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Le chiffre de la semaine
/ 172% : le chiffre de la surmortalité à Saint-Denis

Il s’agit de l’augmentation la plus forte – enregistrée à Saint-Denis entre le 2 mars et le 19 avril par rapport à la même période en 2019 – pour une ville de plus de 100  000 habitants en France.
(c) Jacky-Yves Manco
(c) Jacky-Yves Manco

Un bien triste record pour Saint-Denis. Dans son focus n° 191 publié le 11 mai 2020, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) s’intéresse au lien entre densité de population et surmortalité en pleine épidémie de coronavirus. L’étude prend le soin de lister les villes de plus de 100000 habitants qui enregistrent la plus forte surmortalité : Montreuil (+90 %), Paris (+98 %), Argenteuil (+109 %). Sur un bien désolant podium, entourée des deux métropoles alsaciennes, Strasbourg (+111 %) et Mulhouse (+165 %), Saint-Denis toise le reste de l’Hexagone avec une mortalité en hausse de 172% pour la période allant du 2 mars au 19 avril 2020 par rapport au même intervalle en 2019 (+26% au niveau national, +134% au niveau départemental).

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Si on élargit la période de référence à l’intégralité des mois de mars et avril, l’Insee recense 234 décès de Dionysiens en 2020 contre 88 en 2019 et 102 en 2018. Écartons tout de suite un biais important. On parle bien ici de décès comptabilisés dans la commune de résidence du défunt (Dionysien décédé) et non au lieu de décès (mort à Saint-Denis). 61% des défunts dionysiens sont des hommes et 78 % des personnes décédées ont plus de 65 ans. La mortalité s’est véritablement envolée à Saint-Denis à partir de la semaine du 16 mars (+130%) pour atteindre un sommet pendant la semaine du 30 mars (+600 %), avant de retrouver un niveau presque normal dans la semaine du 27 avril. Le lien avec l’épidémie de coronavirus semble évident. Pour autant, l’Insee ne détaille pas les causes de la mort.

Les 65/74 ans premières victimes

Les faits étant posés, le tout est de comprendre pourquoi une ville dont 46 % de la population a moins de 30 ans (contre 35 % au niveau national) et seulement 13% a plus de 60 ans (contre 26% au niveau national) a-t-elle battu des records de surmortalité alors que le Covid-19 reste une maladie qui tue essentiellement des personnes âgées (71% des victimes ont plus 75 ans en France) ? Pourquoi la surmortalité à Saint-Denis est-elle 82 points plus élevée qu’à Montreuil et 63 points supérieure à celle d’Argenteuil, des villes proches sur le plan sociologique ?

La réponse est forcément complexe, d’autant plus qu’il n’est pas toujours simple de tirer des enseignements statistiques sur de si petits ensembles, comme le rappelle Jean-Marie Robine, directeur de recherche à l’Inserm et chercheur associé à l’Institut national des études démographiques (Ined) installé de fraîche date sur le campus Condorcet : « Plus on s’intéresse à des territoires petits, plus on maximise les différences. Il y a une limite à l’analyse géographique de la mortalité. » Jean-Marie Robine invite aussi à regarder du côté de la mortalité indirecte du Covid-19, « du fait du non recours aux soins et de pathologies mal soignées ». « Les gens ont très peu consulté pour autre chose que du Covid-19 pendant le confinement, confirme Nabil Saab, médecin généraliste en centre-ville. Et pour les patients qui sont venus nous voir et auxquels on a prescrit des examens complémentaires, on leur a souvent dit qu’il n’y avait pas de place. Beaucoup de spécialistes ont été réquisitionnés pour les urgences. Cette crise a totalement perturbé l’offre de soins. On se doute qu’il y a une surmortalité liée aux autres pathologies que le Covid-19. »

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Malgré tout, les décès à domicile ne comptent que pour 11 % dans la surmortalité dionysienne. Mais il n’est pas exclu qu’une partie de ces « autres malades » soient donc décédés aussi à l’hôpital. Et Jean-Marie Robine de rappeler « qu’il y a aussi dans le 93 une population âgée pauvre et fragile dont on ne parle jamais ou presque ».

De fait, 25% des plus de 65 ans sont suivis pour un diabète en affection de longue durée dans le département (record régional) et un peu moins de 15% pour une maladie respiratoire chronique (record régional également). Autant de facteurs de comorbidité décisifs en cas d’infection par le coronavirus. Les chiffres corroborent le propos : la surmortalité est extrême à Saint-Denis chez les 65-74 ans (+336%) et chez les 75-84 ans (+209%).

