À la une En ville

Le marché des mauvais élèves
/ « Le plastique, c’est plus pratique… »

Certains commerçants du marché de Saint-Denis continuent d’outrepasser l’interdiction de mise à disposition de sacs plastique jetables. Reportage.
Le 1er septembre 2014, Saint-Denis a voulu abandonner le sac plastique à usage unique. Lequel est réapparu depuis. © Yann Mambert
Le 1er septembre 2014, Saint-Denis a voulu abandonner le sac plastique à usage unique. Lequel est réapparu depuis. © Yann Mambert

« Remplis les sacs messieurs dames, remplis les sacs ! » Un dimanche à 9 h sous la halle du marché de Saint-Denis. Un commerçant de fruits et légumes, perché sur son estrade, distribue aux clients des sacs plastique, un peu à la manière des rappeurs américains qui, dans leurs clips, font glisser de leur paume des liasses de dollars. Ce marchand n’est pas le seul à proposer du plastique jetable. Pourtant, cette matière polluante a bel et bien été interdite par décret le 31 mars 2016.

LIRE AUSSI : Le marché veut en finir avec les sacs plastique

Issu de la loi en faveur de la transition écologique, il proscrit la mise à disposition des « sacs de caisse » en matière plastique à usage unique, à compter du 1er juillet de la même année, et celle des sacs destinés à emballer les fruits et légumes, à partir du 1er janvier 2017.

Selon le site du ministère de la Transition écologique et solidaire, 100 milliards de sacs plastique jetables ont été consommés cette année-là, impactant la vie de plus de 700 espèces aquatiques. Saint-Denis n’a attendu ni la publication de ces chiffres ni le vote de la loi pour jouer les bons élèves. Il y a six ans, la Ville comptait bien en finir avec le plastique.

La façade du marché couvert porte encore trace de la mobilisation passée. En effet, une grande banderole rappelle que le 1er septembre 2014, Saint-Denis avait dit « au revoir au sac plastique ». Cette période, tout le monde s’en souvient. Les commerçants avaient fait de gros efforts, privilégiant le contenant papier ou biosourcé. Les clients n’hésitaient pas à apporter cabas et autres sacs en toile. Mais cela n’aura pas duré. Sitôt la loi votée, les mauvaises habitudes sont revenues.

« Contrairement à ce que les commerçants du marché craignaient au départ, les sacs plastique réutilisables n’ont pas été interdits par la loi, explique Laurent Guisez, directeur du développement commercial à la Ville de Saint-Denis. Résultat, beaucoup ont réintroduit ce type de contenant pour faire des économies. »

Économique VS Écologique

Quid des sacs plastique à usage unique qui, eux, restent interdits ? « On les utilise quand même, admet un marchand, car les biodégradables sont trop chers et craquent super vite. »

Un peu plus loin, un autre commerçant affirme n’utiliser le plastique interdit que pour les ignames. Il remplira pourtant quelques secondes plus tard un sac plastique de bananes…

« À l’unité, le sac papier nous coûte 1 centime d’euro, c’est trop ! », se justifie-t-il. Un point de vue que partage Sofian. En déchargeant ses palettes de fruits et légumes, le commerçant précise payer 20 € pour 500 biodégradables, lorsque pour le même prix, il peut jouir de 2000 sacs plastique interdits. « Avec le loyer, les charges… Ce n’est pas qu’on ne veut pas faire d’effort, c’est qu’on ne peut pas », regrette-il. Sofian a d’autres arguments. Il explique que les sacs papier ne supportent pas plus de 3 kg de marchandises. « Or ici on est à Saint-Denis, poursuit-il, les gens achètent en plus grosse quantité. Et si on ne leur fournit pas des sacs solides avec des anses, ils nous tournent le dos. » Du côté du marchand d’olives, même constat : « On nous demande des sacs, des sacs, des sacs [plastique] ! »

LIRE AUSSI : Succès de l'opération cabas

Jusqu’à deux ans d’emprisonnement…

Et ce n’est pas Nadia qui dira le contraire. « C’est vrai que le plastique, c’est plus pratique », avoue, gênée, cette ex-Dionysienne. De son côté, Irène, une autre cliente venant de Bagneux, se sent impuissante : « On prend ce qu’on nous donne, nous. On n’est pas en position d’exiger quoi que ce soit malheureusement. » Même sentiment pour Doumbia qui tient ses bananes sous le bras. « Si à la place du plastique on m’avait donné du papier, même pour 1 centime plus cher, je l’aurais pris, réfléchit-elle. Parce que là, le sac finira à la poubelle. »

Sans surprise, Annie, maraîchère et commerçante sur le marché depuis quarante ans, a augmenté le prix de ses choux, blettes et autres poireaux pour amortir l’investissement de ses sacs papier (16 € le lot de 1 000). Un choix qu’elle ne regrette pas : « Les retours clients sont positifs. Ils réutilisent leurs sacs papier, ce qu’ils ne faisaient pas avec le plastique », a-t-elle observé. Ce qui se vérifie dans la queue de son stand.

