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La question de la semaine
/ « Faut-il une mutuelle municipale ? »

Le JSD a posé la question à différentes têtes de liste aux municipales des 15 et 22 mars.
L'objectif d'une mutuelle municipale est d'améliorer l'accès aux soins aux personnes ne disposant pas de complémentaire santé.  © Yann Mambert (Archives)
L'objectif d'une mutuelle municipale est d'améliorer l'accès aux soins aux personnes ne disposant pas de complémentaire santé. © Yann Mambert (Archives)

Les mutuelles dites communales ont le vent en poupe. Des initiatives de la sorte se développent à grand train depuis 2013 et on peut aujourd’hui compter plus de 17 000 communes ayant mis en place ce genre de système.

Le principe d’une mutuelle municipale est de regrouper les habitants qui le veulent afin de négocier en groupe des conditions tarifaires intéressantes auprès des mutuelles. Objectif : améliorer l’accès aux soins en permettant à des personnes sans complémentaire santé d’en acquérir une à moindres frais.

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La mesure cible principalement les chômeurs (1), les employés précaires, les retraités et les étudiants qui ne bénéficient pas de la complémentaire santé solidaire (CSS). La CSS remplace depuis le 1er novembre 2019 la couverture universelle maladie complémentaire (CMU-C) et l’aide à la complémentaire santé (ACS). Mais la mutuelle de ville est également accessible à tous ceux qui le souhaitent.

Dans une enquête publiée mercredi 12 février, l’UFC-Que Choisir dénonce une flambée des tarifs des complémentaires santé en 2020. Elle pointe une « inflation médiane de 5 % » et critique des écarts de tarifs béants entre professionnels bien qu’ils « connaissent le même environnement ». Des révélations qui devraient offrir un terreau favorable au développement d’initiatives locales.

Si la majeure partie des communes ayant mis en place un tel dispositif sont rurales ou de faibles tailles, l’idée a également commencé à prendre du terrain en Seine-Saint-Denis. Les villes d’Épinay, Drancy, Bondy et Montreuil proposent notamment une mutuelle communale. Montreuil, en contrat avec Solimut depuis septembre 2018, est ainsi devenue la première ville de plus de 100 000 habitants à le faire. Plus d’un an après sa mise en place, Pierre Manuellan, médecin et directeur de la Santé de Montreuil, s’estime satisfait de cette mise en place. « Plus de 30% des habitants de la Ville n’avaient pas de complémentaire, détaille-t-il. Nous avons constaté au bout d’un an que plus de la moitié des adhérents sont des personnes qui n’avaient pas de mutuelle. »
 

« 45% des Dionysiens n’ont pas de complémentaire santé »

Appelée « mutuelle de ville », la mesure fait partie du « bouclier santé » que propose Laurent Russier (PCF), tête de liste Vivons Saint-Denis en grand. « Selon les chiffres de la CPAM, 45% des Dionysiens n’ont pas de complémentaire santé, révèle l’actuel maire. C’est une mesure qui ne coûtera à la Ville que le temps de travail », précise-t-il. L’objectif est donc de trouver auprès des différentes complémentaires le meilleur rapport qualité prix et de« retravailler » les tarifs chaque année pour éviter leur inflation.

Bally Bagayoko (LFI), actuel maire adjoint aux sports et tête de liste Faire Saint-Denis en commun, juge, lui, cette disposition « intéressante à titre expérimental. On essaie par-là de revenir aux fondamentaux mutualistes », détaille celui qui n’a cependant pas retenu cette proposition. « Nous faisons d’autres propositions complémentaires qui ne s’opposent pas à cette idée », ajoute-t-il.

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Mesure pertinente ou effet d’annonce ?

