En ville

Côté porte-monnaie
/ « On ne peut pas faire de la qualité et des prix très bas »

Manger autrement demande un certain investissement, mais a aussi un coût, qui peut être conséquent. L’idéal du manger mieux n’est pas accessible à tous.
© Marc Bertrand
© Marc Bertrand

« Au kilo, les haricots verts coûtent 4,50 €, les aubergines sont à 3,80 €, les concombres à 2,80 € et la salade est à 1,20 € », liste Salah Taïbi, président de l’association Territoires. Des prix plus élevés que des produits conventionnels, mais toujours moins chers que dans les chaînes de magasins bios. « On ne peut pas faire de la qualité et des prix très bas », se défend-il. Lorsque l’on demande à Laëtitia Bouche-Florin, membre actif de l’AMAPlaine qui vient s’y fournir, elle répond : « Cette Association pour le maintien d’une agriculture paysanne est à l’image des habitants de la Plaine, il y a beaucoup de jeunes actifs en colocation, des instituteurs, des étudiants… »

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Cependant, elle ne se berce pas d’illusions : « Je suis consciente qu’à Saint-Denis, un panier à 16€ chaque semaine et une adhésion annuelle, ce n’est pas accessible à tous. » Stéphane, adhérent de l’association, est lui plus tranché : « La population qui vient à l’Amap, en grande majorité, est celle que l’on imagine lorsque l’on parle de “gentrification”, c’est-à-dire des personnes blanches issues de la classe moyenne. Pour décider de se nourrir autrement, cela demande une certaine réflexion. Or, quand on est dans la survie, ce n’est pas forcément une réflexion que l’on peut se permettre », explique-t-il.

Aider les Dionysiens à accéder à de bons produits est pourtant un projet au cœur des initiatives pour se nourrir autrement. « On avait pour objectif de permettre aux habitants de Saint-Denis d’avoir accès à des produits de qualité à des prix raisonnables », raconte Jean-Claude Richard, membre de l’Amap Court-circuit.

En dix années d’existence, le panier de cinq variétés de légumes, à récupérer chaque semaine, n’a augmenté que d’un euro ; il coûte aujourd’hui 11€. L’association avait pour volonté de s’ancrer dans la ville, au plus près de la population : « On s’est installé au départ au milieu de la cité Paul-Langevin pour toucher la population qui y vit. » La première coopérative alimentaire, issue de l’Amap, a été créée dans le même esprit : « Nous voulions que les habitants de la cité puissent profiter de nos valeurs. Notamment celle de vendre des produits bios au prix le plus bas possible. » Aujourd’hui, le militant dresse un bilan en demi-teinte. S’il refuse les qualificatifs, il concède que les personnes qui habitent les cités ne sont pas celles qui viennent le plus à l’Amap ou dans les coopératives.

« On essaie de faire de l’éducation populaire à travers la nourriture et je ne dirais pas que l’on a raté notre coup, mais on n’a pas totalement atteint notre objectif. On continue d’avancer, lentement, mais on se bat contre bien plus gros en face, à savoir l’industrie agro-alimentaire. »

Fruits et légumes cueillis à maturité

Conscients des difficultés du territoire sur lequel ils évoluent, chacun de ces acteurs a essayé de rendre accessibles ses produits au plus grand nombre, en coopérant avec des travailleurs sociaux ou en mettant en place leurs propres initiatives. Jusqu’au fromager. Éric Legros, qui a installé à Saint-Denis sa Place au fromage il y a un an, n’est pas dupe : la clientèle qu’il attire autour de ses fromages AOP possède un certain pouvoir d’achat. Dans sa boutique, il a instauré la tradition solidaire du « fromage suspendu », sur le modèle des cafés suspendus (on paye à l’avance un café qui sera offert à une personne dans le besoin). Salah Taïbi a lui fait de l’aide alimentaire dans le quartier Allende pendant le confinement. Il a distribué les légumes produits par son association. « On a été très sollicités. Des gens déjà précaires l’ont été encore plus pendant le confinement. J’ai vu des gens qui avaient réellement faim », raconte-t-il.

À quelques pas de la cité Allende, justement, avenue de Stalingrad, la Ferme de Gally propose elle aussi des fruits et des légumes, « cueillis à maturité tout au long de la saison » annonce son site Internet. La formule « marché » – pas d’adhésion, on y vient comme dans n’importe quel magasin – semble remporter les faveurs d’un public plus large que les Amap. Nombre d’habitants des cités proches, de Saint-Denis ou de Stains, de l’autre côté de l’avenue Stalingrad, fréquentent régulièrement la Ferme. Sa souplesse de fonctionnement y est peut-être aussi pour quelque chose.

Sarah Boumghar
 

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Les bonnes adresses dionysiennes

Association Territoires (4, rue Denfert-Rochereau) aciterritoires@gmail.com. Inscriptions closes pour la saison.

AMAPlaine (232, avenue du Président-Wilson) amaplaine@gmail.com. Inscriptions closes pour la saison.

Amap Court-circuit (4, place Paul-Langevin) dionyversite@orange.fr. Inscriptions closes pour la saison.

Coopérative alimentaire de la ferme (2, rue de la Ferme).

Coopérative alimentaire du Bel-Air (6, place du Bel-Air).

Coopérative alimentaire de la gare (10, rue Dezobry).

Green Market (7, boulevard Jules-Guesde) greenmarket93200@gmail.com.

La ferme urbaine-Les fermes de Gally (114, avenue de Stalingrad). www.lesfermesdegally.com.

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