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Interview croisée
/ « Les habitants peuvent passer 50 jours sans eau »

La Ville de Saint-Denis et la Municipalité d’Al Khader, située en Cisjordanie, ont signé un protocole de coopération portant notamment sur la question de l’eau.
Mohammed Mousa, maire-adjoint de la ville d'Al Khader.
Mohammed Mousa, maire-adjoint de la ville d'Al Khader.

Mardi 4 décembre, la Ville de Saint-Denis actait officiellement le lancement d’un projet de coopération avec la Municipalité d’Al Khader, située en Cisjordanie, lors de la venue d’une délégation d’élus palestiniens la semaine dernière. Les deux communes ont signé un protocole de coopération portant notamment sur le patrimoine et la question de l’eau. Ce dernier axe est « un enjeu majeur », affirmait le maire Laurent Russier lors de la signature.

Al Khader, qui compte 13 000 habitants, possède un réseau d’eau potable qui couvre 50% de sa zone habitable. La ville va bénéficier du soutien complémentaire de Saint-Denis et du territoire de Plaine Commune, compétent pour gérer les questions de l’eau et de son assainissement. Le Journal de Saint-Denis s’est entretenu avec Mohammed Mousa, maire adjoint d’Al Khader, et Kader Chibane, adjoint aux relations internationales et de la coopération décentralisée.
 

Le JSD : La Municipalité a signé un protocole de coopération avec la Ville d’Al Khader. Quel est l’objectif de cet accord ?

Kader Chibane : En avril 2018, lorsqu’on a été à Al Khader avec Laurent Russier et Sonia Pignot, maire adjointe à la culture, on a beaucoup échangé avec les habitants. Ce voyage nous a permis de mettre en avant des axes, dont le patrimoine et l’eau que je trouve complémentaires. Le patrimoine, c’est quelque chose de fort pour Saint-Denis, qui a un service dédié à l’archéologie. Al Khader possède un vrai patrimoine mais il n’est pas rénové. Concernant la question de l’eau, très concrète car elle touche à la vie quotidienne, j’ai été choqué par ce que j’ai vu sur place. Un jour, je me suis retrouvé dans un endroit où il y avait la mer. Les Palestiniens m’ont dit qu’avant, à la place de cette mer, il y avait un village palestinien. Je leur ai demandé comment cela était possible? En fait, le gouvernement israélien a tout fait démolir pour effacer la mémoire de ce village. À travers notre travail sur le patrimoine, politiquement on s’engage à restaurer et à restituer l’identité palestinienne. 
 

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Le JSD : Quelle est la situation actuelle à Al Khader concernant l’accès à l’eau ?

Mohammed Mousa : La situation actuelle est très difficile. Tout le monde n’a pas accès à l’eau et une certaine population se retrouve par conséquent marginalisée. Quelquefois en période estivale, les habitants peuvent passer 50 jours sans eau. Voilà pourquoi elle a une importance toute particulière à Al Khader car la ration qui revient à chaque individu ne couvre pas 20 % de l’apport en eau dont doit bénéficier un être humain. Cette situation pousse la population locale à essayer d’anticiper la venue d’eau dans le ciel. Ça peut vous étonner, mais les Palestiniens la considèrent comme une récompense, une grande réalisation. L’eau est la source de vie. 
 

L'or bleu, un sujet stratégique
 

Le JSD : De quelle façon cette coopération dans le domaine de l’eau va se mettre en place ?

KC : Cette coopération va peut-être porter sur le stockage. Car les Palestiniens souhaitent créer des réservoirs d’eau à Al Khader. Pour l’instant, nous sommes en train de réfléchir à un projet avec Plaine Commune qui soit concret, visible. On espère donc avec ses techniciens avancer sur ce dossier pour améliorer la condition de vie des habitants d’Al Khader. L’eau, l’or bleu comme on l’appelle, est un sujet stratégique.

Le JSD : Vous avez affirmé lors d’un débat organisé peu après la signature du protocole de coopération, que 50% de la ville d’Al Khader était annexée par les autorités israéliennes. Quelles sont les conséquences en termes d'approvisionnement d’eau ?

MM : Elles sont nombreuses. Les autorités israéliennes nous empêchent d’accéder aux nappes phréatiques en prétextant des raisons qui me semblent infondées ou totalement imaginaires. Parfois, ils évoquent des questions de sécurité ou de protection de l’environnement. Il arrive même que les Israéliens mettent des produits chimiques dans l’eau potable pour ne pas qu’on puisse y avoir accès. Il y a d’ailleurs un groupe qui est actif dans ce sens, il s’agit des « Chapeaux verts ». Ils occupent les terres où se trouvent les sources d’eau et attaquent aussi les agriculteurs locaux. Or, Al Khader, qui a été construite à l’origine sur deux sites, urbain et agricole, a une population qui se repose énormément sur l’apport d’eau dédiée aux terres cultivables.

Le JSD : Quel est le rôle à la fois, des autorités israéliennes et des autorités palestiniennes concernant la gestion du réseau d’eau à Al Khader ?

MM : Les accords d’Oslo (signés le 13 septembre 1993, ndlr) ont tenté d’élaborer une sorte de protocole pour la gestion de l’eau. Malheureusement, on se rend compte que c’est Israël qui a la mainmise sur la gestion de l’eau. C’est Israël qui décide de la qualité de l’eau, de la quantité d’eau à distribuer. C’est Israël qui possède toutes les stations de pompage d’eau. D’ailleurs, vous seriez étonné de savoir que la plupart de ces stations sont sur le territoire des autorités palestiniennes. Pourtant, la gestion primaire de l’eau, de son pompage à sa diffusion, en passant par sa distribution, relève entièrement d'Israël. Ce sont les accords d’Oslo qui lui ont donné ce monopole. Et ce problème-là est répandu dans tout le Moyen-Orient. Enfin, à Al Khader, il existe aussi une commission spéciale réunissant les autorités israéliennes et les autorités palestiniennes. Cette commission coordonne les opérations d’eau mais nous, citoyens d’Al Khader, nous demandons plus de droits. Al Khader est toujours en discussion avec Israël sur la question de l’eau. Voilà pourquoi nous sommes ici, à Saint-Denis. Nous avons besoin d’un projet sur la coordination et l’exploitation de l’eau. Et les habitants d’Al Khader sont même prêts à travailler pour l’élaborer.

Propos recueillis par Yslande Bossé

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