En ville

« À Saint-Denis, un enfant sur quatre est en Rased »

Parents d’élèves et enseignants constatent l’apport bénéfique des Réseaux d’aides spécialisées aux enfants en difficulté que le ministère de l’Éducation nationale a décidé de supprimer.

« Mon fils ne voulait pas s’exprimer dans la classe. Moi, je savais qu’il était capable. Il a redoublé le CE1. » Si jeune et déjà redoublant, Sladjana parle de Filip, 9 ans et demi, à présent en CE2. « Il n’aimait pas aller à l’école. Mais dès qu’il a été suivi, il a changé. Il a maintenant les meilleures notes », ajoute cette maman, pétrie de reconnaissance envers les maîtres spécialisés du Rased. Pour ses deux filles, « ça va mieux » constate Fatoumata. Leur suivi par le Rased est d’ailleurs maintenu pour la deuxième année. Ce dont elle se dit rassurée. Surtout pour l’aînée, 10 ans, en CE2, qui a été ainsi adressée à un orthophoniste. Les Rased, Réseaux d’aides spécialisées aux enfants en difficulté, créés en 1990, pourraient-ils disparaître, comme le redoutent les syndicats de l’Éducation nationale, à l’initiative d’une pétition (1) ?
À Saint-Denis, « un enfant sur quatre est suivi en Rased », estiment Claude, psychologue, Pascale, maître E, spécialisée dans la pédagogie, et Gaëlle, qui jusqu’en juin était maître G, spécialisée dans la rééducation. Elles ont fait équipe pendant plusieurs années dans l’une des neuf cellules de Rased, qui travaillent auprès des groupes scolaires de la ville. Chaque cellule étant formé par ce trio de compétences. « Un enfant peut être suivi pendant quelques mois ou sur toute sa scolarité, en fonction de son évolution. » Signalé par le « collègue enseignant » qui en a informé les parents au préalable, c’est « l’enfant qui ne comprend pas », « qui est dans l’opposition, l’instabilité », expliquent les deux maîtres spécialisées, qui imagent ainsi leur mission complémentaire : « Le maître G aide l’enfant à retrouver son vélo, et le maître E l’aide à y remonter. On l’a vraiment vérifié. »

Porter un regard positif sur l'élève

Épaulé « pendant 45 minutes par semaine, individuellement, ou en groupe de trois maximum», l’enfant bénéficie « d’un autre regard, forcément positif. On va dépasser le symptôme, et apporter une explication. On peut alors faire des propositions pédagogiques à mettre en place dans la classe. Car c’est un travail qui doit être mené en partenariat avec l’enseignant. Sinon, c’est l’échec. » Enseignant de formation, avec une année de spécialisation en plus, le maître de Rased a l’avantage de « se situer dans une autre dimension que celle de la classe, où le collègue, lui, est dans la position plus stressante d’avoir un programme à terminer ». Travailler avec le Rased lui permet de « déculpabiliser » sur ses capacités à enseigner, soulignent Gaëlle et Pascale. Et pour l’enfant, « on est, dans l’école, une personne tiers, on offre un espace de parole ».
De plus, et à la différence de la classe, le suivi par un maître de Rased est soumis à « un contrat à signer par l’enfant : es-tu d’accord pour t’investir ? On peut le laisser refuser, tout en lui disant : quand tu seras prêt, tu sais que je suis là. » Pour elles, le Rased est d’ailleurs un lieu unique pour prévenir la difficulté scolaire, avec des « projets alternatifs, comme l’atelier philo que j’avais mis en place pour les enfants qui entraient en CP, raconte Gaëlle. C’était le projet “Dessine-moi une école”. Deux ans après, quand je les croisais, ils me disaient encore : “C’était bien quand on a parlé de l’école avec toi.” Cela leur avait donné une assurance. » Mais aujourd’hui avec les mesures annoncées ces derniers mois, « c’est toute la question du sens de notre travail qui est posée. Il y a des collègues qui dépriment et qui préfèrent partir, parce que le bateau prend l’eau de partout ». Selon elles, tant reste à faire pourtant, « pour les enfants de cycle 3 avant l’entrée en 6e » – « on ne s’occupe que du cycle 2 » – et alors qu’elles relèvent à présent « trois enfants par classe avec des difficultés scolaires, quand on en comptait avant trois par école »
Marylène Lenfant

(1) « Sauvons les Rased », signée par 230 000 personnes contre l’annonce de 3000 suppressions de postes en 2009.

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur