En ville

Les centres de vacances hier
/ « La première fois où j’ai vu la mer »

Bernadette, 73 ans, Dionysienne de toujours et habitante du quartier Semard, se souvient de ses nombreux étés passés dans les colonies de vacances de la Ville.
© Archives municipales Pier Redouzenel
© Archives municipales Pier Redouzenel

« J’étais la 11e et dernière enfant de la famille. Nous habitions à Pleyel. Ma mère était femme au foyer et mon père était cheminot. Autant vous dire que s’il n’y avait pas eu les colonies de la Ville je ne serais pas partie en vacances. Ma première colo c’était à Fondettes. Je devais avoir 6 ou 7 ans. On avait rendez-vous devant l’hôtel de ville. On partait en car. Tous les mômes pleuraient, mais ça ne durait pas longtemps. Ensuite on entonnait « Vas-y chauffeur ».

Je restais souvent deux mois en colonies. On ne pouvait pas téléphoner aux parents. On leur écrivait une fois par semaine et eux nous envoyaient des colis, plein de bonbons et de gâteaux, qu’il fallait partager parce que tout le monde n’en recevait pas. Je suis partie dans les centres de vacances de la Ville jusqu’à l’âge de 14 ans. Pour mes derniers séjours j’étais d’ailleurs avec la fille du maire de l’époque, Claudie Gillot. Les colonies, ce sont plein de bons souvenirs que je raconte encore aujourd’hui à ma copine Gisèle. On était des centaines de gamins ensemble dans les centres de vacances. Les dortoirs comptaient une vingtaine de lits. On apprenait la tolérance.

« Autant de rab qu’on voulait »

Des amitiés se créaient. Un jour, au moment de se dire au revoir à la fin d’un séjour à Saint-Hilaire, un garçon m’a embrassée vite fait sur la bouche et s’est aussitôt échappé. Saint-Hilaire, c’est la première fois où j’ai vu la mer. On faisait des feux de camp sur la plage, des jeux de piste, on dévalait la dune de sable avec une luge. Je ne trouvais jamais le temps long en colonie. On était tous habillés pareil, comme ça, il n’y avait pas d’histoires entre mômes. Quand on allait dans les magasins pour acheter un souvenir aux parents, les commerçants se méfiaient de nous parce que certains chapardaient. À Saint-Hilaire, on ramassait les coquillages qu’on donnait ensuite à cuisiner aux cantinières et, à Montrem, on cueillait les noix même si on n’avait pas le droit. Le problème c’est que ce n’était pas discret : on avait les doigts tachés. On mangeait bien. À table on pouvait avoir autant de rab qu’on voulait. Pour certains c’était sans doute mieux que l’ordinaire.

Nous étions réunis chaque matin et chaque soir devant le château. Et on chantait aux retardataires « Traîne, traîne, traîne donc, c’est le refrain de la limace, c’est le refrain du limaçon ». On chantait tout le temps. Les filles et les garçons étaient séparés, sauf pour quelques activités comme les jeux de piste. Dans les douches on était toutes et tous à poil. On apprenait la vie en collectivité. On faisait aussi des petites bêtises. À Montrem, quand on passait devant le cimetière, on faisait les poubelles pour récupérer les perles des crucifix de pacotille usagés et s’en faire des colliers et des bracelets. Je me souviens enfin de certaines personnes, comme le chauffeur de car André Recul qu’on taquinait toujours ou de Titine, une monitrice. Qu’est-ce qu’elle était gentille cette fille. »

Recueilli par Yann Lalande
 

Les centres de vacances aujourd'hui 

3000 Dionysiens accueillis chaque année 

Dans les années 1970, la Ville de Saint-Denis a compté jusqu’à quatorze centres de vacances qui accueillaient chaque été 2 400 enfants et adolescents. Six d’entre eux ont été cédés depuis (Carsac et Agde, dont la Ville était locataire, Saint-Étienne de Cantalès, Maché, Thiezac et La Rosière-Montvalezan, dont elle était propriétaire). 

Aujourd’hui, Saint-Denis compte huit centres. Quatre estivaux (Meriel dans l’Oise, Bussy-en-Othe dans l’Yonne, Hérysur-Ugine en Savoie, et Saint-Jean-de-Monts en Vendée) et quatre permanents (Daglan et Montrem en Dordogne, Fondettes dans l’Indreet-Loire et Saint-Hilaire-de-Riez en Vendée).

Chaque année, près de 3 000 Dionysiens fréquentent ces centres. Un millier d’élèves des écoles élémentaires à l’occasion des classes de découverte. 1 000 enfants pour les séjours vacances. Et un autre millier de visiteurs pour des initiatives des maisons de quartier, des clubs de sport, de la Maison des seniors, etc. La Ville consacre 2 millions d’euros par an au fonctionnement de ces centres (masse salariale incluse), hors entretien des bâtiments.

Objectif vacances pour tous

Les colonies de vacances ont de leur côté évolué tant dans le contenu que dans leur format. Quand les séjours d’un mois étaient encore la norme au début des années 1980, aujourd’hui la durée moyenne est de 14,5 jours (contre 9 en moyenne nationale) pour les colos de la Ville de Saint-Denis. Les 6-11 ans sont ceux qui partent le plus longtemps, 20 jours, contre 12 jours aux 4-6 ans et aux 11-16 ans. Des séjours qui répondent toujours à l’objectif de vacances pour tous avec un tarif minimum de 12 €/jour/enfant.

Ainsi, pour 60 % des familles dionysiennes qui bénéficient aussi des bons vacances de la Caisse d’allocations familiales (10 €/jour plafonnés à 14 jours), un séjour de 20 jours tout compris (voyage, hébergement, repas) revient à 100 € par enfant.

Yann Lalande

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