Cultures

Rue Pierre-Dupont
/ « On a transformé un délit en art »

Le collectif d’artistes Le MUR 93 a pour but de valoriser le graffiti à l’ancienne, promouvoir l’art urbain et les talents du territoire. Tous les deux mois, sur le mur d’une rue du centre-ville, des graffeurs seront ainsi invités à performer.
Rue-Pierre Dupond, samedi 15 septembre © Vanessa Meflah
Rue-Pierre Dupond, samedi 15 septembre © Vanessa Meflah

Bastion historique du graffiti français, la ville de Saint-Denis n’a rien perdu de sa superbe. Elle affiche depuis quelques jours son art, rue Pierre-Dupont, sur un mur face à la halle du marché. Le graff approuvé par la municipalité et long de plusieurs mètres, inaugure le nouveau projet de l’association « Le MUR 93 ».
« Nous sommes un collectif d’artistes et ce que nous voulons c’est valoriser le graffiti à l’ancienne, promouvoir l’art urbain et les talents du territoire », explique Nicolas Obadia, président de l’association.

Le MUR 93 est l’un des 24 projets estampillés Modulable, Urbain, Réactif, association connue pour investir depuis 2007 le panneau à l’angle des rues Saint-Maur et Oberkampf à Paris. À l’instar de la fresque originelle située dans le 11e arrondissement, Nicolas Obadia et son équipe vont mettre en place une rotation en invitant tous les deux mois des artistes du territoire à performer sur le mur dionysien. Pour son lancement samedi 15 septembre, il y avait du monde rue Pierre-Dupont, l’une des voies commerçantes qui bordent la halle du marché en centre-ville. Les artistes à l’origine du graff sont naturellement présents. Plus que d’habitude, les passants s’arrêtent un instant, prennent le temps d’observer et de contempler l’œuvre dans son ensemble, avec comme toile de fond un immeuble grisâtre et vieilli.

« Ça redonne de la vie, c’est beau! Il en faudrait même plus », lance un habitant du quartier. Les couleurs utilisées pour ce graff sont tellement vives qu’on ne peut pas le louper. La fresque est visible de loin et elle attire le regard. L’œuvre, au même titre que le lancement officiel de l’association Le MUR 93, a été inaugurée par Sonia Pignot, maire adjointe à la culture.

 

« Ici, on fait du graff »

 

 

Pour cette toute première peinture, l’association a visé juste en invitant les pionniers du graffiti, le crew 93 MC. On commence par la base. Toujours. Et qui dit base, dit bon usage du mot graffiti et de son histoire. « Ici on ne fait pas de street-art, on fait du graff », insiste Nicolas Obadia. Rappeler la genèse du graffiti et l’ancrage de ce mouvement artistique international ce n’est même pas une option pour Swen, graffeur référence, membre du 93 MC et du Collectif Art.
« Si tu traduis street-art, c’est l’art de la rue, c’est très vaste. Plein de gens se sont engouffrés dedans. Tu peux faire du tricot pour un arbre et te dire street-artist. Ça n’a pas de sens. Le street-art c’est une tentative de récupération de notre mouvement, le graffiti. C’est purement commercial. Il ne faut pas tout mélanger. Nous, nous avons notre histoire, notre passion, notre art et ça s’appelle le graff. »

 

« Rappeler l'histoire originale du graff »

Swen est un peu le porte-parole non officiel, mais très convaincant, de ce mouvement dont il fait partie depuis plus de 30 ans. « En 1987 on était les premiers à revendiquer le département 93, avec notre 93 MC. »

Aujourd’hui, pas de doute, le département est artistiquement bien représenté et le mur nous le rappelle. « Sur ce graff on voit Dark Vador avec une chaîne 93 MC, il est là pour rappeler que c’est à Saint-Denis que tout a commencé », explique Meak, graffeur depuis 1988, à l’origine de ce MC Dark Vador. « Ce que j’aime, c’est de faire passer un message à travers une image. Ici, je veux rappeler l’histoire originale du graff. »

On peut se demander pourquoi autant de méchants et figures du mal sont représentés avec ce message « Art côté obscur », plutôt que des super-héros. Là encore, la subtilité artistique fait sens. « On a commencé par le graffiti vandale, c’était mal vu et réprimandé. Aujourd’hui, on veut nous englober dans un terme et un faux mouvement qu’est le street-art, comme si nous n’étions toujours pas fréquentables », explique Swen, avant de rappeler à juste titre qu’« avant on nous mettait des amendes, aujourd’hui on nous paye pour graffer. On a transformé un délit en art ».

« L’art côté obscur » de ce mur, n’est rien d’autre que le graffiti pur et dur, authentique et identitaire, made in Saint-Denis. Nicolas Obadia est lui aussi fier de revendiquer cette histoire à travers son association. « C’est un honneur de s’appeler comme ça, “MUR 93”, on porte un engagement fort. C’est ici que les lettres de noblesse du graff ont été écrites, il ne faut décevoir personne.»

Vanessa Meflah

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