En ville

«Rapprocher les retraités des associations»

Mobilité, aide à domicile, vie sociale ou loisirs, Jaklin Pavilla, adjointe déléguée aux retraités et personnes âgées, fait le point sur l’action municipale et les structures associatives auprès de cette population.

Le Journal de Saint-Denis : Avec le vieillissement de la population, on parle à présent de gens du quatrième âge, dont les enfants sont souvent eux-mêmes retraités. Comment prendre en compte les attentes d’une population aussi diversifiée ?
Jaklin Pavilla : On recense à Saint-Denis 12 000 personnes de plus 60 ans, dont 4000 avec lesquels nous avons un lien. Notamment parce qu’elles se sont inscrites pour le cadeau de Noël. Entre les jeunes retraités et les personnes très dépendantes, il y a en effet une grande disparité. L’objectif de la direction des retraités est de permettre à l’ensemble de ces personnes de vivre leur vieillissement le mieux possible, et pour les plus autonomes de continuer à vivre leur vie de citoyen le plus longtemps. Nous avons pour cela trois résidences. Nous avons aussi un service de maintien à domicile employant 54 aides à domicile, et c’est l’une des rares villes où il soit assuré de 7h du matin à 20h, sept jours sur sept. Il y a également Sillage, une association dont la Ville est partenaire, qui fédère une dizaine de partenaires pour la prise en charge du maintien à domicile. Mais dès 2009, la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse) va leur supprimer certains financements, ce dont Sillage est très inquiète. Sur la question du déplacement, qui est un problème pour beaucoup, l’association ALICE a mis en place le service Mobilicité. Mais à 12 euros aller-retour jusqu’au centre-ville, cela reste cher. J’ai donc rencontré cette association que la Ville subventionne. Mais c’est en effet un service qui reste cher parce qu’il représente des charges importantes avec un salarié, un véhicule. On sent les besoins et les décalages avec les ressources dont nous disposons. La Ville doit rester mobilisée pour aller chercher ces ressources auprès de l’État.

Le JSD : N’avez-vous pas l’impression que les personnes âgées n’ont plus leur place dans l’environnement urbain, et d’ailleurs qu’elles ne s’y reconnaissent plus, notamment parce que la population a changé ?

J. P. : Il existe un conseil consultatif des retraités où sont soulevées des questions comme les problèmes de santé qui font qu’on ne sort plus et qu’on se coupe des autres. Un travail de réflexion y est mené sur les questions de la sécurité et du déplacement. Mais aux côtés de nos papis et mamies nés ici et qui voient ce monde multiethnique à Saint-Denis, il y a tous les migrants qui vieillissent. Ils ont travaillé toute leur vie en logeant dans un foyer ou en hôtel, avec les toilettes sur le palier. Arrivés à 65 ans, ce sont des conditions de vie qu’ils ne supportent plus… C’est pour nous un enjeu à mesurer et toute une réflexion à mener.

Le JSD : N’y a-t-il pas lieu de favoriser une meilleure implication sociale des retraités, auprès des jeunes par exemple ?

J. P. : Il y a dans les quartiers des retraités qui font du soutien scolaire. Et quand on arrive à toucher les jeunes, il se passe quelque chose, exemple avec l’atelier slam de la résidence Croizat. Il faut aussi signaler l’inauguration le 17 octobre, à la cité Pierre-Sémard, d’un atelier mis en place par l’amicale des locataires, les aides à domicile et le service animation de la direction des retraités. Ce sera un lieu pour mettre en route différentes initiatives. En tant que déléguée aux retraités et à la vie associative, je pense qu’il y aura des croisements à faire entre les deux.
Recueilli par Marylène Lenfant

Constat des Petits frères des pauvres
La précarité fauche les vieux

Dans le local que la ville met à disposition des Petits frères des pauvres, Lidjie Kiminu n’est pas seulement aux premières loges du spectacle de la place du Caquet. Responsable de la Fraternité de la banlieue implantée en 2003 à Saint-Denis par cette association nationale, elle est aussi en première ligne d’une réalité vécue dans le silence et le repli par ceux qui en sont les victimes : l’isolement, la pauvreté, deux facteurs d’une précarisation croissante chez les plus de 60 ans. « On n’en a jamais vu autant pousser la porte. Il y a de plus en plus de personnes qui se retrouvent en situation d’errance, à cause de problèmes de cohabitation dans la famille, ou parce qu’elles ne peuvent plus payer l’hôtel où elles logeaient. » Ruptures familiales, handicaps, dégradations physiques, les situations de détresse auxquels se collettent Ldijie Kiminu et son collègue sont pourtant le terreau de belles expériences humaines. « Les fleurs avant le pain, c’est ce qu’on dit à nos bénévoles. Il s’agit d’abord de favoriser la relation. »
Des bénévoles, femmes et hommes « de tous âges et de toutes conditions », elle en a compté l’an dernier une cinquantaine. Mais avec la rotation – plutôt élevée dans cette ville – des habitants, salariés et étudiants, « ils ne sont aujourd’hui qu’une trentaine. » Alors, comme chaque année à cette époque, Mme Kiminu travaille à faire connaître les actions de cette association laïque qui depuis plus de soixante ans s’emploie à ne pas laisser sur le bas côté les gens âgés souffrant de dénuement affectif et matériel. « On demande aux bénévoles un engagement régulier, de une à deux heures par semaine pour aller visiter la personne, à domicile, en foyer-logement, ou en maison de retraite. Ils assurent aussi un accompagnement téléphonique auprès des personnes qui ne souhaitent pas que l’on vienne dans leur intimité. Ces bénévoles reçoivent une formation à notre siège parisien sur la maltraitance, les gestes utiles, l’écoute, la communication verbale et non verbale… »
« On travaille avec les associations de maintien à domicile, d’accompagnement en fin de vie, la direction municipale des retraités, le service du logement, etc. » précise encore Mme Kiminu. Pour en savoir davantage sur les actions de cette Fraternité de la Banlieue également implantée dans trois autres villes de Seine-Saint-Denis, une rencontre est proposée à l’occasion de la Semaine bleue (1).
M.L.

(1) Le vendredi 24 octobre, de 10h à 12h30, au local de l’association : 12, place du Caquet. Tél. : 01 48 13 18 34.

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