin circonscrit, les pompiers extraient d’un logement du 3e étage les corps calcinés de Wassila Zamouri, 43 ans, de ses trois enfants, Lylia, 12 ans, Naïm, 15 ans, Nissa, 21 ans, ainsi que de son amie Mariam Niakaté, 20 ans.

Quelques jours plus tard, l’incendiaire présumé Djamel Ziani est arrêté. Incarcéré depuis à la prison de Meaux-Chauconin, cet Algérien de 39 ans comparaissait du 28 novembre au 5 décembre devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis. Il a été condamné comme l’avait requis l’avocate générale à 25 ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté des deux tiers, et d’une interdiction définitive du territoire à l’issue de sa peine. Son avocat, Roger Mbeumen, avait plaidé la relaxe en estimant infondée la responsabilité pénale de son client. 
 

Lire aussi : « Combien de familles vont finir calcinées ? »

 

« Il a tué toute ma famille »

Dans le squat où il vivait depuis neuf mois en compagnie de deux autres hommes, Djamel Ziani a bien mis le feu à un matelas. Mais « c’était un accident » causé par une bougie « qu’il croyait avoir éteinte ». Et s’il est sorti en laissant la porte ouverte, c’était « un manque d’attention, une stupidité ». Enfin, si constatant le départ de feu, il n’a pas donné l’alerte, c’était une « forme de panique ».

L’argumentation n’a pas convaincu les jurés, et encore moins les 16 parties civiles. Au premier rang d’entre elles pendant tout le procès, Ali Zamouri, le père rescapé, avait chuté de la fenêtre d’où il appelait à l’aide, sous l’effet de la fournaise. Gravement blessé, il a été hospitalisé pendant un an et a perdu l’usage d’un bras. « Il a tué toute ma famille. J’ai 64 ans, je suis handicapé, j’ai tout perdu. » Que Ziani ait proclamé n’avoir « voulu faire de mal à personne », et qu’il ait cité la famille Zamouri, comme étant pour lui « un exemple », avec Wassila, « femme généreuse », ou la petite Lylia qu’il dit avoir eu en affection, Ali s’en indigne. « Pourquoi il n’a pas frappé à la porte, pourquoi il n’a pas appelé Lylia quand il est revenu dans l’immeuble? » 
 

Ali Zamouri : «  Il a tué toute ma famille, je suis handicapé, je touche le RSA. C’est ma sœur qui m’aide. Sinon, je deviendrais fou. Je dors avec la lumière, je vois mes enfants partout. » 

 

En attente depuis 10 ans d'un logement social

D’après les témoins, compagnons de squat, dont l’avocat de la défense récuse la bonne foi, Djamel Ziani n’était revenu que pour récupérer des jeans. Des vêtements comme il en subtilisait régulièrement sur les étals. Depuis son arrivée en France en 1998, Ziani a été condamné dix fois pour vols. « Mais ce n’est pas un pyromane », assure son avocat pour démentir « les rumeurs sur sa personne d’une fascination pour le feu ». Après avoir vécu de squat en squat, « il a connu à cette adresse un début de stabilité », avance encore Maître Mbeumen, en dépit de la conviction partagée par les parties civiles d’un acte de vengeance parce qu’on ne voulait plus de lui dans le squat. « Il y avait tout le temps des bagarres, des histoires d’argent. Des gens fumaient et buvaient dans le couloir », raconte Ali Zamouri. Il vivait depuis 2002 dans cet immeuble qui était aux mains de marchands de sommeil depuis des décennies. « Je payais 750 euros pour 26 m2. » Un loyer payé en « liquide, sans quittance ». La famille demandait un logement social depuis dix ans.

Comme l’avaient rappelé les élus après le drame, l’immeuble était connu pour de multiples désordres. Le restaurant du rez-de-chaussée avait été visé par un arrêté de fermeture pour tapage, travail dissimulé et infractions aux règles d’hygiène. Grevée de dettes, cette copropriété de 17 logements, dont deux habités par leur propriétaire, avait été placée sous administration judiciaire pendant deux ans. Elle venait d’être reprise par un syndic qui avait obtenu de la Ville une subvention pour remettre en état le réseau électrique et fermer les caves aménagées pour des hébergements.

Marylène Lenfant

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