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/ « On nous a dit nos quatre vérités »

Quartiers nord, rapports police population, violences faites aux femmes, le commissaire Laurent Mercier fait le tour des questions.
Le commissaire Laurent Mercier est en poste depuis septembre 2017. © Yann Mambert (Archives)
Le commissaire Laurent Mercier est en poste depuis septembre 2017. © Yann Mambert (Archives)

Arrivé en septembre 2017, Laurent Mercier est un commissaire qui veut rapprocher les Dionysiens de leur police. Pour ce faire, il n’hésite pas à aller au contact de la population, enchaînant les réunions publiques avec les habitants, avec des policiers de terrain pour que ces derniers « sachent ce que les gens attendent d’eux et entendent ce qu’ils vivent ».

Le chef de la police de Saint-Denis l’assure : ses troupes travaillent bien, font de leur mieux sur un territoire compliqué, même si les réponses « ne sont pas forcément à la hauteur des attentes » des habitants. Il estime qu’il a les moyens de faire correctement son travail. Même s’il refuse de nous donner des chiffres, ses effectifs à Saint-Denis ont augmenté depuis sa prise de fonction pour atteindre environ 360 policiers en novembre, contre 300 début 2017.

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Le JSD : En février dernier, la zone nord de Saint-Denis a été choisie comme un Quartier de reconquête républicaine (QRR) avec le renfort de 28 policiers supplémentaires. Comment ont été affectés ces policiers qui sont tous en poste depuis début octobre ?

Laurent Mercier : Pour refaire l’historique, quand j’arrive en septembre 2017, il n’y a aucune brigade spécifique pour les quartiers nord [qui s’étendent des cités Gaston-Dourdin, Jacques-Duclos, Fabien, Pierre-Sémard jusqu’à Saussaie-Floréal-Courtille et Romain-Rolland en passant par Allende-Neruda et Mutualité, ndrl]. En novembre, je crée la Brigade territoriale de contact (BTC) nord avec dix fonctionnaires. Elle fonctionne alors du lundi au samedi de 14 h à 22 h. Grâce aux renforts du QRR, seize agents sur les vingt-huit (ainsi qu’un autre policier du commissariat) ont été affectés à la BTC nord.

Depuis octobre dernier, cette brigade est donc passée de 10 à 27 agents permettant aux policiers d’être présents sur le terrain sept jours sur sept de midi à minuit. On a ensuite eu des choix à faire. En effet, il y avait deux risques. En renforçant la présence policière dans les quartiers nord, on pouvait déstabiliser l’équilibre avec les quartiers limitrophes. Et si on ne mettait personne sur le judiciaire, on allait avoir un service sous-dimensionné qui n’allait pas pouvoir suivre l’augmentation du nombre de personnes interpellées. On a donc affecté 12 policiers au service judicaire, dont six pour les quartiers nord, trois pour le centre-ville et trois pour le quartier Franc-Moisin.

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«  On ne me demande pas de faire du chiffre »
 

Le JSD : Le quartier Gabriel-Péri dans le nord – impacté par le deal - fait-il partie du QRR ?

LM : Non. Il y a déjà une brigade dédiée pour ce quartier, inscrit dans le périmètre d’une Zone de sécurité prioritaire (ZSP). Mais il peut arriver que des policiers de la BTC nord y interviennent.

Le JSD : Quelle est votre approche de cette police de terrain ?

LM : Moi, on ne me demande pas de faire du chiffre, de procéder à tant d’arrestations, tant de gardes à vue, etc. Bien évidemment, les policiers doivent faire des interpellations. Mais je dis à mes troupes qu’il ne s’agit pas d’arriver dans une cité, de contrôler, d’interpeller et de revenir au poste. Quand on peut, on s’arrête. Si une personne est mal garée, on lui dit. Et s’il ne comprend pas, on le verbalise. Ce sont des choses du quotidien. Les habitants ne savent pas forcément que les policiers font des filatures, des surveillances, qu’ils travaillent sur de plus grosses affaires. Eux, ils vont voir qu’un automobiliste a grillé un feu rouge et que le policier n’a rien fait. Parfois, il ne faut pas laisser passer une infraction qui paraît moins importante. On doit montrer aux gens que rien n’est impuni, même des infractions au code de la route, considérées comme moins graves que du trafic de stupéfiants ou des vols avec violence.

Le JSD : C’est le retour de la police de proximité ?

LM : C’est la police du quotidien. Notre mission, c’est d’être aux services de toute la population, des gens défavorisés et même des personnes délinquantes. Si un voyou se fait tirer dessus ou poignarder, le policier va le secourir. On est là pour servir tout le monde. Parfois, les gens l’oublient. On est là pour être dans les quartiers, pour savoir ce qui s’y passe, s’arrêter, dire bonjour à un commerçant, un habitant. On doit casser ce cercle vicieux où des gens ont peur de parler à la police. Quand on verra que tout le monde peut parler avec un policier, on réduira ce sentiment de repli sur soi et de méfiance envers les policiers. 

