En ville

Campus Condorcet Place du Front-Populaire
/ « Faire corps avec la ville »

Étudiants, enseignants et personnels, 4 000 usagers sur les 12 000 attendus viennent de faire leur rentrée. Encore en partie en chantier, le site de 6,5 ha vient conforter la nouvelle centralité de la place du Front-Populaire, dont l’achèvement est enfin en vue.
Le 8 octobre, le campus a été présenté à la presse. Ici, le cours des Humanités, qui s’étire depuis la place du Front-Populaire, en empruntant une portion de la voirie communale. © Yann Mambert
Le 8 octobre, le campus a été présenté à la presse. Ici, le cours des Humanités, qui s’étire depuis la place du Front-Populaire, en empruntant une portion de la voirie communale. © Yann Mambert

Quitter Paris et son Quartier Latin pour s’en aller au-delà du périphérique sur d’anciennes friches industrielles. Le projet de Campus Condorcet a été accueilli sans grand enthousiasme quand le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche l’a validé en 2009. Aujourd’hui, sur son site de 6,5 ha, en lisière de Saint-Denis et d’Aubervilliers, cette Cité des humanités et des sciences sociales associant onze établissements (1) doit s’accommoder encore de plusieurs chantiers.

Sur les 12 000 usagers – étudiants en masters et doctorants, enseignants chercheurs et personnels administratifs – attendus sur le site, ils ont été 4 000 à faire leur rentrée depuis début septembre. « On a été un peu contrarié, un peu bousculé dans notre petit cocon », soupire Paul, étudiant à l’IMAF (Institut des Mondes Africains), qu’il fréquentait jusqu’alors dans le quartier du Marais. 

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« Il faut juste qu’on prenne nos marques »

« Ici, c’est nouveau, propre, un peu trop grand. Tout le monde est un peu perdu, même les profs, observent Céline et Margaux, étudiantes de l’IHEAL (Institut des hautes études de l’Amérique latine). Il faut juste qu’on prenne nos marques. » « C’est vaste, un peu labyrinthique, on essuie les plâtres », abonde Alain, enseignant chercheur à l’EHESS (École des hautes des études en sciences sociales). « C’est bien d’être dans un quartier populaire. C’est plus adapté à un budget étudiant », estime notamment Margot, qui est au nombre des 205 locataires de la tour de logements pour étudiants et chercheurs édifiée au nord du Campus. Dans l’ensemble, on ne se sent pas relégué. Comme le dit Jeanne, étudiante en anthropologie politique de l’Amérique latine, « c’est pas très vivant, mais prometteur. Il faut attendre un peu ».

On fait contre mauvaise fortune bon cœur, le temps que soit livré l’ensemble des équipements. Pour le restaurant universitaire, d’une capacité de 600 places, soit 2500 repas par jour, géré par le Crous, l’ouverture ne devait intervenir que ces jours-ci.

Plus frustrant, le GED, ou Grand équipement documentaire, n’est encore qu’un vaste chantier dont le terme n’est prévu qu’à la fin 2020. D’une superficie de 22 000 m2, sur six niveaux, il abritera cafétéria, librairie, 45 salles de travail, etc., pour 27 km linéaires de documents en libre accès et 1380 places assises. À l’exemple des campus universitaires aux États-Unis, dont les concepteurs de Condorcet entendaient s’inspirer, le GED devrait être ouvert 24heures sur 24 aux étudiants et enseignants chercheurs.
 

« Cœur du quartier »

Lors de la présentation du site aux habitants de la Plaine à la fin 2016, son architecte Élisabeth de Portzamparc le décrivait comme le futur «cœur du quartier ». Traversant, comme l’ensemble des bâtiments, il s’ouvrira d’un côté le long de la rue des Fillettes, qui marque la limite ouest du campus, et de l’autre, sur le cours des Humanités. Ce cheminement piéton, telle une épine dorsale, s’étire depuis la place du Front-Populaire, pour emprunter une portion de la voirie communale qu’il transforme en mail piéton. L’objectif étant de faire le lien avec le bâtiment aujourd’hui en chantier à l’ouest du site de l’EHSS. Comme le dit David Berinque, directeur général de l’établissement public Condorcet, « l’important est de faire corps avec la ville ». Pas question donc de ceinturer le campus avec des murs. Des limites n’en sont pas moins marquées aux abords des bâtiments, par des fossés plantés ou noues, rehaussés d’un discret fil de barbelés.

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Un quartier en expansion

Urbanisme. En décembre 2012, la ligne 12 du métro franchissait enfin la Porte de La Chapelle. Réclamé depuis les années 1990 par les élus d’Aubervilliers et de Saint-Denis, ce prolongement aujourd’hui encore inachevé a été déterminant pour l’aménagement du quartier Front-Populaire. Et pour l’aménagement du quartier dans son entier. En 2010, une fois acté ce prolongement, la ZAC Nozal-Chaudron, créée sur 17 hectares en 1995, est étendue à un périmètre de 35 hectares, qui intègre la place du Front-Populaire dans son entier. Et s’étend jusqu’au sud des Magasins Généraux. Concédant de la ZAC jusqu’en 2028, la SEM Plaine Commune Développement, principal aménageur de ce territoire, a peaufiné ainsi sa programmation et désigné sur le plan-masse un nouvel architecte urbaniste, Christoph Denerier. Pour lui, le velum des 28 mètres, hauteur maximale des immeubles dans le quartier, n’avait pas à s’imposer aux abords de Paris, comme l’explique David Cocheton, directeur adjoint de la Sem. Ainsi se dresse du haut de ses 57 mètres à l’est de la place la tour Emblematik des architectes Castro-Denissof.