Selon Laurent Guisez, la démarche d’Annie n’est pas forcément applicable à tout le monde. « On est sur un marché populaire ici – le plus grand d’Île-de-France avec 300 commerçants et 120 000 visiteurs hebdomadaires – les prix doivent rester attractifs », insiste-t-il. À la fin du marché, le kilo d’oranges sous plastique est bradé 1€ par certains commerçants. Imbattable, c’est sûr ! Si, en théorie, les contrevenants – qui seraient une quinzaine – risquent jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende, dans la pratique, ils ne risquent qu’une « interdiction de déballer », indique Laurent Guisez, affirmant que cela est déjà arrivé.

Toutefois, ce dernier n’a pas été en mesure de nous fournir de chiffres au moment de l’entretien. Vers 13h, sous la halle, le plastique qui jonche le sol baigne dans la glace fondue des étals à poisson. Dehors, les sacs entament leur ballet en tournoyant dans les airs. Perchés en haut des arbres ou noyés dans la fontaine place Jean-Jaurès, ils devront patienter le temps que les équipes de nettoyage les mettent à la benne, direction la broyeuse. La semaine suivante, ce cycle se répétera. Encore.

Gwénaëlle Fliti

Réactions

Quand on voit l’état de l’état du centre-ville après le marché et ce 3 fois par semaine sauf si par malheur il y a une journée braderie .. chiffon.. on a qu’une envie c’est de fuir la ville !!!! Les commerçants devraient être pénalisés et responsables de la poubelle qu’ils laissent !
16 € le lot de 1 000 sacs en papier, ça fait 1.6 centimes par sac. Alors je ne sais pas de combien "Annie" a augmenté le prix de ses "choux, blettes et autres poireaux" pour amortir, mais l'argument de Laurent Guisez sur l'attractivité des prix (on parle de facturer un sac à 2 centimes, en gros) me semble douteux. Si on considère que les sacs plastiques, leur recyclage, sont un réel problème (ils le sont !!! et pas seulement les jours de marché), on peut peut-être commencer à organiser réellement un système où les commerçants sont aidés à s'y mettre plutôt que d'afficher une interdiction qu'on ne fait pas ou mal respecter. La ville de Saint-Denis aide bien les commerçants à rénover leurs devantures...
Trop facile de dénoncer les petits commerçants , le journaliste a juste a aller voir en bas de chez lui pour écrire un article , ce qu'on ne dit pas c'est qu'a la périphérie de cette ville des mastodontes poussent comme des champignons , parfois avec aucunes autorisations , aucuns permis , sur des terres fertiles perdues a jamais , sur un marché le client consomme ce qu'il a besoin , dans une grande surface vous serez tenté de ressortir avec beaucoup plus de choses inutiles et beaucoup beaucoup plus de plastiques ...
Le marché représente sur la vie des gens au quotidien et le savoir vivre ensemble ce ne sont pas que les commerçants qui envahise le quartier de saleté mais aussi les clients ou (gens de passage) qui laisse tout par terre en toute impunité (sa doit être beau à la maison) après sachant que ces jour de marché trouvé une poubelle en digne du mission à haut risque car elle sont soit bouchon par les commerce ou déjà pleine or au vu de l'affluence ils devraient en avoir partout consternant les sacs il s'agit d'une volonté personnel de l'entreprise et du clients toute fois difficile à appliqué pour certain je le comprend mais cela fait partie intégrante du règlement (après tout le monde n'a pas l'âme ecolo) et ne si intéresse pas ou ne peut pas forcement sur le moment une personne de passage qui vien les main vide il est compliqué de la faire partir les mains chargés d'article du marché sans sacs avec anse 3 sacs trois papier sous le bras et rentre chez soi.... Bio solide existe mais coûte dans les 4 a 5 cts par sacs la facture va très vite pour le commerçants nous sommes comme tout le monde a avons des budgets et objectif à atteindre et des perspectives divergente mais je pense que les client on des yeux comme tout le monde et vont acheté la ou il estime que c'est le mode de vie qui lui ressemble est lui convient est ainsi va la vie du marché

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur