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Ensemble contre les violences
/ « La piqûre anti-violence n’existe pas »

Lundi 26 novembre, Laurent Mucchielli, sociologue et chercheur au CNRS, spécialiste des questions de sécurité intérieure et des phénomènes de délinquance était invité pour la première journées des Assises citoyennes contre les violences à Saint-Denis.
Lundi 26 novembre, le sociologue et chercheur au CNRS Laurent Mucchielli était à L'IUT de Saint-Denis dans le cadre des Assises citoyennes contre les violences.
Lundi 26 novembre, le sociologue et chercheur au CNRS Laurent Mucchielli était à L'IUT de Saint-Denis dans le cadre des Assises citoyennes contre les violences.

L’auteur de Criminologie et lobby sécuritaire, une controverse française a participé à un débat intitulé « Violences et délinquances » à l’IUT de la ville, situé place du 8 mai 1945. Interrogé sur l’approche des sciences sociales concernant le concept de violence, Laurent Mucchielli, qui dirige l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS) à l’université d’Aix-Marseille a expliqué qu’il était une « catégorie morale » recouvrant un « champ immense ».

Son discours au sujet de la violence chez les jeunes, objet à la fois de fantasmes, d’incompréhension et de surenchère médiatique a eu le mérite d’éclaircir un point essentiel : « Il faut sortir du discours décadentiste qui dit que ‘’c’est toujours de pire en pire’’, concernant les jeunes et la violence. » Si le problème lié au discours sur l’insécurité réside en partie dans ce type de préjugés, très présent dans l’opinion commune, il est aussi à chercher du côté de la sphère politique et médiatique. « On passe notre temps à faire des faits divers des faits de société ».

Interpellé sur la mort de Luigi, l’adolescent de 16 ans, tué dans une fusillade en septembre, le sociologue a avancé que la mort « d’un jeune dans une rixe n’est pas nouveau ». Et d’insister sur le point suivant : « Ce ne sont pas les jeunes qui changent, c’est la communauté des adultes qui est devenue plus faible ». Laurent Mucchielli a donné l’exemple des violences à l’école qui sont aujourd’hui non pas traitées en interne mais de plus en plus externalisées par l’institution. « Pour régler les problèmes de violence, l’école a recours à l’exclusion ». Dès lors, de quelle manière les adultes peuvent-ils renouer le lien avec ces jeunes embarqués dans des phénomènes de délinquance ? « La piqure anti-violence n’existe pasIl faut renforcer la solidarité entre adultes et jeunes » mais aussi« réarmer symboliquement les adultes pour qu’ils contrôlent mieux les gamins » a t-il répliqué. 


« L’information : la clé de tous les métiers de police »

Dans l’amphithéâtre, le public - une petite affluence d'une dizaine de personnes d'autant plus regrettable compte tenu de la richesse et de l’importance du débat - a réagi avec intérêt. Notamment, lorsque le sociologue a donné son point de vue sur les relations entre jeunes et policiers, en particulier dans les banlieues. Laurent Mucchielli, qui a vécu 20 ans en région parisienne n’a pas particulièrement travaillé sur la Seine-Saint-Denis. Mais il connait bien les quartiers de Marseille, où il a étudié entre autres, les phénomènes de délinquance et de trafic de drogue.

Pour lui, les raisons du fossé entre policiers et jeunes est à chercher des deux côtés. Certains jeunes pensent à tort a avancé le sociologue que tous les policiers sont racistes. En parallèle, il arrive que des policiers en fonction confondent des médiateurs de quartiers avec des délinquants, « parce qu’ils sont noirs et arabes ». Autres problèmes pointés du doigt par le sociologue : la jeunesse des agents de police. Ils sont presque systématiquement envoyés sur des terrains qu’ils ne connaissent pas. Or, « une des armes du policier, c’est sa connaissance du territoire et de la population. L’information est la clé de tous les métiers de police ». Enfin, dans une anecdote assez parlante, le spécialiste des questions de sécurité intérieure a révélé les freins de la tradition française à propos des relations entre police et population en générale.

« A Amsterdam lorsqu’un nouveau policier arrive au commissariat de la ville, qu’est-ce qui se passe ? La mairie locale de quartier informe les habitants en mettant dans toutes les boites aux lettres une feuille contenant les coordonnées du policier ainsi que sa photo et son numéro de téléphone. En France, cela est impensable ».

La maire adjoint aux solidarités Jaklin Pavila, présente durant le débat a rappelé que la Ville faisait en sorte que les policiers « rencontrent des élus, visitent la ville et ses quartiers » sans aller jusqu’à dévoiler les coordonnées des agents. La ville, qui n’a pas été retenue pour expérimenter la Police de sécurité du quotidien (PSQ) et qui va voir arriver un renfort de 20 policiers durant les fêtes de fin d’année, est en effet particulièrement concernée par cette question. 


« On a fabriqué le narcobanditisme le plus puissant de l’Histoire »

Impossible de ne pas aborder lors de l’échange les problèmes de trafic de drogue qui existent à Saint-Denis. Alors que le Sénat a voté en octobre l’instauration d’une amende forfaitaire de 200 euros pour usage de stupéfiants, la question de la légalisation du cannabis en particulier, revient sur le devant de la scène politique. Pour Laurent Mucchielli, « la prohibition n’a jamais réglé aucun problème. On a au contraire fabriqué le narcobanditisme le plus puissant de l’Histoire ». Le débat doit porter selon lui sur la manière de règlementer ce stupéfiant et sur comment « penser un plan social pour toutes les petites mains du trafic ».

Laurent Mucchielli, qui a dernièrement écrit l’ouvrage, Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la… vidéosurveillance  a en dernier lieu critiqué l’usage de ce dispositif par les municipalités. Le sociologue a expliqué que les villes friandes de ces dispositifs ne sont pas forcément gagnantes sur le plan sécurité et que cela avait un coût. D’ailleurs, « certains élus en mettent parce qu’ils ont la pression et veulent qu’on leur fiche la paix ».  

L’échange, riche en réflexions et en partage de points de vue aura duré deux heures. Vendredi 30 novembre et samedi 1er décembre, les débats de ces Assises citoyennes contre les violences se tiendront à la Bourse du travail avec notamment des rendez-vous autour des violences faites aux femmes ou encore la lutte contre les violences aux abords de l’école. Laurent Russier, maire de Saint-Denis participera au débat intitulé « Sécurité, justice, quelle égalité républicaine pour notre territoire », en présence entre autres du député Stéphane Peu et de Katia Dubreuil, présidente du syndicat de la magistrature. 

Yslande Bossé 

Réactions

J'adore cette phrase "En parallèle, il arrive que des policiers en fonction confondent des médiateurs de quartiers avec des délinquants, « parce qu’ils sont noirs et arabes ». " Peut-on oser dire que peut-être aussi la politique des grands frères est un échec ? Que certains médiateurs / grands frères sont effectivement des délinquants ou du moins l'ont été ? Alors oui ils sont aussi noirs et arabes, ce qui est normal, représentatif de notre population mais ce n'est pas nécessairement ce qui les fait passer pour des délinquants mais plutôt leur comportement ou leur façon de parler. Et pour certains "repentis", on n'a que leur parole... la police a plus d'infos.

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