Commerces et bureaux. Autre singularité, le Pulse, immeuble de bureaux du groupe Icade, tout habillé de bois, qui s’étire au sud de la place, est désert depuis sa livraison en janvier. En déposant le premier permis de construire en 2010, le promoteur y espérait le conseil régional, aujourd’hui à Saint-Ouen. En 2018, nouvelle déconvenue avec la Société du Grand Paris, qui a préféré l’immeuble du Moods, aux abords du quartier Cristino-Garcia. Si Icade a consenti depuis à subdiviser ses espaces de location, le rez-de-chaussée commercial reste vide. Et vient encore creuser la frustration des habitants du quartier. Au bas de la tour Emblematik, les deux cellules commerciales, réservées l’une à une supérette bio, l’autre à une brasserie, devraient, elles, bientôt trouver preneurs. L’offre, bien qu’améliorée ces dernières années, n’en restera pas moins insuffisante.

« Quand un aménageur vend un droit à construire à un promoteur, il lui vend aussi un cahier des charges sur la programmation du rez-de-chaussée, explique David Cocheton. On bénéficie désormais d’un cadre juridique qu’on n’avait pas il y a dix ans. » D’où les déconvenues des premiers habitants du Front-Populaire en 2009-2010. Reste encore, en lisière de place, le devenir du site des EMGP, propriété d’Icade qu’un protocole signé en décembre lie à Plaine Commune. La finalité pour l’EPT étant de cadrer les intérêts privés du promoteur avec ceux du territoire.

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Outre le projet d’un parc de 1,5 hectare, pour aménager une coulée verte des abords de Paris au square Diderot, l’enjeu est aussi le pourtour, encore en pointillé, du sud de la place. Au côté du Pulse, un chantier débutera prochainement pour un hôtel 3 étoiles, auquel sera adossé un immeuble de 15 000 m2 de bureaux. Et un autre devrait être lancé en 2021 sur la dernière parcelle au sud-est pour un autre bâtiment tertiaire de 70000m2. Compte tenu de ceux qui sont également projetés non loin de là, notamment sur le site de TSF, rue des Fillettes, est-ce bien raisonnable ? « Paris est aujourd’hui plein comme un œuf. Les entreprises se redéploient sur toute la petite couronne », remarque David Cocheton. Pour lui, pas d’effet de bulle à craindre avec des stocks invendus. « L’aménagement de la Plaine est à 80% sous maîtrise publique. C’est un super outil de régulation, et une sécurité. Et ça, les investisseurs l’ont bien en tête. » D’autant, ajoute-t-il, que « l’offre de transport est en plein renouvellement ».

Marylène Lenfant

(1) Le Campus Condorcet réunit au côté de l’École des hautes études en sciences sociales et de l’École pratique des hautes études, qui sont à son initiative, l’École nationale des chartes, l’Institut national d’études démographiques, la Fondation Maison des sciences de l’homme, des unités de recherches du CNRS, de Paris 1, Paris 3 (IHEAL), Paris Nanterre, ainsi que de Paris 8 et Paris 13. Ces deux établissements universitaires de Seine-Saint-Denis sont avec le CNRS parties prenantes de la Maison des sciences de l’homme Paris Nord, implantée depuis 2015 aux abords du site de Condorcet.

Réactions

Bonjour. Très "minéral" pour reprendre les mots de Stéphane PEU.... Les photos donnent l'impression d'un retour des dalles des années 70... Ce qui m'étonne guère car les élus qui nous dirigent sont rester dans un logiciel PCF datée et périmée. Et forcément, on garde les architectes qui vont avec (CASTRO). Et très souvent, ces mêmes architectes ne vivent pas dans les tours qu'ils construisent... Pas un mot sur les espaces verts... Béton et encore du béton... Bravo Patrick. Tu es le meilleur.
@azzedine, vous ne connaissez pas le béton écologique? Bref ça me désespère que l'on prenne un jour en compte l'écologie sur notre territoire.
@Paul. C'est les élus qui vont nous parler ensuite d'urgence écologique et qui densifie la ville avec toujours plus de construction et de moins en moins d'espace verts (le terme végétalisation n'est qu'un sparadrap sur une jambe de bois). Un espace vert est (pour les élus qui ont oublié la définition) c'est un endroit avec des arbres si possible hauts, une vrai pelouse et pas de béton au milieu. Les élus parlent de végétalisation car les espaces verts coûtent cher à entretenir et ne rapportent pas d'argent (taxe d'habitation, foncière, activité commerciale). La journaliste n'a pas employé le mot espace vert une seule fois. C'est dire que ce n'est pas la priorité de ce maire bâtisseur qui est Laurent Russier.

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