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Partenariat avec la Maison des femmes 
 

Le JSD : Comment se concrétise autrement cette police au quotidien ?

LM : Nous avons quatre délégués police population par secteur : centre-ville et l’Île Saint-Denis, quartiers nord, Franc-Moisin et la Plaine (1). Leurs postes sont aujourd’hui pérennisés [ils étaient menacés en avril dernier, ndrl]. Et deux jeudis par mois, entre 18 h et 20 h, je reçois les gens qui en font la demande au secrétariat (2). Ils peuvent être seuls ou en petit collectif. On a eu des signalements concrets. Il y a quelques mois, un couple est venu par exemple à propos de nuisances nocturnes dans le centre-ville. Un bar leur pourrissait la vie. On a fait des contrôles. Et le bar a fermé.

Le JSD : Que fait la police de Saint-Denis pour la prise en compte des violences faites aux femmes ?

LM : On a mis en place un partenariat avec la Maison des femmes (MDF). C’est un engagement fort. Ce ne concerne pas seulement Saint-Denis mais tout le district dont je suis responsable, à savoir les commissariats de La Courneuve, d’Aubervilliers, Stains, Saint-Ouen et Épinay-sur-Seine. Depuis mi-mai, des plaintes sont directement prises en charge à la MDF. Tous les mercredis de 9 h à 19 h, une permanence a été créée à la Maison des femmes où un policier y est détaché pour prendre en charge des plaintes et des mains courantes. En mars dernier, des policiers ont rencontré le personnel de la Maison des femmes.

On nous a dit ce qui allait et puis des choses qui n’étaient pas agréables à entendre. On nous a dit nos quatre vérités. Le docteur Ghada Hatem-Gantzer – responsable et fondatrice de la MDF – nous a donné l’exemple d’une femme qui avait mis du temps à aller porter plainte. Et quand elle est allée au commissariat, un policier lui a dit grosso modo qu’« il aurait fallu venir plus tôt », « pourquoi êtes-vous encore chez votre conjoint ? ». Ce sont des phrases maladroites. Nous devons faire attention. Par ailleurs, en partenariat avec la Maison des femmes, trente-neuf policiers ont été formés sur le district à la prise en charge des plaintes de femmes victimes de violences conjugales, dont une quinzaine du commissariat de Saint-Denis.

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Le JSD : En juillet dernier, Leila, une jeune femme de 20 ans et enceinte de trois mois, est morte alors qu’elle avait pourtant déposé une main courante la veille…

LM : Sur cette affaire, je ne peux pas m’exprimer parce qu’une enquête est en cours. Mais je peux assurer qu’on a fait de notre maximum pour lui venir en aide.

Le JSD : Comment est-on accueilli aujourd’hui au commissariat ?

LM : Pour l’instant, nous n’avons pas des locaux adaptés à la prise en charge de plaintes, mais cela va changer avec le nouveau commissariat. En attendant, si une femme veut plus de confidentialité, elle peut nous le demander à l’accueil pour que l’on puisse la recevoir dans un bureau à part. Et grâce à l’action impulsée par le gouvernement, on a de plus en plus d’agents sensibilisés à ces questions. On a aussi une psychologue. Elle est partie cet été mais la nouvelle recrue arrivera en janvier 2020.

Le JSD : Le nouveau commissariat ouvrira-t-il comme prévu en 2020 ?

LM : La livraison du bâtiment est prévue en mai et l’aménagement en juillet  2020. Ces nouveaux locaux sont immenses. C’est beaucoup plus grand qu’ici. C’est un vrai bonheur pour tout le monde.
 

Propos recueillis par Aziz Oguz

(1)       Centre-ville : pierre.hertzel@interieur.gouv.fr 06 46 31 51 08 ; Quartiers nord : suger.chailly@interieur.gouv.fr 06 12 43 44 47 ; Franc-Moisin : jean-marcj.andre@interieur.gouv.fr 06 31 30 52 61 ; La Plaine : raphaël.riesco@interieur.gouv.fr 06 46 35 50 62

(2)       Par téléphone 01 49 71 80 56 ou mail : commissariat-saint-denis@interieur.gouv.fr

Réactions

Et la relation avec la police municipale? Existe t elle?? Avec le Maire, pour coordonner le tout? Concernant le commissariat, cela ressemble au coup de peinture avec l'ANRU, si on ne change pas le fond de la ville (dans sa façon de considérer les habitants, la sociologie, etc...) Les difficultés citées par le commissaire perdureront. Un nouveau bâtiment ne risque pas de changer le mal être de la professions.

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