Terrible révélateur

Les politiques avancent d’autres arguments. « Le coronavirus fragilise davantage les plus fragiles, ceux qui vivent dans des conditions de vie indécentes et les premiers de corvées, assène Bally Bagayoko (LFI), tête de liste Faire Saint-Denis en commun aux municipales. Le tsunami sanitaire a frappé plus fort dans nos quartiers. Le coronavirus vient nous dire : le compte n’y est pas. Ce qui est fait ne suffit pas. Il faut se remettre au boulot et lutter pour avoir plus de moyens. »

« La crise sanitaire frappe encore plus fort là où on constate des inégalités, s’accorde le maire Laurent Russier (PCF), tête de liste Vivons Saint-Denis en grand. Elle touche plus les populations les plus fragiles. Il y a de nombreux décès chez des personnes qui ont continué de travailler pendant le confinement. En revanche, quelqu’un de bien portant n’était pas plus en danger à Saint-Denis qu’ailleurs », tempère-t-il. Pour Mathieu Hanotin (PS), tête de liste Notre Saint-Denis, cette surmortalité record est le « reflet de la fragilité socio-économique de notre territoire. Quand on est globalement en moins bonne santé, plus sédentaire ou sujet à l’obésité, on accumule les facteurs de gravité de la maladie. Par ailleurs, le virus a plus circulé en Seine-Saint-Denis parce que sa population habite dans de plus petits logements et a dû continuer à se rendre au travail plus qu’ailleurs ». Il pointe aussi « la paupérisation de la ville. Saint-Denis est un cluster de la pauvreté qui tire les gens vers le bas. C’est une spirale dramatique dont il faut se donner les moyens de sortir ».

Le Covid-19 cruel révélateur ? Sans aucun doute. Derrière les chiffres, la douloureuse réalité d’un système de santé en souffrance et de populations aux conditions de vie dégradées.

Yann Lalande 

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Réactions

Le seul hôpital universitaire du 93 étant à Saint-Denis, il est possible que cette ville ait aimanté un grand nombre de malades du COVID-19. La pratique fréquente de la pipe-à-chicha et du joint collectif chez les jeunes dyonisiens peut expliquer d'un point de vue culturel pourquoi une forte contamination est possible dans ce département.
Dans le JSD N° 1245 du 13 au 19 Mai 2020, en page 2, un article signé YL, titré "Masques. Début de la distribution par la ville le 18 Mai" vous nous avez invités, nous les Dionysiennes et Dionysiens à être attentif au contenu de notre boîte aux lettres devant contenir entre le 13 et le 16 Mai 2020 le courrier de la municipalité nous précisant quand et ou retirer les masques gratuits offerts par la Mairie. Résident cité "Président Allende" Avenue de Stalingrad à Saint-Denis je puis vous informer comme les huit cent autres locataires que nous n'avons jamais reçus de courrier de ce type et que donc, l'information était en ce qui nous concerne une fausse information. Je vous remercie par avance d'écrire un démenti, sur ce courrier et cette distribution de masques pour les locataires LOGIREP de la Résidence ALLENDE. Si nos boîtes aux lettres sont connues des équipes du candidat à l'élection municipale, elles semblent inexistantes en cas d'aide face à la pandémie et à toutes distributions gratuites de masques, c'est dommage et regrettable.
Triste bilan (ou "bien triste record") du laboratoire de la ville du bon vivre. C'est ça le nouvel ordre social promis par certain ou le grand soir annoncé par d'autres ?
Hanotin à son idée pour éradiquer la pauvreté: virer les pauvres car ils tirent la ville vers le bas ! On voit bien la nature réactionnaire de son projet pour la ville si par malheur il devait passer. Il reste d'ailleurs à prouver que la ville se paupérise. C'est davantage la politique des gouvernements qu'il a soutenu en tant que député absentéiste et inutile durant l'été Hollande qui a contribue à renforcer la précarité et la pauvrete. La pauvreté aurait ainsi soN cluster Est elle une maladie ?
@DUBORT Bonjour, merci pour votre message. L'information donnée par le JSD dans le numéro du journal cité n'est pas une fausse information. Des Dionysiens ont bien reçu ce courrier dans leurs boîtes aux lettres en temps et en heure. D'autres non, comme cela nous a été remonté et comme vous l'affirmez dans votre commentaire. Il doit y avoir un problème de distribution des courriers. D'où l'attente.
@jean marc, "Il reste à prouver que la ville se pauperise"... Les classes moyennes fuient des quelles en ont les moyens pour les raisons que l'on connaît (école, délinquance, saleté partout, incivilités, fermeture des enseignes commerciales...) Bien évidemment qu'il y a un mouvement de paupérisation nationale mais la spécificité de st Denis est imputable à l'équipe municipale. Il suffit de se promener dans les villes limitrophes et de voir de façon saisissante la différence de qualité de vie.
Erreur Olivier .Il n'y a pas de CHU à Saint Denis. Avicenne est un CHU , Delafontaine n'en est pas un.
@Jean Marc. "Il reste d'ailleurs à prouver que la ville se paupérise"... La ville l'a déjà montré en conseil municipal lorsque le bilan de gestion urbaine de proximité a été présenté. C'est un fait. Avec un peu de recherche je vous retrouve la séquence. Mais est ce que vous vivez vraiment dans cette ville? Tous les indices sociaux sont au rouge dans cette ville et vous osez vous interrogez sur la paupérisation de Saint Denis. Me dites pas qu'il fait bon vivre... ? Après, on se méprends peut être. Qu'est ce que vous définissez une personne comme pauvre? Ce qu'on fait des élus et autres associations de la ville, c'est de pomper l'argent du contribuable pour enfoncer la ville et ses habitants en ramenant des personnes en errance ici. La moindre personne qui a un peu de valeur fuit cette ville. Et ce qui vous inquiète, c'est de ne plus jamais revenir au pouvoir si vous "perdez la ville"...car les habitants verront le changement.

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