En ville

« Il était une fois les migrations à Saint-Denis »

Samedi 27 mars, salle de la Légion d’honneur, des Dionysiens venus du Maghreb, d’Espagne, d’Afrique, d’Asie… et de Bretagne vont parler de leurs racines culturelles. Le <i>JSD</i> a rencontré trois intervenants pour lancer le débat.

Saïd Karamani, 68 ans, coordinateur de l’Association
Solidarité Amitié Français Immigrés (ASAFI)
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« La double culture est une richesse »

« Je suis arrivé en France en 2003. C’était un choix de vie strictement personnel. Jusque-là ma vie était en Kabylie?; la préoccupation de l’immigré, je la vivais là-bas. Les départs d’amis ou de famille, les retours pour les vacances ou définitifs, les cadeaux, les journées de fête, les souvenirs. Je me suis fondu très naturellement en France car j’avais l’outil qu’il faut?: la langue. J’ai régularisé ma situation, j’ai trouvé un emploi, un logement. Ma culture, je la vis comme un héritage. Un héritage que j’essaye de transmettre, un travail de mémoire. La double culture est une richesse. Aujourd’hui, plus on a de culture, plus on s’approche de l’universalité. C’est une chance incroyable. Le patrimoine ne doit pas avoir de limites.

Provoquer un débat sur l’identité nationale, c’est démarrer à partir de préjugés. Parler de l’Islam, du voile, de nationalisme à travers la défense de “certaines valeurs” n’est pas la bonne façon de le poser. La citoyenneté, c’est avant tout une implication. On peut vivre tranquillement sa spiritualité dans le respect de l’autre et donc défendre la laïcité. Il ne faut pas confondre statut de croyant et citoyenneté. Ce n’est pas parce que l’on porte un voile ou que l’on mange halal que l’on ne partage pas la culture d’un pays. C’est étrange ce mécanisme de défense par rapport à l’autre culture. L’échange, le partage sont pourtant indispensables. »

Gérard Réquigny, 59 ans, enseignant au lycée Paul-Éluard et membre de l’Amicale des Bretons de la région parisienne.

« Le sentiment d’être Breton apporte quelque chose de plus »

« Je suis né en région parisienne et y ai toujours vécu. Je suis un Breton de la troisième génération. La première immigration bretonne à Saint-Denis est intervenue dans les années 1850. Ils sont arrivés en quête d’un emploi et beaucoup ont travaillé comme journaliers aux usines de gaz. Les Bretons ont joué un rôle important dans le développement de la ville. Des quartiers bretons ont longtemps existé, à côté de la gare ou à Pleyel. Très vite, il y a eu un besoin de se rassembler et de faire venir sa famille. Un regroupement familial en quelque sorte.

Pour tous ces immigrés, le déracinement était important. C’est pour cela qu’il fallait continuer à faire vivre sa culture, de la transmettre aux générations suivantes. Ceci était facilité par la proximité géographique et les déplacements réguliers vers la Bretagne lors de vacances, etc. Et puis il y avait, et ça existe toujours, l’organisation de fêtes populaires ouvertes à tous. Jusque dans les années 1990, l’Amicale des Bretons de la région parisienne organisait une grande fête, un fest-deiz. Aujourd’hui, il y a le fest-noz annuel qui a lieu à Saint-Denis le 3 avril prochain. On organise également des manifestations culturelles. Le sentiment d’être breton apporte quelque chose de plus, de difficile à définir où se mêlent le poids d’un héritage et un sentiment d’appartenance et de respect pour cette culture. »

Ravishankar Muruganathapillai, 28 ans, directeur de l’Association initiative santé et développement. Membre de l’Association des Tamouls de France.

« Nous n’avons plus de territoire, notre culture est notre seul trésor »

« Je suis arrivé à L’Île-Saint-Denis en 1986, à 4 ans. Ma famille fuyait la guerre et l’oppression dont est victime le peuple tamoul au Sri Lanka. Cette oppression continue encore aujourd’hui. Elle fait encore beaucoup de victimes et on détruit tout ce qui se rattache à la culture ou la langue tamoules. Nous sommes dépositaires de notre culture, de notre langue. Nos parents nous les ont transmises et nous devons en faire autant. Nous n’avons plus de territoire, notre seul trésor est notre culture. On doit la préserver, la faire connaître au plus grand nombre.

C’est pour cela que les associations tamoules sont aussi actives et participent régulièrement à tous les festivals de musique ou de danse. Elles jouent également un rôle social, d’entraide (démarches administratives, cours de langue, traduction…). Ce n’est en rien du communautarisme, la plupart d’entre nous possédons la double culture. À Saint-Denis où tant de nationalités cohabitent, il y a cette notion d’échange, d’interculturalité. J’ai la chance d’avoir une double culture, de pouvoir dépasser des frontières grâce à la culture, c’est réellement très enrichissant. »

Recueilli par Étienne Labrunie

Demandez le programme

Samedi 27 mars, salle de la Légion d’honneur
10?h?: mot de bienvenue de Didier Paillard et de Jaklin Pavilla (adjointe au maire).
10?h?15?: « Il était une fois les migrations à Saint-Denis » (témoignages et débat).
12?h?30?: les mémoires s’échangent à table (repas préparé par les associations partenaires au prix de 5 euros). 14?h?30?: « Les migrations en héritage » (débat). 17?h?: Musiques et danses (par les associations partenaires).