En ville

« Le temps en classe ne devrait pas dépasser 4h30 par jour »

L’instauration de la semaine de quatre jours à la rentrée 2008 pour les élèves de primaire a relancé le débat sur les rythmes scolaires. « Nos élèves en difficulté sont plus fatigués qu’avant, et donc moins réceptifs aux apprentissages », constate le SNUipp, principal syndicat des enseignants du primaire dans son « appel pour l’arrêt de l’aide personnalisée ». Décidé par le ministère de l’Éducation nationale pour compenser la suppression de l’école le samedi matin, ce dispositif devait être aménagé sur une durée de deux heures hebdomadaires, et s’ajouter à un temps de classe atteignant déjà six heures par jour.

«La journée scolaire la plus longue du monde»

« C’est une aberration. Les écoliers français subissent la journée scolaire la plus longue du monde », s’exclame le professeur Hubert Montagner, que cite en référence le SNUipp. Cet éminent spécialiste en chronobiologie était le 5 mars à l’hôtel de ville le principal intervenant d’un débat proposé par DEI-France (lire Éclairage). Sa démonstration, devant une soixantaine de personnes, est sans appel. Surtout lorsqu’il rapporte cette étude de l’Inserm, où des enfants ont été filmés en classe.

« Ne devrait pas dépasser 4h30 par jour »

Après avoir quantifié les divers signes de fatigue, bâillements, étirements, affalements sur la table, etc., « on a relevé deux moments qui se prêtent aux capacités d’attention, de 9h30 à 11h, et de 15h à 16h ». Résultats, du CP au CM2, le temps en classe « ne devrait pas dépasser 4h30 par jour », estime le professeur Montagner, pour qui cette durée est un maximum. Car les capacités d’acquisition peuvent être très amoindries chez « les enfants qui vivent une insécurité affective ». Des « strates d’insécurité affective », précisera-t-il en désignant pour indices « le comportement autocentré, d’évitement, d’agression ou de destruction, l’hyperactivité qu’on veut soigner avec la Ritaline… C’est l’enfant qui n’écoute pas ». Surtout visible « vers 9h du matin », cette insécurité est dû à un « déficit cumulé de sommeil » ou à un sentiment de culpabilité « parce que les parents sont malades, qu’ils ont un rythme de travail impossible, qu’ils vivent mal ». Elle peut aboutir en CP à une durée d’attention qui n’excède pas 20 minutes par jour, signale le Pr Montagner. « C’est encore pire avec les nouveaux programmes où le poids des matières fondamentales (français, mathématiques, ndlr) a été accru au détriment des autres formes de savoirs, biologie, arts plastiques, musique, sport, etc., qui concourent toutes au développement du cerveau. Si on avait voulu faire une école à deux vitesses, on ne s’y serait pas pris autrement ! »

« Une école qui sélectionne plus qu’elle n’éduque »

« On en revient à l’école de la IIIe République. On tirait les élites », estime Zahra Boudjemaï, des CEMEA, « mouvement national d’éducation nouvelle ». « C’est une école qui sélectionne plus qu’elle n’éduque », ajoute un représentant départemental de la FCPE, pour parler de l’angoisse des parents. « Ils en viennent à vouloir préparer leurs enfants à une compétition féroce », renchérit Frédéric Jesu, médecin et vice-président de DEI-France. Parmi les enseignants du SNUipp, non représentés ce soir-là, on parle aussi d’un « rythme de fou » imposé par les nouveaux programmes. « Trois heures de sorties » pour l’ouverture culturelle des enfants, qui n’y ont pas accès dans leur milieu familial, « c’est autant de perdu pour l’institution, qui nous demande des comptes », constate Jean Bouissonnié, responsable local du SNUipp, où l’on envisage pas un retour au samedi matin. De plus, « à Saint-Denis, parmi les collègues, dont une grande majorité habite très loin, on sent une crainte à devoir travailler le mercredi matin », rapporte-t-il au vu d’une consultation menée par le syndicat. D’après lui, dans la plupart des écoles de la ville, l’aide personnalisée « a été soit gelée, soit transformée en temps de concertation entre enseignants, ou pour rencontrer les parents ».
Marylène Lenfant

ÉCLAIRAGE

DEI-France pour les droits de l’enfant

À l’initiative de cette conférence en partenariat avec la Ville, DEI-France, section française de l’organisation non gouvernementale Défense des enfants international, est installée à Saint-Denis récemment. Présidée par Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, cette association réunit personnes physiques (éducateurs, travailleurs sociaux, juristes, etc.) et morales (fondations, associations). Sa mission, veiller à l’application de la Convention des droits de l’enfant. Entre autres tâches, elle intervient auprès des pouvoirs publics, État, collectivités locales et parlement, et s’emploie à susciter la réflexion notamment avec un cycle de conférences, « Les 4 jeudis de DEI-France ». La prochaine, en juin, avec le sociologue David Le Breton, portera sur les conduites à risques des jeunes.
M.L.

Contact Tél. : 01 48 30 81 98 Mail : contact@dei-france.org
Site : www.dei-france.org

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