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Second confinement
/ « Les étudiants ne voient pas le bout du tunnel »

Entre l’annonce du couvre-feu, la mise en place du second confinement et les cours à distance, les étudiants apparaissent de plus en plus fragilisés, moralement et économiquement.
La bibliothèque universitaire reste ouverte et s’est adaptée aux contraintes sanitaires. © Yann Mambert
La bibliothèque universitaire reste ouverte et s’est adaptée aux contraintes sanitaires. © Yann Mambert

« Pour moi, ce confinement est plus traître car il est éreintant, en termes de rythme, on est constamment sollicité. » Hélène (1) est inscrite en Licence 3 sciences politiques à l’université Paris 8. Comme beaucoup d’étudiants – 1 étudiant sur 2 travaille au sein de la faculté selon l’Unef locale – la jeune femme a une activité salariée à temps partiel. La mise en place dès la rentrée universitaire, de cours dits en distanciel aura permis à l’étudiante d’organiser son emploi du temps. « Ma journée du mardi s’articule par exemple de 10 h à 21h. Je travaille de 10h à 18 h puis je suis mes cours à distance à partir de 18h. En général, je manque toujours les débuts. Mais je savais plus ou moins que travailler et gérer mes cours allait être compliqué. »

Hélène, qui a pu trouver à la rentrée un job de surveillante dans un établissement scolaire, a décidé de quitter sa résidence étudiante à Saint-Denis et retourner chez ses parents qui vivent dans une autre région. « J’avais envie d’être auprès de mes proches pour gérer ce second confinement. En plus, ma bourse n’est pas encore arrivée. Ça me fait loin mais je ne suis pas la seule dans ce cas, beaucoup de mes camarades sont dans la même situation. »

LIRE AUSSI : Comment l'épidémie impacte la vie quotidienne des étudiants

Pour Mona (1), 26 ans, étudiante en 3e année DU de criminologie, salariée à mi-temps à la SNCF, ce second confinement n’est pas différent du premier. « Pour les deux, j’étais dehors, je n’ai pas arrêté de travailler. Pour le premier, c’est moi qui ai demandé au chef de pouvoir continuer à venir au boulot, c’est une question de choix. » Cela fait trois ans que cette étudiante venue des Comores étudie à Paris 8. Elle vit dans une chambre de 17m2 dans une résidence située à quelques mètres de la faculté. Les cours à distance, Mona trouve qu’ils peuvent « très vite être ennuyants, bien que parfois les professeurs envoient des enregistrements. On a aussi un groupe WhatsApp en cas de questions. Ça va, à part que quand on est à la maison on trouve parfois plein de choses à faire », exprime-t-elle.

Du côté de la Plaine, Sandro (1), qui fait des études de théâtre, a « beaucoup de mal » à allier son activité professionnelle et ses études. « Je suis obligé de travailler », justifie cet étudiant étranger non boursier, qui a dû trouver deux colocataires à la rentrée afin d’arriver à payer les 627 euros de son F3. « Je suis les cours sur Zoom avec mon portable parce que je n’ai pas encore d’ordinateur. J’ai trois heures de cours d’affilée, c’est très difficile de se concentrer. »

« Pédagogiquement, le distanciel ce n’est pas le mieux »

Depuis le début de la crise sanitaire, le « démerdentiel » – terme entendu ici ou là pour caractériser les modalités d’organisation de l’enseignement supérieur face aux cours à distance – fait partie du quotidien des facultés. « La situation a été et reste difficile à toutes les échelles, que ce soit pour les administratifs, les profs, les étudiants, relate la vice-présidente d’un syndicat étudiant de Paris 8, inscrite en communication. Personnellement, dans ma filière, je trouve que le distanciel, ça aide un peu plus à s’organiser. Mais pédagogiquement, pour les étudiants ce n’est pas le mieux. Même chose pour les professeurs qui ont du mal à transmettre de cette façon les connaissances. » 

Pour la jeune femme, ce nouveau confinement joue sur le moral des étudiants. « Beaucoup ont perdu leur travail. On a eu plusieurs milliers de demandes d’aide sociale à Paris 8. Psychologiquement, certains ne voient pas le bout du tunnel.» Au niveau local, l’Unef prépare d’ici fin novembre, en partenariat avec la municipalité, l’instauration de distributions alimentaires.

