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Avenue Wilson – Porte de La Chapelle
/ « L’après » évacuation des campements pose question

Jeudi 7 novembre, la Préfecture de police de Paris a fait évacuer 1 611 personnes des campements situés aux abords du périphérique parisien au niveau de la Porte de la Chapelle et de l’avenue du Président Wilson. Elles ont été conduites dans des gymnases et des centres d’accueil de la région Ile-de-France.
438 migrants sont montés dans les cars sur le secteur avenue Wilson. © Yslande Bossé
438 migrants sont montés dans les cars sur le secteur avenue Wilson. © Yslande Bossé

Une opération de « mise à l’abri » d’un genre inédit. Jeudi 7 novembre dès l’aube, la Préfecture de police de Paris a procédé à l’évacuation des deux campements de migrants situés Porte de la Chapelle et le long de l’avenue du président Wilson « entre les numéros 32 et 144 sur la dalle de couverture de l’autoroute A1 », indique l’arrêté du préfet de police Didier Lallement. Au total, 1 611 personnes dont 296 familles sont montées dans des cars qui les ont emmenés vers des gymnases et des centres d’hébergement en Ile-de-France. Pour cette 59e opération de « mise à l’abri » organisée dans la capitale depuis 2015, 600 policiers et CRS ont été mobilisés.

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Dès 5h du matin, les lignes de bus 302, 153 et 350 en direction de la Porte de la Chapelle ont été détournées et la circulation bloquée pendant des heures sur le périphérique nord. « C'est la première fois que ça se passe comme ça et que ça commence aussi tôt. La Préfecture a même prévenu l’école du Petit Caillou à côté. Cette évacuation c’est en même temps une opération de communication », a fait savoir Jean-Jacques Clément, membre de longue date du collectif Solidarité Migrants Wilson présent sur place lors de l’opération.

« Tout se déroule dans le calme, il y a cet important dispositif policier pour éviter les bousculades. Le nettoyage de l’avenue Wilson a déjà commencé. Les gens amènent des affaires avec eux. Ce qui restera sera ramassé et détruit », a expliqué la sous-préfète de Saint-Denis, Nicole Isnard. Au total sur les 700 à 800 exilés qui ont trouvé refuge sur les terre-pleins de l’avenue Wilson et dans les squares de jeux pour enfants, 438 ont été évacuées selon des chiffres de la Préfecture.

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Tentes jetées

Sous la pluie, les bénévoles des associations venant en aide aux personnes migrantes - Utopia 56, Solidarité Migrants Wilson ou Paris Ground Refugee – sont présents pour s’assurer que tout se passe bien et pour récupérer couvertures, tentes et autres équipements laissés par les migrants. « On en avait entassé six comme ça, les CRS ont tout jeté », assure un bénévole en désignant un grand sac plastique jaune remplis d’affaires. « Ce sont des dons privés. C'est problématique de ne pas pouvoir récupérer quoi que ce soit », ajoute une autre bénévole d’Utopia 56.

L’association citoyenne a dénoncé cette situation dans un communiqué ainsi que « l’absence de communication en amont de cette évacuation. « On n’a eu aucune communication préalable de la Préfecture à part un placardage d'arrêtés préfectoraux », a détaillé Victor. La veille, Utopia 56 a fait le tour des campements pour prévenir les réfugiés d’une évacuation imminente. « Il y avait une équipe Porte de la Chapelle où se trouvaient surtout des personnes vulnérables, c’est-à-dire des femmes avec enfants et une autre avenue Wilson, qui comprenait en majorité des hommes, majeurs isolés », continue Victor.

Pilotée par la préfecture de police de Paris et la préfecture de région, l’opération a été décidée dans un contexte de réforme des politiques migratoires et des conditions d’accueil des étrangers en France. A Porte de la Chapelle et sur l’avenue Wilson, un important dispositif de sécurité a été mis en place pour empêcher toute réinstallation des campements : « patrouilles dynamiques », « contrôle d’identité des personnes qui tenteraient de s’installer ».

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« Situation intenable »

Pour la municipalité, la situation avenue du Président Wilson était devenue « intenable ». Il y a quelques semaines, près de l’église de la Plaine et à quelques mètres des campements de migrants, le maire, Laurent Russier organisait une conférence de presse pour dénoncer la situation humanitaire « catastrophique » dans le nord est parisien et demandé une opération de « mise à l’abri ». Aujourd’hui, la mairie a « obtenu de la Préfecture une présence importante de la police nationale sur place » et a également « décidé de prendre des mesures d’aménagements temporaires ». Tout le périmètre où se trouvait auparavant les tentes des exilés a été grillagé. La Ville a également proposé« aux services de l’État l’ouverture à Saint-Denis d’un lieu d’hébergement durant la période hivernale ». 

Dans le quartier, la cohabitation entre les riverains et les exilés était devenue difficile. Mardi 5 novembre, lors d’une réunion à laquelle a participé une soixantaine de résidents, le ton était monté au sujet des personnes migrantes. En cause : un tract dont le logo représente un poing, fait par un groupe « d’habitants en colère » et appelant à une opération « coup de poing » ainsi que « l’évacuation immédiate des campements du terre-plein de l’avenue Wilson ».

Campements évacués : jusqu’à quand ?

Les réactions politiques n’ont pas tardé suite à l’opération de « mise à l’abri » de ce jeudi 7 novembre. Dans un billet disponible sur son site internet, Mathieu Hanotin (PS) tête de liste Notre Saint-Denis pour les élections municipales de 2020 a jugé la récente évacuation « nécessaire ». « Tous les départements doivent en effet participer à la solidarité avec les migrants » a assuré le politique. Mathieu Hanotin a également adressé un message au maire, Laurent Russier au sujet de la situation à la Plaine. « Il lui incombe désormais de veiller à ce qu’aucun autre campement ne vienne remplacer celui qui a été évacué tout en garantissant aux riverains l’usage des équipements publics et notamment des jeux pour enfants ». 

Dans un communiqué de presse titré « Pour un accueil digne des migrants », Faire Saint Denis en commun, dont la tête de liste pour mars 2020 est l’actuel adjoint au maire Bally Bagayoko (REVE-Insoumis) a estimé qu’il était « inacceptable que l’État ne soit pas intervenu plus tôt » tout en soulignant le « risque » de reformation des campements « dans l’indifférence la plus totale lorsque les caméras seront parties ». Faire Saint-Denis en commun a aussi appelé à « une solution pérenne d’accueil » pour les « migrants délogés ».

Sur une chaîne d’info en continu, Philippe Caro, conseiller municipal et membre du Collectif Solidarité Migrants Wilson a expliqué qu’il « fallait faire quelque chose mais malheureusement c’est une répétition de choses qu’on a déjà vues. L’hiver dernier, il y a eu le même genre d’opérations mais en trois, quatre semaines ».
 

Yslande Bossé

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