En ville

INTERVIEW Charles Sirot
/ « L’urgence climatique, un enjeu solidaire et social »

Dionysien depuis deux ans, ce conseiller en transition écologique pour les entreprises a lancé il y a quelques semaines l’appel « Déclarer l’urgence climatique à Saint-Denis » (1) afin d’alerter la population mais en premier lieu, les candidats aux élections municipales sur l’enjeu du défi climatique.
© Yslande Bossé
© Yslande Bossé

LE JSD : Pourquoi avoir lancé l’appel « Déclarer l’urgence climatique à Saint-Denis » en cette période électorale ?

CHARLES SIROT : Parce qu’il y a urgence. Et même si cette urgence climatique est compliquée à expliquer il faut le faire. Les périodes électorales, c’est parfait pour alerter la population car c’est le moment où les gens commencent à s’intéresser à la politique. De plus, le mandat du maire est très important. C’est le maire qui indirectement va avoir la main sur 10% des émissions directs de gaz à effet de serre avec son portefeuille et son budget. Du fait de sa politique urbaine, sa politique d’aménagement, sa politique d’éducation, il aura aussi la main jusqu’à 50% des émissions de sa commune. C’est l’Ademe (2) qui le dit. Le maire est vraiment une pièce maîtresse dans ce sujet de l’urgence climatique. Si je lance cet appel, c’est aussi et surtout pour une raison solidaire et sociale. Les gens ont trop tendance à dire que l’écologie est destinée aux riches, aux bobos. Il faut arrêter ce discours de déni. L’urgence climatique est aussi bien sociale qu’écologique.

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LE JSD : Vous dites vouloir : « Donner un avis argumenté sur les propositions des listes afin d’influencer positivement la campagne ». Avez-vous parlé aux candidats ?

C.S : J’ai vu plusieurs candidats. L’idée est de tous les rencontrer, m’assurer qu’ils connaissent le sujet, les aider, les influencer, leur donner des propositions concrètes qui viennent de trois sources : le pacte de la transition écologique, le Shift Project (3) et l’Ademe. Les propositions peuvent être par exemple : placer le 1er adjoint en charge de la transition écologique ou dire qu’il y aura pour chaque mesure du conseil municipal, une mesure d’impact carbone pour vraiment s’assurer qu’on ne va pas dans la mauvaise direction. L’écologie, c’est un peu la tarte à la crème en ce moment, il faut mettre un peu de sérieux dans ce discours pour ne pas que ce soit seulement des « rustines vertes » que l’on mette à gauche et à droite.

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LE JSD : Quelles sont les trois mesures que vous conseilleriez au prochain maire élu de Saint-Denis au sujet de l’urgence climatique ?

C.S : D’abord, une mesure d’éducation. C’est le devoir du prochain maire de former, d’éduquer, sensibiliser l’ensemble des Dionysiens sans être culpabilisant. Ensuite, je suggérerais de mesurer l’impact carbone de chaque aménagement de transport et de multiplier par six la mobilité par le vélo. Enfin, la troisième mesure serait de diviser par deux la consommation énergétique des bâtiments. C’est-à-dire, isoler à fond, mettre en place des contrats de performance énergétique, impliquer l’ensemble des gens qui vivent dans les bâtiments. Prenons l’exemple de l’école. Il faut impliquer les professeurs, les enfants pour que ce soit collectif et populaire. Il faudrait que toutes les économies faites soient redistribuées pour le social, afin de montrer aux gens que tout est lié.

LE JSD : Comment faire comprendre à l’ensemble des habitants cet appel à l’urgence climatique ? Car, comme vous le dites, ce n’est pas un discours facile ?

C.S :  Forcer les gens, ça ne marche pas. Les contraindre non plus. Culpabiliser, ça ne fonctionne pas. Ce qu’il faut c’est inspirer. Cela marche beaucoup mieux. Comment inspirer ? On a besoin de leaders, typiquement, les politiques, les candidats doivent être des leaders inspirants. Ils doivent montrer le chemin, ils doivent vivre cette transition. On ne peut pas avoir quelqu’un qui tient un certain discours et qui fasse l’inverse. Cela ne marche plus. On a besoin que ces leaders politiques de Saint-Denis prennent cette transition climatique non pas au niveau de leur tête mais au niveau de leur cœur, qu’ils la vivent vraiment. Comme cela, ils vont être heureux de la faire. Ce ne sera plus une contrainte. Car, il est important d’expliquer que la transition est quelque chose qui va apporter du bonheur aux gens. A Saint-Denis, on a une population éclatée, paupérisée, qui vient de tous les pays du monde. Cette ville est un melting pot incroyable ! Aujourd’hui, dans notre société, au-delà de Saint-Denis, en France, on a une vision du bonheur qui est déjà très culturelle. L’idée est que si on change cette vision du bonheur - avoir une grosse voiture, une grosse maison, des vacances et plein d’argent - on peut avancer.

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Propos recueillis par Yslande Bossé

  1. L’appel a recueilli une centaine de signatures selon l’intéressé. https://charlessirot.wixsite.com/monsite
  2. L’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
  3. The Shift Project est un think tank qui élabore des idées sur la question de la transition énergétique en France et en Europe

Réactions

C'est une bonne surprise de lire l'article de Mr.Sirot car oui , il y a urgence ! - la crise actuelle comporte des aspects économique, sociaux, environnementaux, géopolitiques et idéologiques qui interagissent et se renforcent entre eux ;- renforçant le problème climatique- ce moment de conjonction de crises, énergétique, financière, alimentaire et de l'eau bientôt.....nous exhorte à nous unir et à transformer le système social et économique qui de toute façon devra être transformé sur la base de la sobriété énergétique