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/ « Il crache du sang en grande quantité et à l’hôpital ils ne l’ont pas gardé… »

Nabil Saab est médecin généraliste depuis 2004 à Saint-Denis. Il partage un cabinet avec trois confrères rue des Boucheries. Si le coronavirus l’accapare, le praticien souhaite attirer l’attention sur les autres malades qu’on néglige.
Un patient devant le cabinet du Dr Nabil Saab, rue des Boucheries
Un patient devant le cabinet du Dr Nabil Saab, rue des Boucheries

Le JSD : Quel regard portez-vous sur cette crise sanitaire depuis votre cabinet médical ?

Nabil Saab : Nous sommes trois généralistes et un pédiatre au cabinet médical. Quand l’épidémie a explosé, première conséquence, notre collègue pédiatre s’est mis en retrait pour ne pas s’exposer en raison de ses propres problèmes de santé. Je ne suis pas certain qu’il y ait d’autre pédiatre en libéral à Saint-Denis. Ensuite beaucoup de nos patients habituels viennent moins, de peur de contracter le virus. Et en effet on voit beaucoup de Covid-19 chaque jour. Mais le drame c’est qu’en France, on met des milliers de patients de côté parce que tout le monde est mobilisé sur le coronavirus. Or le monde ne s’est pas arrêté quand coronavirus est arrivé. Mieux vaut ne pas tomber malade aujourd’hui.

Le JSD : Vous avez un exemple en tête ?

N.S : Mercredi dernier, un patient de 49 ans, fumeur, vient en consultation. Il tousse beaucoup. Je le trouve vraiment pas bien et lui propose un scanner des poumons. On lui détecte une énorme tumeur bronchique. Alors qu’il crache du sang en grande quantité, à l’hôpital ils ne l’ont pas gardé, parce qu’ils ont besoin de lits pour le coronavirus. On lui a demandé de patienter chez lui et d’attendre la fin de la crise. Les anesthésistes sont tous mobilisés sur le coronavirus. On ne fait plus de colloscopie. Les premiers rendez-vous pris le sont pour le mois de juin.

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Le JSD : Et de votre côté comment faites-vous pour gérer l’afflux de patients présentant les symptômes du Covid-19 ?

N.S : On ne sait pas quoi faire. Il ne faut pas appeler le 15 pour ne pas surcharger le Samu et les urgences. On ne doit les solliciter qu’en cas de difficultés respiratoires. On dit aux personnes, surveillez-vous vous même. C’est inédit. Mais les personnes ne savent pas si leur cas est grave ou pas. C’est un changement complet dans la façon de faire de la médecine. Nous ne sommes pas préparés à recevoir un tsunami médical. Beaucoup de gens sont délaissés. Ils se sentent abandonnés et sont désemparés.

Le JSD : Disposez-vous des protections nécessaires pour exercer votre activité en toute sécurité ?

N.S : On a récupéré 50 masques pour l’ensemble du cabinet en début d’épidémie. Avec la solidarité des copains on parvient à récupérer quelques masques FFP2. On utilise aussi des stocks périmés. Le problème ce sont les élastiques : ils sont tout secs.

Propos recueillis par Yann Lalande

Réactions

Je me suis présentée avec ma sœur aux urgences de Lafontainele mercredi 18 Mars 2020 dans les environs de 17h. Ma sœur a été pris en urgence car saturation en oxygène a 56. Toutes les deux, nous avons des ALD et donc étions succeptibles d'être contaminé au Covid 19. J'étais aussi en détresse respiratoire mais on ne m'a pas pris au sérieux à l'hôpital de LaFontaine car j'étais debout. Ma soeur actuellement au coma artificielle car positive au virus ce qui était évident car nous avions toutes les symptômes. Ce qui m'a écœuré c'est le fait que l'on ne met pas pris aux urgences, je me suis sentie à ce moment là invisible aux yeux de professionnels de santé. J'attendais pour passer dans une cellule pour le covid 19 qu'ils ont nommé "Pré tri covid 19". Une professionnelle de santé me disait "ah ben on vous a oublié, je ne peux rien faire, revenez demain a la maison des consultations. Le lendemain je reviens biensure et là le choc" Ah ben vous êtes es à 36,5 vous n'êtes pas serieux madame. Une deuxième fois on ne m'a pas entendu je vous laisse imaginer la frustration que j'avais lorsqu'on ne m'a pas pris au sérieux une deuxième fois. Je veux bien entendre qu'ils étaient débordés mais au point de dire aux personnes qui étaient présentes aux urgences "c'est bon rentrez chez vous n'avez pas compris que c'est en venant a l'hôpital que vous allez contracter le virus, les gens sont cons". J'entends qu'ils sont débordés par cette crise sanitaire actuelle mais il y a une façon de dire les choses aux gens sans leur crier dessus. Ce jour-là j'étais perdu j'ai décidé de rentrer chez moi et essayer de me soigner moi-même par des méthodes de grand mère, heureusement que mon mari est resté avec moi au téléphone jusqu'à que j'arrive à la maison. Je remercie tout ce petit monde qui m'a soutenue pendant cette période difficile et notamment mes parents qui vivent dans les Dom Tom. J'espère que mon témoignage fera réagir les personnes qui prennent cette crise à la légère. Restez chez vous prenez soin de vous et de vos familles. Je tiens aussi à pointer le manque de professionnalisme du personnel de santé aux urgences de LaFontaine lorsque celui ci est débordé, mais je vous souhaite tout de même du courage pour affronter cette crise.

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