Précarité et baisse de moral

Vendredi 13 novembre, vers 11 h, une longue file d’étudiants se distingue devant la station de métro Ligne 13. L’association Secours populaire 93 a organisé une distribution de colis alimentaires et kits d’hygiène à destination des étudiants de Paris 8. Initialement, l’opération aurait dû se dérouler au sein de la Maison des étudiants de l’université. « La fac nous a demandé la liste des personnes qui allaient bénéficier de l’aide mais, au Secours populaire, on ne dévoile pas l’identité des bénéficiaires », a argué Kab Niang, référent de l’antenne de Paris 8 pour le Secours populaire. On était d’accord sur tout mais le jour J, les vigiles nous ont dit qu’ils n’avaient pas reçu d’autorisation pour nous faire entrer. Ce n’est pas du tout respectueux. » La distribution a donc été improvisée à l’extérieur. « On a dû batailler pour avoir cinq pauvres tables », a exprimé Julien Villain, de l’association Le 110 et bénévole au Secours populaire.

Dans la queue, Louisa (1), 28 ans, en M2 Littérature explique que ce second confinement est plus « difficile » que le premier. L’étudiante avait pu bénéficier du chômage partiel mais aujourd’hui elle se retrouve sans emploi. « Je faisais de la garde d’enfants, je gagnais 900euros pour 18h par semaine. La maman m’a expliqué qu’elle faisait du télétravail et qu’elle voulait limiter les contacts en raison de l’épidémie. » Entre les cours à distance, le couvre-feu et ce nouveau confinement, « c’est le moral qui en prend un coup », dévoile l’étudiante. Pendant le premier confinement, 1451 colis ont été distribués aux étudiants de Paris 8 « sans compter les colis de fruits et légumes, les kits d’hygiène ou tickets-restaurants qu’on donne aussi », a détaillé Kab Niang. Au total, 220 personnes se sont inscrites pour la distribution alimentaire du vendredi 13 novembre.

Yslande Bossé

 

(1) Les prénoms ont été changés à la demande des étudiants souhaitant rester anonymes.

Réactions

Deutsche Qualität. Dés le 14 décembre 2020 il faut vaccinner les dionysien-ne-s de plus de 65 ans avec le vaccin allemand BNT162B2 ainsi que les personnes à risque et le personnel médical. Le nombre de détresses respiratoires diminuera. Cela soulagera les services de réanimation des hôpitaux. Les lieux culturels les restaurants les cafés pourront rouvrir. Les étudiant-e-s retrouveront du travail pour financer leurs études.
Bravo à l'UNEF à la Ville de Saint-Denis et au Secours Populaire 93 pour les distributions alimentaires. La Haute Autorité de Santé est située à Saint-Denis. La HAS tarde à rendre son avis définitif sur le vaccin allemand de Biontech. Chaque jour de retard dans la vaccination se traduira par des arrivées supplémentaires en détresse respiratoire aux urgences des hôpitaux franciliens. La Haute Autorité de Santé a-t-elle besoin de trois semaines pour rédiger son avis définitif sur le vaccin BNT162B2 ? Les autorités françaises freinent-elles la vaccination de la population pour aider le laboratoire SANOFI à refaire son retard sur ses concurrents Moderna et Pfizer ? Plus vite les personnes à risque et celles de plus de 65 ans seront vaccinées plus vite les difficultés économiques des étudiant-e-s diminueront et leur vie sociale pourra reprendre.
La France compte 2,7 millions étudiants (chiffre rentrée 2018, dernière statistique du ministère de l'enseignement supérieur). 20% dans le privé 80% dans le public. La France a donc besoin de 1928 psychologues universitaires (un psychologue pour 1400 étudiants). En temps normal les étudiants sont fragiles psychologiquement. Avec l'épidémie de covid-19 elles et ils sont confrontés à un cumul de facteurs de stress, sentiment d'isolement, angoisse pour leurs études et pour leur avenir, perte d'identité de groupe, précarité économique. L'État a beaucoup investi dans la vie étudiante dans les années soixante-dix et puis après plus rien. Depuis cinquante ans l'État n'investit plus dans le bien-être étudiant. Utiliser cent millions d'euros du plan de relance pour embaucher 300 psychologues universitaires et pour rénover les locaux des bureaux d'aide psychologique universitaire permettrait d'améliorer la santé mentale et le bien-être étudiants.

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