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Yvan Loiseau
/ « Je considère les gens comme un trésor »

Le JSD lui avait tiré le portrait il y a un an alors que débutait tout juste son projet Salade de racines, aujourd’hui achevé. Yvan Loiseau, jeune artiste photographe autodidacte, publiera prochainement un livre-photo retraçant cette aventure aux éditions La Tête Ailleurs et inaugurera le 17 mai au théâtre Mains d’Œuvres (Saint-Ouen) une exposition.

Le JSD : Parlez-nous de la genèse du projet ? Où prend-il racine justement ?

Yvan Loiseau : Ces dernières années, j’ai beaucoup voyagé. Il y a quatre ans je suis allé en Amérique du Sud, en Europe, puis je suis parti à Madagascar à la rencontre de populations autochtones. Durant ces voyages, j’ai rencontré beaucoup de monde. Lors de mon périple en Amérique latine, je m’invitais chez les gens et en échange j’achetais de quoi leur faire un repas et je cuisinais le soir pour eux. Cela a engendré des rencontres formidables, j’ai noué de vrais liens d’amitié avec ces personnes. Des années plus tard, cela a nourri ma réflexion. En 2017, dans le cadre d’un appel à projets de In Seine Saint-Denis, j’ai proposé à l’organisme de partir à la rencontre d’habitants du département. Je voulais reproduire les sensations et les émotions vécues dans mes voyages car je considère les gens qui nous entourent comme un trésor. Et d’avril à juin 2018, je suis allé les voir dans la rue, je leur posais des questions sur leur vie et ensuite je les prenais en photo dehors ou chez eux s’ils m’invitaient. Je leur préparais à manger. J’ai pu rencontrer près de 1 500 personnes dans la rue. Une soixantaine m’ont invité.

Le JSD : Quel est le point commun entre toutes ces personnes rencontrées dans le 93, en Amérique du Sud et à Madagascar ?

YL :Je crois que tous partagent l’envie de raconter leur histoire. Le problème quand on croise quelqu’un dans la rue, c’est que l’on se projette toujours sur la vie de cette personne. C’est automatique, cela nous arrive tous les jours. Je voulais rompre avec ça. Cela rejoint ce que Truffaut disait, « la vie à plus d’imagination que nous ».

Le JSD : Salade de racines va prendre la forme d’un livre-photo.

YL :Oui. Mon premier livre, Méditation acidulée, c’était des photos accompagnées de haikus. Mon second, La clarté du désordre, regroupait des textes et 56 clichés, et pour celui-ci il y aura le double de textes avec 61 images. Il y a une cagnotte pour financer l’ouvrage sur le site proarti. On arrive à 90% de l’objectif.

Le JSD : Vous avez été épaulé par la maison d’édition dionysienne La Tête Ailleurs de Luna Granada.

YL : Cela a été une chouette rencontre. Luna m’a fait part de sa sensibilité artistique, j’ai senti que c’était une personne sincère. Je n’avais jamais fait de livre avec une maison d’édition, qui plus est dionysienne ! Je me suis dit que ça faisait sens. Par rapport à son nom aussi. J’ai la tête bien ancrée ici mais elle a envie d’aller trouver des pistes, des interstices, des sillons ailleurs…

Le JSD : Salade de racines, c’est aussi une exposition à Mains d’Œuvres du 17 au 31 mai, votre première exposition personnelle.

YL : Oui, elle vient ponctuer trois ans de résidence à Mains d’Œuvres. Il y a dix jours de co-construction avant le vernissage. Une période durant laquelle tous ceux qui veulent pourront venir m’aider à construire une maison, créer un vrai lieu de vie. Cette exposition est à imaginer. Les gens pourront dormir sur place, manger aussi. C’est une réflexion autour de l’hospitalité et de comment l’accueil peut être une composante d’une œuvre d’art, car je considère que nos rencontres sont un élément créatif. Ce qui m’intéresse c’est de rendre plus poreux le monde de l’art et celui de la vie quotidienne.

Le JSD : Vous êtes photographe autodidacte. Quel est votre rapport avec la photographie ? Comment envisagez-vous ce medium aujourd’hui ?

YL : Mes parents travaillaient en argentique. À l’adolescence, je me suis rendu compte qu’il y avait un truc à faire avec la photo. Je me disais que j’aimais bien raconter des histoires avec cet outil, poser un regard humaniste. Je me suis servi de la photographie car je me disais que j’étais incapable d’écrire ces histoires à cause de ma dyslexie. Mes voyages et des rencontres avec des professionnels m’ont beaucoup aidé aussi. Très récemment, j’ai commencé à travailler avec l’agence de photoreporters Hans Lucas. Je réapprends le métier, je côtoie de grands reporters, mais aujourd’hui je vis principalement du théâtre. La photo de presse m’intéresse mais je ne souhaite pas non plus en faire mon activité principale. Je reste intermittent du spectacle.  

Le JSD : Après l’exposition et le livre, vous développez le projet Salade de racines avec des ateliers cuisine et photo. Racontez-nous.  

YL : En juin, je vais organiser avec Luna Granada deux banquets festifs à la Plaine et en centre-Ville. Ils permettront que les habitants de ces deux quartiers s’invitent et se rencontrent autour de la table. Ils pourront récupérer les clichés qu’ils auront pris durant les ateliers que j’anime en ce moment et jusqu’en juin. Dans ces ateliers, je leur demande d’aller dans la rue et d’aller à la rencontre des gens qu’ils croisent au hasard. Et ensuite, de les photographier. La dernière semaine avant le banquet, nous nous concentrerons sur la cuisine en les sensibilisant à la récupération. Nous irons récupérer de la marchandise au marché et nous concocterons un repas avec.

Maxime Longuet

 

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