Pour Houari Guermat (centre droit) tête de liste Saint-Denis autrement, l’idée n’est pas nouvelle. « Nous l’avions proposée en 2014 », se targue le commerçant. « C’est la mesure la plus rapide et la plus simple à mettre en place, estime-t-il. Et ça arrangerait beaucoup de Dionysiens ! »

La liste Changeons Saint-Denis avec à sa tête Alexandre Aïdara dit « partager la position du maire » sur cette question. Le candidat investi par la République en marche pense cependant fonder une association mandatée par la mairie qui regrouperait tous les habitants intéressés. Les tarifs seraient ainsi négociés auprès des complémentaires par l’association. Elle ferait alors l’intermédiaire avec les Dionysiens qui n’auraient donc plus qu’à cotiser auprès de l’association.

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Philippe Julien, tête de liste Lutte Ouvrière se dit favorable, rappelant que ce sont « les ouvriers qui ont inventé les mutuelles en cotisant entre eux ». Pour Mathieu Hanotin, tête de liste Notre Saint-Denis, le dispositif relève plutôt « d’un effet d’annonce que d’une vraie mesure pour aider les habitants ».

Le candidat socialiste s’interroge sur l’utilité d’une mutuelle de ville. « Je ne vois pas comment la Ville arriverait à obtenir un prix compétitif. Une mutuelle communale concernerait trop peu de gens pour être intéressante, à moins d’investir de l’argent public pour faire baisser le prix du contrat, estime-t-il. On n’est pas sur une mesure qui aura une portée pour résoudre les problèmes de santé de Dionysiens », ajoute l’ancien député.

« C’est la vraie protection sociale qui ne joue pas pleinement son rôle », estime quant à elle Cathy Billard, tête de liste du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Développer un tel dispositif revient pour la professeure à mettre « un pansement local sur ce qui ne va pas au niveau national ». Opinion que partage Damien Martineau, tête de liste de l’Union populaire républicaine (UPR). Celui qui se dit « contre le système assurantiel et banquier qui nous bouffe » juge intéressant de s’aider mutuellement, mais ne souhaite pas « aller faire appel aux entreprises dont le fric sert à financer des yachts ».

Olivia Kouassi

(1) Une personne au chômage peut bénéficier de la mutuelle de son ancienne entreprise jusqu’à un an après son licenciement.

Réactions

@lejsd , avez-vous vérifié le chiffre de 45 % de Dionysiens non couverts par une mutuelle ? Sachant que le CLS 3 (contrat local de santé) signé fin 2019 par la Ville ne reprend pas du tout ce chiffre mais évoque les 26% de Dionysiens sous AME / CMU-C / ACS (les 2 derniers étant désormais globalisés dans la nouvelle CSS). Merci
Bonjour, je suis toujours en attente d'une réponse de la part de la CPAM. Le chiffre évoqué n'inclut pas les personnes qui touchent la CSS ou l'AME.
Je demeure dubitatif ! Pourquoi une mutuelle municipale qui couvrirait au maximum 20.000 affiliés (sûrement beaucoup moins)... pourrait avoir des tarifs plus attractifs que des mutuelles qui couvrent des millions de personnes ? ... sauf à penser que ces mutuelles s'en mettent plein les poches ... à approfondir.
@mourad : l'intérêt de ces mutuelles municipales est de négocier des tarifs de groupe et de meilleures conditions de remboursement, un peu comme les entreprises. La municipalité ne dépensera rien, à part le temps de négociation avec les mutuelles
Merci Olivia Kouassi pour les recherches car c'est important pour bien mesurer l'impact de cette proposition. Un article récent du Parisien chiffre à 15% en SSD la part de la population sans complémentaire santé. je veux bien que Saint-Denis soit Hors-norme sur tout mais quand même ... http://www.leparisien.fr/economie/1-patient-francilien-sur-10-n-a-pas-de-complementaire-sante-16-01-2020-8237886.php
Bonjour, @katy Bontinck,voici les chiffres envoyés par la CPAM de Seine-Saint-Denis: au 31 décembre 2019 33,5% de la population dionysienne était sans mutuelle contre 29,4% pour la population de Seine-Saint-Denis et non 15% comme mentionné dans le Parisien en janvier.

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